VOUS

Prononciation : vou ; l's se lie : vou-z-êtes
Nature : pronom pers. plur. de la seconde personne

1Il se dit quand on adresse la parole à plusieurs personnes.
Messieurs, je vous adjure.... Vous et celui qui vous mène, vous périrez , FÉN. , Tél. I
2On s'en sert aussi au singulier par civilité, et alors ce qui s'y rapporte se met au singulier. Ils se disent vous l'un à l'autre.
Qu'elle me parle de vous, et quoi encore ? de vous, et toujours de vous , SÉV. , 50
Agrippine : Britannicus est mort : je reconnais les coups ; Je connais l'assassin. - Néron : Et qui, madame ? - Agrippine : Vous , RAC. , Brit. v, 6
Ce ne fut que longtemps après lui [César] que les hommes s'avisèrent de se faire appeler vous au lieu de tu, comme s'ils étaient doubles , VOLT. , Dict. phil. Quakers
Vous, le frère de la belle Cunégonde ! vous qui fûtes tué par les Bulgares ! vous, le fils de M. le baron ! vous, jésuite au Paraguay ! il faut avouer que le monde est une étrange chose , VOLT. , Candide, 14
Je dois des remerciements à tout le monde et, vous, monsieur, à qui j'en dois le plus, êtes celui à qui j'en fais le moins , J. J. ROUSS. , Lett. à Davenport, 7 févr. 1767
Et vous êtes un père de famille, vous ? , DIDER. , Père de famille, III, 10
3Vous, régime direct ou indirect, se place avant le verbe dont il est le complément. Il vous aime. Il vous fait du bien. Cependant, quand il est régime indirect, on peut, pour marquer plus de force, le mettre après le verbe avec à.
Je ne sais s'ils me blâment de vous aimer ; mais sûrement ils ne me blâmeront pas d'être dévouée à vous, quand je vous aime , STAËL , Corinne, VIII, 1
À l'impératif, vous régime se place après le verbe. Soignez-vous. Mais, quand il y a deux verbes de suite à l'impératif, si le second est réfléchi, on peut mettre vous avant le verbe.
Aspirez aux clartés qui sont dans la famille, Et vous rendez sensible aux charmantes douceurs.... , MOL. , F. sav. I, 1
Dans les interrogations, vous, sujet, se met après le verbe, et vous, régime, se met avant.
Que faites-vous ? D'où venez-vous ? De quoi vous êtes-vous avisé de charger les enfers d'une si dangereuse créature ? , BOILEAU , Les héros de romans.
4Après votre, à vous se met quelquefois pour indiquer d'une façon expressive la possession.
Votre régiment à vous, continua M. de Germond, ne sera pas mis en activité de sitôt , STAËL , Corinne, VI, 4
5Vous devant le verbe être exprime quelquefois des liens de parenté ou d'amitié.
J'ai bien des raisons, monseigneur, pour bien vivre avec eux ; mais ce qu'ils vous sont en serait une suffisante pour moi , MAINTENON , Lettre au Cardin. de Noailles, 24 oct. 1700
6Dans un sens indéfini. Elle est si belle que vous ne sauriez vous empêcher de l'admirer.
Ah ! que pour ses enfants un père a de faiblesse ! Peut-on rien refuser à leurs mots de tendresse ? Et ne se sent-on pas certains mouvements doux, Quand on vient à songer que cela sort de vous ? , MOL. , Mélic. II, 5
C'était un homme âgé, mais grand, d'une belle figure et de bonne mine, d'une physionomie qui vous rassurait en la voyant, qui vous calmait, qui vous remplissait de confiance , MARIV. , Marianne, 6e part.
7Vous explétif.
Plein d'un juste courroux, Il vous prend sa cognée, il vous tranche la bête , LA FONT. , Fabl. VI, 13
Le rustre, en paix chez soi, Vous fait argent de tout, convertit en monnaie Ses chapons, sa poulaille,.... , LA FONT. , ib. XI, 3
Il vous eût arrêté le carrosse d'un prince ; Il vous l'eût pris lui-même , RAC. , Plaid. I, 5
Le chameau se rengorge, il vous fait le gros dos , LAMOTTE , Fables, IV, 14
Ils vous créent un monde aussi aisément que l'abbé de l'Attaignant fait une chanson , VOLT. , Lett. Thiriot, 15 sept. 1768
C'est un petit cheval qui, au moindre coup d'éperon, vous court au grand galop , VOLT. , Lett. d'Argental, 5 févr. 1772 Vous est aussi explétif dans cette phrase de Mme de Sévigné :
Je vous embrasse, très chère petite, et vous baise vos belles joues , SÉV. , à Mme de Grignan, 1 juill. 1671
8Uni avec même, il marque plus expressément la personne. Vous-mêmes, ou, quand il s'agit d'une seule personne, vous-même.
Vous en allez juger vous-même tout à l'heure , BOILEAU , Héros de romans. Avocat, De votre ton vous-même adoucissez l'éclat, RAC. Plaid. III, 3 Vous êtes, vous n'êtes pas vous-même, vous restez, vous ne restez pas fidèle à votre caractère.
Je ne vous connais plus ; vous n'êtes plus vous-même , RAC. , Andr. III, 1
Mes mânes sont contents ; soyez toujours vous-mêmes, De vos rois, de l'État, défenseurs glorieux , GILB. , Ode aux officiers, sur la mort de Louis X
Vous deux, se dit de deux personnes à qui l'on parle.
Ce n'est pas vous [Boissonade] qui succédez à M. Ameilhon, ni Coraï non plus ? il y a en France quelqu'un plus habile que vous deux ? , P. L. COUR. , Lett. II, 67
Un autre vous-même, voy. MÊME, n° 12.
9De vous à moi, entre nous et sans que ce que je vous dis aille plus loin. De vous à moi, signifie aussi entre nous deux, qui nous connaissons.
Hernani : Quoi ! vous portiez la main sur cette jeune fille ! C'était d'un imprudent, seigneur roi de Castille, Et d'un lâche ! - Don Carlos : Seigneur bandit, de vous à moi Pas de reproche ! , V. HUGO , Hernani, II, 3
10Chez vous, votre maison, votre famille. Je vous prie de faire mes compliments chez vous. 11Pour l'emploi de vous comme pronom réfléchi, voy. SE, REM. 3, 4, 5, 7, 8, 9 et 10. 1. Quand vous est joint à un sujet de 3e personne, le verbe se met à la seconde personne du pluriel, et on répète vous ; cependant on peut aussi le supprimer. Vous et lui, vous partirez ensemble ; vous et lui, partirez ensemble. 2. Quand il y a plusieurs verbes, les vous qui suivent le premier peuvent être supprimés.
Ainsi votre forêt prend un aspect moins rude ; Vous charmez son effroi, peuplez sa solitude, Animez son silence, et goûtez à la fois Les charmes d'un bienfait et le charme des bois , DELILLE , Jard. II
3. C'est vers la fin de l'empire romain qu'on a commencé à dire vous au lieu de tu. De là cette forme de langage est devenue générale.
Au reste il y avait déjà tendance chez les Latins à dire vos à une seule personne, quand avec cette personne on pouvait joindre par la pensée celles qui l'accompagnaient : Vos, o Calliope, precor, adspirate canenti , VIRG. , Aen. IX, 525
XIe s.
E dist al rei : or ne vus esmaiez , Ch. de Rol. III
XIIIe s.
Seigneur, fait il, escoutés, je vous loeroie [conseillerais] une chose, se vous vos i accordez , VILLEH. , XXV
Si qu'à Dieu et au siecle la bonté de vous pere [paraisse] , Berte, IV
XVe s.
Ces gens d'armes vous commencerent à abatre ces Flamands , FROISS. , II, 2, 184
Lettres du roy seellées de son grant seel, données ce dict jour, 7e jour de juillet, ainsi signées : Jean Millet, soubs la congregation de ceux qui avoient esté audit conseil, c'est à sçavoir le duc de Bourgogne, le connestable de France, vous le chancelier d'Acquitaine, le chancellier de Bourgongne et plusieurs autres [en ces lettres, vous le chancelier signifie le chancelier] , MONSTREL. , t. I, ch. 105, dans LACURNE
XVIe s.
Et à vous rien que vous ne se doit egaler , DESPORTES , Élégies, I, 17
Si j'avois la force de mesme le couraige, je vous les plumeroys comme ung canart , RAB. , Garg. I, 42
Elle vous avoit un corset.... , MAROT , I, 201
Donc puis qu'amour m'a voulu arrester Pour vous servir, plaise vous me traiter, Comme voudriez vous-mesme estre traitée, Si vous estiez par amour arrestée , MAROT , I, 351
Vous me povez faire heureux devenir, En vous daignant vous souvenir , SAINT-GELAIS , 125
Quant au trespas, sça' vous [savez-vous] quand ce sera ? , DU BELL. , VII, 26, verso.
Quelle raison av'ous [avez-vous], quant à ce poinct, De commander qu'on ne vous ayme point ? , DU BELL. , VII, 30, verso.
Pourquoy foulez-vous mon peuple, et froissez la face des pauvres ? , LANOUE , 14
Wallon et bourg. vo ; picard, vos ; prov. esp. et port. vos ; ital. voi : du lat. vos ;du grec vous deux ; sanscr. vas. VOUS. - REM. Ajoutez : 4. Avec un verbe à l'impératif, vous ne se met pas. Cependant Régnier a écrit : Il me dit : vous soyez, monsieur, le bien venu ! Sat. X. Cela n'est plus usité.