VIS

Prononciation : vis'
Nature : s. f.

1Vis de Saint-Gilles, escalier qui monte en rampe, et dont les marches semblent porter en l'air ; ainsi nommé du prieuré de Saint-Gilles en Languedoc, où est un escalier de ce genre qu'on a imité. Vis à jour, escalier tournant, suspendu, qui ne prend appui que sur le mur extérieur de la cage. Vis à noyau plein, escalier dont les marches sont engagées d'un côté dans le mur extérieur, de l'autre dans un noyau concentrique à ce mur. Dans un escalier tournant, vis, la pièce de bois du milieu, autour de laquelle les marches tournent en ligne spirale. Escalier à vis, escalier tournant en spirale autour d'un noyau qui soutient toutes les marches. On dit aussi, simplement, vis, en parlant d'un petit escalier de cette espèce. Vis de colonne, contour en ligne spirale du fût d'une colonne torse, ou escalier d'une colonne creuse. Le sens d'escalier est, comme on peut voir à l'historique, le sens primitif de vis. 2Par comparaison des pas de la vis avec les marches de l'escalier, machine composée d'un noyau cylindrique autour duquel règne en hélice une saillie adhérente nommée filet, et qui entre dans un écrou dont le filet, aussi en hélice, remplit exactement les cannelures formées par le filet de la vis ; elle consiste théoriquement en un plan incliné autour d'un cylindre ; elle est apte à transformer un mouvement de rotation en un mouvement de translation, et réciproquement. Une vis de pressoir.
La vis, l'une des six machines réputées simples, est un cône fort allongé ou un cylindre, sur la circonférence duquel on a creusé une gorge en spirale , BRISSON , Traité de phys. t. I, p. 396 L'écrou est quelquefois appelé vis intérieure, vis concave, ou vis femelle. La vis extérieure ou vis proprement dite s'appelle aussi vis mâle. Les vis sont classées : 1° d'après la nature de la substance qui doit leur servir d'écrou : vis à métal ou simplement vis ; vis à bois ; 2° d'après la forme de leurs filets vis à filet carré ; vis à filet triangulaire ; 3° d'après la forme de leur tête : vis noyée, quand la tête arase le trou qui la reçoit ; vis en goutte de suif, quand la tête est bombée ; vis à tête fraisée, quand le dessous de la tête est tronconique, etc. 4° d'après leur destination spéciale : vis arrêtoir ; vis de bride ; vis calante, qui sert à donner une position verticale à l'axe d'un instrument ; vis de pression, qui sert à maintenir une pièce mobile contre une pièce fixe ; vis de pointage, dans l'artillerie, placée sous la culasse d'un canon ou d'un obusier, elle sert à donner l'inclinaison à la pièce dans le pointage ; vis de rappel, qui sert à amener d'un mouvement lent à sa position définitive une pièce qui en est déjà très voisine. Vis-fraise, vis à laquelle on a donné la forme de fraise. Vis en blanc, pièce préparée pour être filetée en vis. Fig. et familièrement. Se démonter le visage à vis, changer de visage, comme si on en ôtait les vis.
Le premier président, assommé de ce dernier coup de foudre [M. le duc nommé gouverneur], se démonta le visage à vis , SAINT-SIMON , 516, 95
3Pas de vis, la distance d'un filet à l'autre, mesurée parallèlement à l'axe de la vis. 4Fausse vis, vis qui sert à en tailler d'autres. 5Vis sans fin, machine servant à élever des fardeaux ; elle consiste en une tige de métal, portant un filet de pas constant, par l'intermédiaire duquel cette tige engrène avec une roue dentée ; ce qui permet de transformer un mouvement de rotation en un autre beaucoup plus lent ; elle est dite sans fin, parce qu'on peut faire tourner la vis aussi longtemps que l'on veut. 6Vis d'Archimède ou limace, machine composée d'un cylindre creux mobile autour d'un axe incliné, dans lequel est fixée une surface hélicoïdale ; elle sert à élever les eaux par un mouvement de rotation qu'on lui communique, l'extrémité inférieure étant plongée dans le liquide.
La vis d'Archimède est fort propre à élever une grande quantité d'eau avec une très petite force ; c'est pourquoi elle peut être très utile pour vider des lacs et des étangs , BRISSON , Traité de phys. t. I, p. 406
7Vis hollandaise, machine élévatoire, analogue à la vis d'Archimède, mais dans laquelle le cylindre et la surface hélicoïdale sont indépendants l'un de l'autre. 8S'est dit pour presse à imprimer.
Marie Boucher, veuve d'Antoine Crestin, imprimeur, demande que les vis que vous avez fait saisir chez elle pour avoir imprimé un livre intitulé Historia Pelagiana, lui soient rendues , Lett. etc. de Colbert, VI, 43
9Genre de coquilles univalves turriculées. Ce nom a encore été donné à quelques autres coquilles. XIIe s.
Une vis par und l'um muntad à l'estage meien , Rois, p. 247
XIIIe s.
Et avoient ainsi acordé leur besoigne [Louis IX et sa femme], que il tenoient leur parlement en une viz qui descendoit de l'une chambre en l'autre , JOINV. , 281
Ars [arcs] de cor, dont les coches entroient à vis dedans les ars , JOINV. , 279
XIVe s.
Les unes [tenailles] o [avec] vis, les autres sanz vis , H. DE MONDEVILLE , f° 36
Item le sepulcre où il faut [manque] deux vuisses , Bibl. des ch. 4e série, t. v, p. 170
XVe s.
E volt l'empereur.... estre portez.... en hault devant la saincte armoire, qui, à grant peine de son corps, y pot estre portez pour cause de la vis estroicte , CHRIST. DE PISAN , Charles V, III, 40
Un petit coustel tournant à vis, prisé x sols tournois , DE LABORDE , Émaux, p. 231
XVIe s.
Quant aux vis, degrez et montées, chacun est tenu de les entretenir jusques à la concurrence du haut de son estage et portion de maison , Coust. gén. t. II, p. 336
Wallon, viss ; génev. un vis ; provenç. vitz ; ital. vite. Le sens propre est escalier tournant, le mot vient donc du lat. vitis, vigne (de vieo, lier), dont les enroulements ont donné le nom à ce genre d'escalier ; du sens d'escalier on a passé à celui de vis. 1Vis à tergo [lat. vis, force, à par, tergo, derrière], impulsion, pression, qui, par suite de l'action continue du coeur, des artères et des capillaires, introduit incessamment du nouveau sang dans les petites veines et de là dans les grosses : telle est la cause principale de la marche du sang dans les veines. 2
Vis comica [lat. vis, force, comica, comique], expression latine, que chaque commentateur, dit Marmontel, interprète à sa façon, mais qui doit s'entendre de ces grands traits qui approfondissent les caractères et qui vont chercher la vie jusque dans les replis de l'âme pour l'exposer en plein théâtre au mépris des spectateurs , LEGOARANT ,
Le vis comica de Térence , MARMONTEL , Contes mor. Connaiss.
Lat. vis, force ; comp. le grec, nerf, force.