VIERGE

Prononciation : vièr-j'
Nature : s. f.

1Jeune fille intacte de tout commerce avec un homme. La couronne des vierges. Une jeune vierge.
Il est temps de partir, la nuit vient, et pour guide, Mon père, vous n'avez qu'une vierge timide , C. DELAV. , Paria, v, 7
2Par extension, femme qui a vécu dans la continence.
Ils la mènent au temple, où depuis tant d'années Au culte des autels nos vierges destinées Gardent fidèlement le dépôt précieux Du feu toujours ardent qui brûle pour nos dieux , RAC. , Brit. v, 8
Il [Dieu] m'a ouvert les portes de la sainte Sion, et m'a placée au milieu des vierges fidèles qui le servent , MASS. , Profess. relig. serm. 1 Les onze mille vierges, légende d'après laquelle onze mille vierges auraient été massacrées par les barbares à Cologne. Fig. et familièrement. Amoureux des onze mille vierges, se dit d'un homme amoureux de toutes les femmes qu'il voit. Vierge de fer, instrument de supplice représentant une femme, dont les bras se serraient par un mécanisme sur le condamné et le déchiraient.
3Absolument et par excellence, Marie, mère de Dieu (on met un V majuscule). Être dévot à la Vierge. La sainte Vierge. La Vierge Marie.
Qu'ont-ils [les sages] rien à dire contre la résurrection et contre l'enfantement de la Vierge ? qu'est-il plus difficile de produire un homme ou un animal, que de le reproduire ? , PASC. , Pens. XXIV, 20
Lorsque le peuple d'Ephèse eut appris que les pères du concile avaient décidé qu'on pouvait appeler la Vierge mère de Dieu, il fut transporté de joie ; il baisait les mains des évêques ; il embrassait leurs genoux ; tout retentissait d'acclamations , MONTESQ. , Esp. XXV, 2
Mais va, ma belle enfant, offrir un nouveau don à la Vierge des Bois dont tu portes le nom , C. DELAV. , Louis XI, II, 10 La Vierge d'août [le 15 août, fête de l'Assomption] démet le temps ou le remet, dicton des environs de Douai. Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie, communauté de religieuses de Sainte-Jeanne, appelées aussi Annonciades.
4Une image de la sainte Vierge.
Que [Louis XI].... Ce roi bigot, pour se soûler de crimes, Mette sa Vierge entre le diable et lui , BÉRANG. , Censeur.
5Terme d'astronomie. Un des douze signes du zodiaque, celui qui, par suite de la révolution annuelle de la terre, semble parcouru à peu près du 20 août au 20 septembre par le soleil (avec un V majuscule). 6Terme d'alchimie. Vierge épouse, le mercure. 7Adj. Il se dit des personnes, filles ou garçons, qui ont vécu dans la continence.
Cet apôtre vierge [saint Jean]... , BOSSUET , Anne de Gonz.
Il [le père de Montaigne] jurait s'être marié vierge à trente-trois ans , J. J. ROUSS. , Ém. IV Fig.
Âmes pures et innocentes, âmes vierges comme les appelle saint Jean , BOSSUET , Mar.-Thér.
La justice demeurer constante, et pour ainsi dire toujours vierge et incorruptible parmi des occasions si délicates, quelle merveille de la grâce ! , BOSSUET , le Tellier.
Ô solitude, cher asile des âmes vierges, dérobe au monde trompeur les filles de saint Bernard , FÉN. , t. XVII, p. 231
Elle [mon âme] m'a dit : tu me dois un beau cierge, Car sans mon souffle au néant tu restais ; Mais jusqu'à toi je n'arrivai point vierge , BÉRANG. , Métemps.
Fig. Réputation vierge, réputation intacte.
8Fig. Il se dit de choses qui n'ont encore été soumises à aucun usage, à aucun travail.
Quand Galilée et Bacon parurent après tant d'esprits sublimes que l'antiquité avait produits, ils trouvèrent la carrière des sciences encore vierge , BIOT , Instit. Mém. scienc. t. III, p. CIII Terre vierge, terre qui n'a jamais été cultivée.
Toutes les terres des îles étaient vierges, lorsque les Européens entreprirent de les défricher , RAYNAL , Hist. phil. XI, 25
On dit de même : un sol vierge, une nature vierge. Forêt vierge, forêt où l'on n'a jamais coupé de bois. Les forêts vierges de l'Amérique. Épée vierge, épée qui n'a fait encore de mal à personne, qu'on n'a pas encore tirée du fourreau pour se battre. Cire vierge, cire qui n'a été employée à aucun usage.
Tenant en la main droite un cierge De cire noire, et non pas vierge , SCARR. , Virg. VI
9Qui n'a subi aucune préparation. Huile vierge, huile qui sort des olives sans qu'on les ait pressées. Métaux vierges, synonyme de métaux natifs. Il se dit aussi des métaux qui n'ont point passé par le feu. De l'argent vierge. De l'or vierge. Du mercure vierge. 10Parchemin vierge, parchemin qui est fait avec la peau de jeunes agneaux, de jeunes chevreaux.
Du sel, du pain bénit.... pliés en du parchemin vierge , RÉGNIER , Sat. X
11Terme de peinture. Teinte vierge ou en couleur vierge, celle qui n'est ni fondue ni noyée dans les autres. 12Vigne vierge, voy. VIGNE. XIIIe s.
Cil Dieu qui de la virge en Belleem naquit , Berte, LIII
Por plus enforcier l'anatesme, Quand il aura finé son tesme, Li met ou poing ung ardant cierge Qui ne fu pas de cire vierge , la Rose, 19790
Lors [Jacob] engendra Joseph le vierge, Qui fu plus simples que n'est sierge , Hist. des trois Maries, ms. p. 48, dans LACURNE
Tos sains et totes virgenes aime , Roi Guillaume, p. 57, dans DU CANGE, à la Table française
XVe s.
Il estoit doux, courtois et debonnaire, vierge et chaste de son corps, et large aumosmer , FROISS. , II, III, 96
Si l'assiegeriez voulentiers, Si n'eussiez paour qu'endementiers [pendant ce temps] Aucuns vous chantassent des vierges [ne vous jouassent un mauvais tour], Ou que l'en vous donnast des verges, Comme à gens mauldiz et haïz , AL. CHART. , p. 719
XVIe s.
Et se bouterent dedans ledit chasteau [Brescia] les Espaignols, pensant les Venitiens que ce fust en leurs privez noms ; mais, quand lesdits Espaignols furent dedans, leur chanterent l'evangile des vierges, c'est du demené de la guerre , P. DESREY , à la suite de Monstrelet, p. 116, dans LACURNE
Ne fin papier, ne vierge parchemin, Pour mon propos escrire rien ne valent , MAROT , I, 361
Car il n'affiert à garses diffamées User des droits de vierges bien famées , MAROT , I, 362
[Le père de Montaigne] de soy, juroit sainctement estre venu vierge à son mariage, et si avoit eu fort longue part aux guerres delà les monts , MONT. , II, 17
Bressan, viorze ; provenç. verge, vergi, virgi ; espagn. virgen ; portug. virgem ; ital. vergine ; du lat. virginem. Dans l'historique, virgene n'est qu'orthographique et étymologique ; la prononciation n'en est pas moins de deux syllabes.