VENELLE

Prononciation : ve-nè-l'
Nature : s. f.

Petite rue.
Cet animal, irrité, ainsi qu'un taureau furieux à qui l'on ouvre la barrière, enfila la venelle, et, me passant entre les jambes, m'enleva de terre , LESAGE , Guzm. d'Alf. III, 12 Ce terme, vieilli et employé encore en Normandie, n'est resté usité que dans cette locution figurée : Enfiler la venelle, prendre la fuite.
J'enfile la venelle ; et, tout léger d'effroi, Je cours un fort long temps sans voir derrière moi , RÉGNIER , Sat. X
Et le cheval, qu'à l'herbe on avait mis, Assez peu curieux de semblables amis [loup, renard], Fut presque sur le point d'enfiler la venelle , LA FONT. , Fabl. XII, 17
XIIIe s.
Laquaus [laquelle] maisuns se tient d'une part à la venele Saint Sauveor , Bibl. des ch. 3e série, t. v, p. 88
XVe s.
Le suppliant se tourna en une venelle entre deux maisons , DU CANGE , venella.
La suppliant mist son enfant tout mort en la venelle de son lit , DU CANGE , ib.
La veuille ou ruelle du lit , DU CANGE , ib.
Génev. veniule ; Berry, vane, vanne, ruelle ; bas-lat. venella dans un diplôme de 648 (GRANDGAGNAGE, Noms vallons). Du Cange y voit un diminutif de vena, veine, pris figurément. Cela est appuyé par le génevois veniule, et par le bas-latin venula, venelle, dans un texte cité par du Cange. Courtépée, Descrip. du duché de Bourgogne, p. 506, prétend que enfiler la venelle vient de ce que, en 1437, les écorcheurs rôdant autour de Selongey et de Gemeaux, localités où passe une petite rivière dite la Venelle, les habitants les pourchassèrent jusqu'à un défilé fort étroit, ne se sauvant que ceux qui se jetèrent dans la Venelle. Mais c'est là, comme il arrive si souvent, une historiette inventée pour expliquer une locution. Venelle, sans compter les textes du bas-latin, se trouve dès le XIIIe siècle ; et enfiler la renelle ou la ruelle a pu se dire sans qu'il y ait besoin des écorcheurs.