SAVATE

Prononciation : sa-va-t'
Nature : s. f.

1Vieux soulier fort usé.
Je me soucie d'une paire de bottes neuves comme d'une savate, disait le pauvre débotté , SCARR. , Rom. com. II, 2
J'entends un bruit de savates de femme dont le pas inégal annonçait une boiteuse , GENLIS , les Parvenus, t. II, p. 238, dans POUGENS Familièrement. Traîner la savate, être dans le vagabondage, dans l'indigence.
J'avais une grande disposition à traîner la savate, et à courir les rues comme tant d'autres , COMTE DE CAYLUS , Mém. des colporteurs, Oeuvr. t. X, p. 235, dans POUGENS.
2Nom qu'on donne quelquefois à un soulier neuf ou vieux dont le quartier est rabattu. Mettre ses souliers en savate. 3Jeu de la savate : une douzaine d'écoliers s'asseyent en rond, levant les genoux et se serrant étroitement les uns contre les autres ; sous leurs genoux ainsi haussés et juxtaposés, ils font passer un soulier que l'un d'eux, debout au milieu du cercle, cherche à saisir au passage. Celui entre les mains de qui elle est saisie, prenant la place de celui qui l'a saisie, cherche la savate à son tour. 4Battre la savate, sorte de jeu ou d'exercice pour se réchauffer quand il fait froid ; on dit plutôt : battre la semelle (voy. SEMELLE). 5Populairement. Espèce de gymnastique qui a pour objet de passer la jambe à celui qu'on attaque ou par qui on est attaqué, et qui consiste à appliquer entre le mollet et la cheville de son adversaire un coup de pied qui lui fait perdre l'équilibre. Sorte de manière de se battre à coups de pied. Les règles de la savate. 6Correction militaire appliquée par les soldats entre eux pour certains délits non justiciables d'un conseil de guerre, et qui consiste en ceci : le patient, couché sur le ventre, est étendu sur un banc, la chemise retroussée, et chaque soldat de la compagnie lui applique trois coups d'un soulier neuf et bien ferré. Recevoir la savate. 7Anciennement, dans le service de la poste, celui qui va à pied porter les lettres dans les endroits éloignés des grandes routes ; on dit aujourd'hui piéton. 8Terme de marine. Morceau de bois épais, plat et creusé, dans lequel on fait entrer le bec de l'ancre pour le garantir, quand il repose sur la pierre d'un quai, ou pour protéger le bordage quand l'ancre est fixée au côté du navire. On dit aussi semelle. Pièce de bois qu'on passe de bout en bout sous la quille d'un navire qu'on veut lancer. XIIIe s.
Si com Escos [Écossais] qui porte sa cavate, De palestiaus sa chape ramendée, Deschaus, nus piés, affublés d'une nate , Hist. litt. de la Fr. t. XXIII, p. 752
XIVe s.
Tant qu'à un chavetier Bauduins s'arresta, Qui chavates cousoit.... , Baud. de Seb. XII, 172
XVIe s.
Le beau soulier devient enfin savate , COTGRAVE ,
Picard, chavate ; espagn. zapata et zapato, soulier ; ital. ciavatta. Origine incertaine. Souza le tire de l'arabe sabata, chausser, mais on ne trouve pas ce verbe dans Freitag. D'après Mahn, il vient du basque zapata, soulier, zapatu, mettre le pied, zapatain, cordonnier.