PIQUER

Prononciation : pi-ké
Nature : v. a.

1Entamer légèrement avec quelque chose de pointu.
Il se piquait un doigt toutes les fois qu'il écrivait à cette princesse, et ne lui écrivait jamais que de son sang , SAINT-FOIX , Ess. Paris, Oeuv. t. IV, p. 292, dans POUGENS
Il [le tangaras] se nourrit de fruits, et pique les bananes et les goyaves, qu'il détruit en grande quantité , BUFF. , Ois. t. VII, p. 388 Absolument.
Le bon sens et l'expérience nous assurent que le meilleur moyen pour n'être point blessé par la douleur d'une piqûre, c'est qu'il ne faut point se piquer ; mais les stoïciens disent : Piquez, et je vais, par la force de mon esprit et par le secours de ma philosophie.... , MALEBR. , Rech. vér. v, 2
Piquer un papier, y faire de petits trous. Il ne sent rien quand on le pique, se dit d'un ladre ou lépreux dont la peau est insensible, et fig. de celui qui est insensible aux affronts. Fig.
Elle mit une haie d'épines autour de ses oreilles, pour arrêter et pour piquer les médisants , FLÉCH. , Dauphine.
Terme de pêche. Piquer un poisson, donner à l'hameçon une secousse plus ou moins forte, pour le faire entrer dans les chairs du poisson, quand on sent que la proie mord. Synonyme de harponner. En termes de marine, piquer un homme, le frapper avec un bout de corde.
2Se dit du chirurgien qui perce la peau avec la lancette pour saigner.
Je me regarde saigner, je tiens moi-même la lumière, ce qui est fort simple, et je ne puis, sans quelque peine, voir piquer une autre personne , GENLIS , Veillées du château t. I, p. 136, dans POUGENS Piquer l'artère, piquer le tendon, se dit de la lésion de ces organes faite par la lancette en saignant.
3Il se dit aussi des serpents, des insectes. Une vipère le piqua au pied.
Son corps nu, exposé au soleil, fut bientôt couvert et piqué de mouches et de moucherons , SCARR. , Rom. com. II, 16
Tel qu'on voit un taureau qu'une guêpe en furie A piqué dans les flancs aux dépens de sa vie , BOILEAU , Lutr. I Absolument.
Tous venins y mourront comme aux temps de nos pères, Et mêmes les vipères Y piqueront sans nuire, ou n'y piqueront pas , MALH. , VI, 6
Fig. On ne sait quelle mouche le pique, on ne sait point le sujet de sa colère, de son dépit.
On ne sait bien souvent quelle mouche le pique , BOILEAU , Sat. IX
4Il se dit des entamures que certains insectes font aux étoffes, aux bois. Les teignes, les vers ont piqué cet habit, ces livres. 5Terme de maréchalerie. Piquer un cheval, lui faire entrer, en le ferrant, la pointe d'un clou jusqu'à la chair vive. Terme de manége. Piquer un cheval, ou, absolument, piquer, donner de l'éperon à un cheval, et le pousser au galop.
Il ne songea donc plus qu'à piquer sa bête qui n'était pas fort bonne , SCARR. , Rom. com. II, 13
Malgré les fâcheuses circonstances de son État, Sa Majesté Britannique ne laissait pas d'aller courageusement à la chasse avec Monseigneur, et piquait comme eût pu faire un homme de vingt ans qui n'a d'autre souci que celui de se divertir , LA FAY. , Mém. cour de France, Oeuv. t. II, p. 408, dans POUGENS.
Ils virent paraître du côté de Valence quatre ou cinq cavaliers qui piquaient à outrance , LE SAGE , Diable boit ch. 13
Ce cavalier pique bien, il pousse vigoureusement son cheval au galop Piquer des deux, donner des deux éperons à la fois, et, par conséquent, donner vigoureusement de l'éperon pour accélérer sa marche.
Tantôt piquant des deux, tantôt marchant à petits pas , J. J. ROUSS. , Ém. v.
Fig. Piquer des deux, faire grande diligence. C'est une affaire où il faut piquer des deux. Familièrement. Piquer la mazette, monter un mauvais cheval.
Depuis huit jours entiers avec vos longues traites Nous sommes à piquer des chiennes de mazettes , MOL. , Sgan. 7
Terme de chasse. Piquer dans le fort, pousser son cheval au galop dans le fort du bois.
6Coudre deux étoffes avec un point arrière régulier, dont le second point entre dans le trou fait par le premier et ainsi de suite, de façon qu'il n'y a point d'intervalle entre les points. Piquer un collet d'habit, des poignets de chemises, y faire des points et des arrière-points symétriques pour les orner. Piquer du taffetas, du tabis, le percer et le figurer avec un petit fer. Terme de cordonnier. Faire des rangs de points tout autour de la première semelle. Le cordonnier pique aussi les bordures des souliers, l'étoffe des bottines à leur cuir. Terme de tapissier. Fixer le crin avec la toile de rembourrure pour former le fond et le dossier d'un siége. 7Terme de maçonnerie. Piquer une pierre, la rendre raboteuse, en y faisant de petits trous avec un marteau.
Tout s'est borné à des préparatifs, et à piquer à coups de marteaux de grandes pierres de roche, qui, à mon gré, ne conviennent point du tout à une maison de campagne , VOLT. , Lett. Mme de St-Julien, 14 déc. 1775
8Terme de beaux-arts. Piquer un dessin, en suivre les contours en piquant légèrement, de manière à former un poncis. Rehausser les parties claires par des touches de crayon blanc, ou avec du blanc détrempé dans de l'eau de gomme. 9Terme de charpentier. Marquer avec le traceret sur une pièce de bois l'ouvrage qu'il faut y faire. Terme de marine. Piquer une pièce de bois, la brocheter. Terme de serrurier. Piquer une serrure, tracer avec une pointe sur le palastre l'endroit où doivent répondre les différentes parties qui, par leur assemblage, forment la serrure. 10Frotter la surface d'une glace avec une autre glace, en introduisant entre elles de l'émeri humecté d'eau. Terme de marbrier. Polir une pièce de marbrerie en frottant sa surface avec un bouchon de linge fin humecté d'eau, sous lequel on met du plomb en limaille, ou de l'émeri, ou bien encore de la boue de lapidaire. 11Terme de fontainier. Ajouter un robinet sur une conduite. 12En termes de cuisine, faire entrer, en piquant, quelque ingrédient. Piquer des oignons de clous de girofle. Piquer de la viande, la larder.
Il y a les Hébreux qui ne vous donneront jamais de boudin ni de lard.... ils aimeraient mieux mourir que de piquer un poulet , VOLT. , Dial. 16
Piquer de gros lard un morceau de boeuf, le larder avec de gros lardons. Piquer menu, piquer avec des lardons fins.
Nous trouvâmes qu'il fallait qu'ils fussent pour le moins trois cents piqueurs pour piquer menu , SÉV. , 68
13Terme de billard. Piquer la bille, la toucher presque perpendiculairement avec la queue. 14Piquer une tête, s'élancer dans l'eau la tête la première, ou y tomber la tête la première. 15Fig. Piquer les tables, les assiettes, et, plus ordinairement, piquer l'assiette, courir après les dîners, vivre en parasite. Substantivement. Un pique-assiette, un parasite. Fig. Piquer le coffre, piquer le tabouret, se disait de celui qui, chez le roi ou chez un grand, attendait dans une antichambre, assis sur un coffre. Piquer l'escabelle, en parlant d'un jeune homme, travailler dans les études des notaires ou des avoués (locution peu usitée). 16Fig. Piquer les absents, marquer ceux qui manquent à leur poste, à un appel.
Le sous-chef donnait au chef le nom des absents, et, dans l'instant où le travail commençait, sans faire d'appel, tous les absents étaient notés et piqués , FORFAIT , Instit. Mém. scienc. t. v, p. 287 Piquer des ouvriers, veiller à ce qu'ils soient présents, à ce qu'ils ne perdent pas leur temps. Terme de marine. Piquer l'heure, toucher, avec le battant d'une cloche, un certain nombre de fois déterminé par l'usage, la paroi intérieure de cette cloche, pour annoncer l'heure.
À bord des bâtiments français, on a l'habitude de piquer l'heure toutes les trente minutes , JAL ,
17Fig. En parlant des mets, avoir un goût fort, faire une vive impression. Ce vin pique la langue. Absolument. Ce fromage pique. Il se dit absolument aussi du poisson qui n'est plus frais et qui affecte désagréablement le goût. Cette alose pique. 18Fig. Faire une impression morale comparée à une piqûre.
Son histoire m'a remué tout l'esprit et piqué tout ce qu'il a de sensible , BALZ. , liv. VII, lett. 7
Le blâme piquait au vif les coeurs généreux et retenait les plus faibles dans le devoir , BOSSUET , Hist III, 6
Ainsi les amertumes et les épines de la vertu ont toujours du moins une utilité présente qui en dédommage : en nous dégoûtant, elles nous purifient ; en nous piquant, elles nous guérissent , MASS. , Carême, Dégoûts Piquer de..., faire éprouver un certain sentiment.
Je sais trop qu'un tyran est sans reconnaissance, ....Et suis trop au-dessus de cette indignité Pour te vouloir piquer de générosité , CORN. , Héracl. III, 2
Ils [les Juifs] m'ont, dit-il [Jéhovah], piqué de jalousie, en adorant ceux qui n'étaient pas dieux , BOSSUET , 2e sermon, profession, 3 Piquer d'honneur, exciter une personne à quelque chose, en lui représentant qu'elle a du coeur et de l'honneur.
Le connétable de Montmorency aida à me tromper : il me persuada qu'il fallait vous piquer d'honneur, en vous laissant passer sans condition , FÉN. , Dial. des morts mod. (Charles V, François Ier)
19Fig. Exciter, réveiller, animer.
Un brûlant aiguillon lui pique le courage , RÉGNIER , Épît. I
Cette immortalité où ils aspiraient, et dont l'espérance les piquait, les encourageait, les emportait au travers de tous les obstacles , BOURD. , Serm. pour la Toussaint, III
Voilà comment s'expliquaient autrefois les prophètes pour exciter dans les esprits de leurs auditeurs cette émulation toute divine dont ils tâchaient de les piquer , ID. , Serm. pour le dim. octave de la Passion, II
La peine doit être aussi légère qu'il est possible, mais accompagnée de toutes les circonstances qui peuvent piquer l'enfant de honte et de remords , FÉN. , Éduc. des filles, v
Il [Cambyse] le prit [Polycrate] par ce double appât, en piquant par la même offre et son avarice et son ambition , ROLLIN , Hist. anc. Oeuvr. t. II, p. 331
Des marques d'honneur et de justes récompenses attachées au mérite piquent et réveillent l'industrie , ROLLIN , Traité des Ét. VI, II, 1 Piquer la curiosité de quelqu'un, rendre plus vif le désir qu'il a de savoir quelque chose.
Je ne m'amuserai point à dire que j'ai choisi, dans toute la philosophie, la matière la plus capable de piquer la curiosité ; il semble que rien ne devrait nous intéresser davantage, que de savoir comment est fait ce monde que nous habitons , FONTEN. , Mondes, Préf.
20Fig. Faire naître un sentiment d'amour, une passion.
Ce penser... Du trait de sa beauté me pique jour et nuit , RÉGNIER , Plainte.
...les âmes... S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer Par ces je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer , CORN. , Rodog. I, 7
...Elle-même est l'objet qui le pique , TH. CORN. , Berger extravag. I, 4
21Fig. Faire une impression vive et agréable.
Les plaisirs défendus n'auront rien qui vous pique , LA FONT. , Coupe.
Ils essayent de tout : rien ne les pique , MASS. , Pet. carême, Malh. Absolument. La physionomie de cette femme pique et attire.
C'est la plus divine lettre du monde ; il n'y a rien qui ne pique et qui ne soit salé , SÉV. , 19 juill. 1675
La vie de sérail est une vie unie qui ne pique pas , MONTESQ. , Lett. pers. 34
22Fig. Frapper d'un trait satirique.
D'un ris et de ces mots elle m'alla piquant... , RÉGNIER , Élég. IV
M. Jurieu... en maltraitant un auteur qui l'avait piqué dans quelque endroit délicat , BOSSUET , Déf. Var. 1er disc. 66
Mais qu'on nous pique, même légèrement, mais qu'on nous rende un mauvais office ; c'est alors que tout le feu de la colère s'allume et nous transporte , BOURDAL. , Dim. Octave de l'Ascension, Dominic. t. II, p. 275 Absolument.
C'est ce qui m'a contraint de librement écrire, Et, sans piquer au vif, me mettre à la satire , RÉGNIER , Sat. I
23Fig. Fâcher, irriter, mettre en colère.
Et vous n'ignorez pas combien cela me pique , CORN. , le Ment. III, 1
Apprends-moi le sujet qui contre moi te pique , MOLIÈRE , l'Ét. II, 14
La déraison me pique, et le manque de bonne foi m'offense , SÉVIGNÉ , 8 avr. 1671
Dites d'une femme mondaine, qu'elle est ridicule dans ses manières et pitoyable dans sa figure, vous la piquerez plus vivement que si vous lui reprochiez un commerce de galanterie , BOURDAL. , 12e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 326 Absolument.
Un malheur continuel [au jeu] pique et offense , SÉV. , 9 mars 1672
Piquer au vif, causer une très vive irritation.
24V. n. Terme de fauconnerie. Piquer après la sonnette, suivre l'oiseau, qui porte en effet une sonnette. Terme de chasse. Piquer à la queue des chiens, les suivre d'assez près pour les aider et les faire manoeuvrer.
Le piqueur doit bien accompagner ses chiens, toujours piquer à côté d'eux, toujours les animer sans trop les presser , BUFF. , Quadrup. t. II, p. 21
25Terme de marine. Piquer au vent, même sens que pincer le vent. 26Au jeu, piquer sur, commencer à prendre des points sur un adversaire qui a déjà une grande avance. 27Se piquer, v. réfl. S'entamer avec un corps pointu. Il s'est piqué dans les ronces. Fig.
Il est impossible de s'approcher d'eux [des gens mal gracieux] sans se piquer , BALZ. , De la cour, 6e disc.
28Il se dit de certaines choses, étoffes, livres, etc. que les vers percent de petits trous. Ce bois se pique. Ces étoffes se piquent. Par assimilation aux piqûres de vers, ce papier imprimé se pique, il jaunit, se tache. 29Cette boisson se pique, elle commence à s'aigrir. 30Fig. Se prendre d'amour.
Il se piqua pour certaine femelle De haut état... , LA FONT. , Magnif.
S'il se fût piqué d'elle , LA FONT. , Court.
31Fig. Se vanter de, avoir des prétentions à.
Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien , LA ROCHEF , Max. 203
Le mulet d'un prélat se piquait de noblesse , LA FONT. , Fabl. VI, 7
Parmi les animaux le chien se pique d'être Soigneux et fidèle à son maître , LA FONT. , ib. VIII, 25
On n'apprend pas aux hommes à être honnêtes hommes [hommes comme il faut] ; et ils ne se piquent jamais tant de savoir rien du reste, comme d'être honnêtes hommes , PASC. , Pens. VI, 32, éd. HAVET.
Je ne me pique ni de fermeté, ni de philosophie , SÉV. , 125
Je ne trouve rien de plus bas ni de plus vain parmi les hommes que de se piquer de science ; mais aussi ne faut-il pas en avoir beaucoup pour répondre à M. Basnage , BOSSUET , Déf. var. 1er disc. 62
Je ne me pique point du scrupule insensé De bénir mon trépas quand ils [les sultans] l'ont prononcé , RAC. , Baj. I, 1
La plupart [des sophistes], comme Gorgias, se piquaient de satisfaire sur-le-champ à toutes les questions qu'on leur pouvait faire , ROLLIN , Hist. anc. Oeuv. t. IV, p. 386, dans POUGENS
Catinat avait dans l'esprit une application et une agilité qui le rendaient capable de tout, sans qu'il se piquât jamais de rien , VOLT. , Louis XIV, 16
Il se piquait de tout, et n'était bon à rien , MARMONTEL , Cont. mor. Heureusement. S'en piquer, avoir la prétention d'exceller en quelque chose.
Eh comment diable ! je ne ferais pas mieux, moi qui m'en pique [de versifier] , BEAUMARCH. , Barb. de Sév. I, 6
Se piquer d'honneur, montrer dans quelque occasion plus de courage, plus de générosité, etc. qu'on n'a coutume d'en faire paraître.
Sans te piquer d'honneur, crois qu'il n'est que de prendre , CORN. , le Ment. IV, 6
Se piquer d'honneur, signifie aussi tenir obstinément à ce qu'on a décidé.
Le siége apostolique a cela de recommandable qu'il ne se pique pas d'honneur, et se porte volontiers à révoquer ce qu'on a tiré par surprise , PASC. , Prov. XVIII
Se piquer au jeu, ou, simplement, se piquer, s'opiniâtrer à jouer malgré la perte. Fig. Se piquer au jeu, persister dans une entreprise malgré les obstacles, s'y opiniâtrer.
32Fig. S'affliger (vieilli en ce sens).
Après tout, entre nous, confesse franchement Qu'une fille en ces lieux qui perd un frère unique, Jusques au désespoir fort rarement se pique , CORN. , Mél. IV, 10 Devenir plus cuisant, plus amer.
Ce que j'eus lors de joie augmente mon regret ; Par là mon désespoir davantage se pique , CORN. , la Gal. du Pal. III, 11
33Fig. Se sentir offensé, prendre en mauvaise part.
Ces gens à se piquer ardents , RÉGNIER , Sat. x
Entre amis on ne va pas se piquer pour si peu de chose , MOL. , Préc. 15
XIIIe s.
Illec [là] les Turs nous assailloient de toutes pars ; une partie d'eulz entrerent en la meson deffete, et nous piquoient de leurs glaives par desus , JOINV. , 225
XVe s.
Et ceux de dehors avoient fait chas et instrumens, par quoi on piquoit les murs, tout à couvert , FROISS. , I, I, 155
Chascun qui puet [peut] prent, hape et pique, Pour avoir grant estat et mise , E. DESCH. , Poésies mss. f° 337
Le suppliant loua les jumens ou eques de Raymond, pour piquer ou batre son mil ou blé , DU CANGE , picare.
Au rapport qu'il fit, il estoit fort malade, et, à la verité dire, aussi estoit-il bien piqué [amoureux] , LOUIS XI , Nouv. XLVIII
L'autre se taisoit et piquoit son chemin [fuyait] , LOUIS XI , ib. LXXXIV
Elle monta sur son cheval, et piqua fort, tant qu'ils eurent eslongé la place , LOUIS XI , ib. XCVIII
XVIe s.
Ces hommes satyriques font profession de mesdire et de picquer tout le monde , AMYOT , Péric. 30
Le dit Luther demouroit piqué [arrêté] en sa doctrine , SLEIDAN , f. 4
Il fallut courir à l'escurie, où depuis trois semaines par prevoiance on avoit accoustumé de picquer des chevaux en une carriere ouverte , D'AUB. , Hist. II, 187
Puis le fils ayant picqué près du pere pour avoir veu à son visage une esmotion non accoustumée , D'AUB. , Mém. éd. LALANNE, p 5
On pique à pointe de marteau les meules de moulin, quand elles sont trop applanies , PARÉ , IV, 1
Un sachet de tafetas bien piqué , PARÉ , XXI, 2
Comme les tempestes se picquent contre l'orgueil de nos bastiments , MONT. , I, 66
Sans se picquer [s'entêter] et opiniastrer à se convaincre... , MONT. , I, 97
De quoy Plutarque se picque [se fâche] avec raison , MONT. , I, 265
Il s'y affectionne, il s'y picque et s'y plaist [à cet exercice] , MONT. , II, 358
Trop piquer le cheval le fait restif , COTGRAVE ,
Pic 1 ; prov. picar, pichar ; espagn. picar ; ital. piechiare ; angl. to pick ; allem. picken. PIQUER. 29Ajoutez : Se piquer, s'altérer, se dit aussi en parlant de l'huile.
Au bout d'une année, l'huile d'olive de Dalmatie se pique, suivant l'expression populaire, et n'est plus mangeable , Journ. offic. 3 fév. 1873, p. 791, 2e col.
34Locution populaire. Piquer un chien, dormir dans la journée sans être couché. On attribue cette métaphore avec vraisemblance aux mendiants aveugles assis avec leur chien devant eux, qui auraient soin de tenir dirigée vers l'animal la pointe de leur bâton, afin que, s'ils viennent à s'endormir et dès lors à se pencher en avant, la pointe pique le chien, qui, en remuant, les réveille.