PANTOUFLE

Prononciation : pan-tou-fl'
Nature : s. f.

1Chaussure qui sert à la chambre et qui ne s'attache pas comme le soulier.
Mes pieds tortus humble pantoufle couvre , SCARRON , Poés. div. Oeuv. t. VII, p. 77, dans POUGENS
Il [un distrait] tire un livre pour faire sa prière, et c'est sa pantoufle qu'il a prise pour ses heures , LA BRUY. , XI
Un homme de livrée court après lui, le joint, lui demande en riant s'il n'a point la pantoufle de Monseigneur ; Ménalque lui montre la sienne et lui dit : voilà toutes les pantoufles que j'ai sur moi ; il se fouille néanmoins et tire celle de l'évêque de *** qu'il vient de quitter, qu'il a trouvé malade au coin de son feu, et dont, avant de prendre congé de lui, il a ramassé la pantoufle comme un de ses gants qui était à terre : ainsi Ménalque s'en retourne chez soi avec une pantoufle de moins , LA BRUY. , ib. Mettre son soulier en pantoufle, abaisser le quartier de derrière du soulier, ce qui transforme le soulier en une sorte de pantoufle. Fig. Il a mis son soulier en pantoufle, se dit pour se moquer de quelqu'un qui croit s'être bien déguisé et qu'on reconnaît. Fig. et familièrement. Raisonner comme une pantoufle, ou, elliptiquement, raisonner pantoufle, dire des riens, raisonner au hasard.
À neuf heures, M. de la Garde, l'abbé de Grignan, Brancas, d'Hacqueville sont entrés dans ma chambre pour ce qui s'appelle raisonner pantoufle , SÉV. , 166 (Cette locution vient d'un jeu de mot entre raisonner et résonner ; la pantoufle ne résonne pas.)
Fig. En pantoufles, loc. adv. à son aise.
Le gouverneur [d'une place assiégée], qui se nomme Nigrelli, avait dit au commencement qu'il n'avait qu'à se tenir en pantoufles dans sa chambre, et nous laisser faire pour une quinzaine de jours , PELLISSON , Lett. hist. t. II, p. 281, dans POUGENS
La situation d'Ebembourg ni celle du pays ne demandaient point d'investiture [de blocus], ni plus d'une attaque, de manière que les impériaux faisaient ce petit siége en pantoufles , SAINT-SIMON , 49, 71
Plaider en pantoufles, plaider dans le lieu où l'on demeure contre un homme d'un autre pays. On irait en pantoufles en ce lieu, se dit pour exprimer que le chemin qui y mène est commode, aisé. Populairement. Et caetera pantoufle, quolibet dont on se sert comme d'un temps d'arrêt dans une énumération, dans un récit qui menace de devenir malhonnête.
2Fer à pantoufle, ou, simplement, pantoufle, voy. FER, n° 10. 3Levier d'orgue. 4Pantoufle de Notre-Dame, muflier. 5Cypripède ou sabot de Vénus. XVIe s.
La vertu seroit mieux ; mais où elle defaut, se faut aider de l'hypocrisie, comme nous faisons de pantoufles, pour faire oublier notre petitesse , MARG. , Nouv. LII
Ce personnage baise la pantoufle [se soumet au pape, est catholique] comme les autres , BÈZE , Vie de Calvin, p. 147
Catal. plantofa ; espagn. pantuflo ; ital. pantofola, pantufola ; piémont. patofle et pantofle ; génev. patoufle, homme qui marche lourdement ; angl. pantofle ; allem. Pantoffel ; holland. pattuffel. Origine inconnue. Diez conjecture que le radical est pat nasalisé, lequel représente patte ; la finale oufle, qui par soi ne signifie rien, serait dite sur le modèle de man-oufle, employé en Provence pour moufle, gant. On pourrait aussi conjecturer un dérivé de panoufle (voy. ce mot), bien que l'insertion du t fasse une grosse difficulté. PANTOUFLE. - HIST. Ajoutez : XVe s.
Tous cordouaniers qui feront pantoufles y seront tenus mettre semelles et bordures de bonne vache , Rec. des monum. inédits de l'hist. du tiers état, t. IV, p. 223