OGRE

Prononciation : o-gr'
Nature : s. m.

1Espèce de monstre qu'on supposait se nourrir de chair humaine, et qui est un personnage des contes de fées. L'ogre déjoué par le petit Poucet. Fig.
Petits poucets de la littérature, S'il vient un ogre, évitez bien sa dent , BÉRANG. , Préf.
Familièrement. Manger comme un ogre, manger excessivement.
L'ogre a dîné ; peuples, payez la carte ; Faites un roi, morbleu ! faites un roi , BÉRANG. , Belges.
2Fig. et familièrement. Homme méchant, surtout d'une méchanceté barbare, et effrayant.
Le prince royal de Prusse [plus tard Frédéric II], à qui son ogre de père permettait à peine de lire, n'attend pas que ce père soit mort pour oser faire imprimer la Henriade ; il a fait fondre en Angleterre des caractères d'argent , VOLT. , Lett. Cideville, 5 mai 1740 Nom donné par moquerie aux hommes qui font les terribles, les pourfendeurs.
L'ogre [un mari jaloux et duelliste] est bâti de telle sorte qu'il lui faut absolument de la chair fraîche [des gens qu'il soupçonne de courtiser sa femme et qu'il puisse appeler en duel] , CH. DE BERNARD , le Paratonnerre.
3Dans le langage d'argot, ogre, agent de remplacement, escompteur, usurier. Ogresse, revendeuse à la toilette, qui loue des effets aux filles de joie. Anc. espagn. huergo, uerco ; esp. mod. ogro, ogre, huerco, triste ; ital. orco ; napolit. huorco ; anglo-sax. orc, démon infernal ; du lat. orcus, enfer, dieu de l'enfer, d'après Diez (orcus, d'après Maury, est un mot étrusque). On a longtemps prétendu que ogre venait de Hongrois, à cause des dévastations que les Hongres, ou Hongrois, ou Oïgours avaient faites dans l'Occident, au moyen âge. La forme du mot dans les langues romanes ne se prête pas à cette dérivation.