NIELLE

Prononciation : ni-è-l'
Nature : s. f.

Plante qui croît dans les blés, et dont la semence est noire. Sous le nom de nielle des blés on a confondu le nigella arvensis, L., renonculacées, et l'agroslemma githago, L., caryophyllées, toutes deux à graines noires. Nielle a encore été employé comme synonyme de nigelle, genre de renonculacées, et l'on a appelé nielle de Virginie, le mélanthe de Virginie, LEGOARANT. XVIe s.
La mesnagere envoiera le bled au moulin, après l'avoir fait nettoier de toutes ordures, de nielle, de vesce, d'yvroie, de pierres de gravois, de poussiere , O. DE SERRES , 281
.... Prendre par le nez de la niele, dite poivrete, trempée en vinaigre, et poudre de pirete pour faire esternuer , ID. , 895
Picard, nelle, nèle ; génev. niolle ; provenç. niela ; catal. niella ; espagn. neguilla ; ital. nigella ; du lat. nigella planta, plante noire, diminutif de niger, noir. 1. NIELLE. Ajoutez : - ÉTYM. Le bas-lat.
a niela dans un texte du Xe siècle , BOUCHERIE , Rev des langues romanes, t. VI, p. 459 C'est un romanisme. On voit que dès lors le g avait disparu de la forme primitive nigella.
1Terme d'orfévrerie. Ornements ou figures que l'on grave en creux sur un ouvrage d'orfévrerie, et dont les traits sont remplis d'une sorte d'émail noir, fait d'un mélange d'argent, de plomb et de soufre liquéfiés. 2Se dit de l'émail noir dont on se servait pour faire ressortir la gravure appelée nielle, et qui est un mélange de soufre, de plomb et d'argent. 3Se dit aussi de l'empreinte en soufre, ou de l'épreuve sur papier, tirée de la planche de métal. XIIIe s.
D'or avoit [la coupe] deseure un cisel à trifoïre et à neel , Fl. et Bl. 497
Fors qu'en le [la] coupe al damoisel N'a or, ne argent, ne noel , Partonop. v. 1017
XVIe s.
Au fond du vieux palais, autres fois le sejour Des demi dieux de France, est un temple d'amour ; à nuaux argentez la voute est toute painte , DESPORTES , Élégies, II, 5, Advanture premiere.
Provenç. niel, niell ; espagn. niel ; ital. niello ; du bas-lat. nigellum, dessin en émail noir sur un fond d'or ou d'argent ; du lat. nigellus, diminutif de niger, noir. C'est niel, masculin, qui a donné au pluriel nuaux. 1Maladie des grains qui convertit l'épi en une poussière noirâtre, et qui est produite par deux espèces de champignons parasites, uredo carbo, DC. et uredo caries, DC., On l'appelle aussi charbon, carie.
Lorsqu'il viendra sur la terre, ou famine, ou peste, ou corruption de l'air, ou que la nielle, la sauterelle, ou quelque maligne humeur gâtera les blés , SACI , Bible, Rois, III, VIII, 37
2Nielle des arbres, nom que l'on a, à tort, donné à la rouille et au blanc des arbres.
La nielle se met aussi sur le pied et sur les feuilles de melon, sur la chicorée et sur les concombres, et elle les fait périr , LA QUINTINYE , dans RICHELET
3Terme de marine. Sorte de fermentation qui détériore les toiles à voile. Il ne faut pas décomposer nielle qui vient de nebula, en ni-è-l', comme on fait pour nielle, plante, qui vient de nigella ; dans le premier, niel est une diphthongue ; dans l'autre il y a deux voyelles distinctes. Toutefois Saint-Lambert a dit ni-elle : Achève tes bienfaits ; que la nielle impure, Les insectes, l'orage et les vents ennemis Respectent les présents que tu nous as promis, Saisons, II. XIVe s.
Comme par brueillaz ou par niele , G. GUIART , dans DU CANGE, ninguidus.
En France entour la Saint Jehan cheut sur les blez une rousée qu'on appelle nielle, dont ils furent si enmiellés que, quant on mettoit l'espi en sa bouche, il sentoit le miel tout proprement , Chr. de St-Denis, t. II, f° 25, dans LACURNE
Ce ne vault grain ars [brûlé] de niele , l'Alch. à nat. 524
XVIe s.
Satan, afin de priver l'eglise de ce thresor inestimable, l'a desja de longtemps obscurci, premierement par nioles et brouées, et puis apres par tenebres fort espesses , CALVIN , Instit. 109, 3
Normand, nuile, nieule, nielle ; génev. niolle, petite pluie froide. On a rattaché nielle, maladie des blés, à nielle, plante ; mais il paraît y avoir seulement confusion par assimilation entre nielle, plante, et niele ou niolle, brouée, brouillard qui cause la maladie des plantes ; en ce sens nielle vient du latin nebula, nuage, brouillard (voy. NÈBLE et NEUBLE). Le normand a conservé la forme la plus voisine du latin. D'ailleurs le texte des Chroniques de St-Denis prouve que la nielle était une rosée. Oudin connaissait le sens précis de ce mot, puisque, dans son Dictionnaire, il traduit niellé par annebbiato.