MUE

Prononciation : mue
Nature : s. f.

1Opération par laquelle un animal se dépouille de son épiderme ou des appendices de la surface de son corps, plumes, poils, cornes, etc. pour reparaître ensuite avec des parties analogues. La desquamation continuelle que l'épiderme et l'épithélium éprouvent chez l'homme est une véritable mue insensible. La mue du cerf, du serpent.
La mue est un état maladif commun à tous les oiseaux , GENLIS , Maison rust. t. I, p. 314, dans POUGENS
2Le temps où ces changements se font. La mue est passée. Autour de trois mues, autour qui a trois ans. 3Changement de peau du ver à soie ; il y en a quatre. L'espace qui s'étend d'une mue à l'autre se nomme âge. 4Dépouille d'un animal qui a mué. Mue du cerf, le bois que le cerf a mis bas. Mue du serpent, la peau que le serpent a laissée. 5Grande cage où l'on met un oiseau quand il mue. Une mue de faucon.
Comme poussins ou comme oisons hors de la mue , RÉGNIER , Mac.
6Endroit obscur et serré où l'on enferme les oiseaux, soit pour les faire chanter dans la saison où ils se taisent ordinairement, soit pour les engraisser.
Nous sommes dans ce monde sous la direction d'une puissance aussi invisible que forte, à peu près comme des poulets qu'on a mis en mue pour un certain temps pour les mettre à la broche ensuite , VOLT. , Lett. prince roy. Prusse, juin 1738 Par extension, la Fontaine l'a dit d'un hibou qui coupait les pattes des souris pour les garder.
Puisque un cartésien s'obstine à traiter ce hibou de montre, de machine, Quel ressort lui pouvait donner Le conseil de tronquer un peuple mis en mue ? , LA FONT. , Fabl. XI, 9
7Sorte de cloche à claire-voie sous laquelle on retient en plein air une poule qui a de petits poulets. Fig. Se tenir en mue, se tenir chez soi.
C'est donc cela que tu te tiens en mue, Fais le malade, et te plains tous les jours, Te réservant sans doute à tes amours ? , LA FONT. , Richard.
8Changement qui s'opère dans la voix des individus des deux sexes, à l'époque où ils passent de l'enfance à la puberté. 9Terme de vénerie. Mettre les chiens à la mue, cesser de les faire chasser. XIIe s.
Muer puet en ceste mue Ma plume tote ma vie , CRESTIEN DE TROIES , dans HOLLAND, p. 230
XIIIe s.
Amis, vous m'avez perdue ; Li jalous m'a mis en mue [prison] , Poés. franç. Vatic. n° 1490, f° 109, dans LACURNE
Moult lonc tens fu renart en mue, Ne va, ne vient, ne se remue , Ren. 12981
XVe s.
Deux esperviers de tierce mue , Perceforest, t. II, f° 35
Neige et gresil sont en terre bouté ; On oit chanter chascun parmi la rue ; Arme toy lors ; tien toi l'iver en mue , E. DESCH. , Saison de guerre.
XVIe s.
La premiere maladie, mue, dormille, despouillement (diversement appellée) avient au huitiesme ou dixieme jour de la naissance des vers à soie , O. DE SERRES , 481
Voy. MUER ; wallon, mowe ; namur. muwe ; provenç. espagn. et ital. muda. Employé seulement dans cette locution : rage mue, rage muette, sans aboiement. Fig.
M. le duc d'Orléans fut fâché à sa manière, et n'eut pas grand'peine à ne rien montrer ; ducs et princes étrangers, enragés, mais de rage mue , SAINT-SIMON , 359, 244
On a dit figurément aussi : folie mue.
Parlons de cette sagesse [d'un M. de la Garde], qui me paraît une folie mue, comme une rage mue ; c'est un fond de rage muette : un chien ne paraît point enragé, il semble qu'il soit sage, et cependant il est profondément dévoré de cette rage , SÉV. , 20 juill. 1689
L'Académie n'a pas l'adjectif mue ; mais, à RAGE, elle donne rage mue. XIIIe s.
Mu le fera tenir et coi , la Rose, 16767
XVe s.
Amours luy avoit si close l'issue de sa responce, qu'elle demoura là endroit ainsi comme mue , Perceforest, t. V, f° 91
XVIe s.
Plus raison a que vous la beste mue, Si vostre sens autrement ne se mue , J. MAROT , V, 287
Berry, mut ; provenç. mut ; catal. mud ; espagn. mudo ; ital. muto ; du lat. mutus ; sanscr. Muka ( u long), muet, du radical mu lier (la langue).