MOUSTACHE

Prononciation : mou-sta-ch'
Nature : s. f.

1Partie de la barbe qu'on laisse pousser sur la lèvre supérieure.
Pourvu qu'on soit morgant, qu'on frise sa moustache , RÉGNIER , Sat. III
J'ai bonne opinion d'un jeune gentilhomme curieux d'avoir une belle moustache ; le temps qu'il passe à l'ajuster et à la redresser n'est point du tout un temps perdu ; plus il l'a regardée, plus son esprit doit s'être nourri et entretenu d'idées mâles et courageuses , Éléments de l'éducation (1640), cité dans SAINT-FOIX, Ess.
Paris, rue Saint-Martin Quand un des campagnards relevant sa moustache .... , BOILEAU , Sat. III
Un nez fort épaté lui tombait sur une moustache rousse , LESAGE , Gil Blas, II, 5
On porta des moustaches sous Louis XIV jusques vers l'an 1672 , VOLT. , Dict. phil. Barbe.
Un Polaque à moustache, à la démarche altière , VOLT. , Loi nat. 2
Retroussant ma moustache blonde, Sous un uniforme brillant , BÉRANG. , Hâtons-nous. Familièrement. Brûler la moustache à quelqu'un, lui tirer un coup de pistolet à bout portant. Fig. et familièrement. Sur la moustache, en bravant.
L'on n'est point bien aise de voir sur sa moustache cajoler hardiment sa femme ou sa maîtresse , MOL. , Sicil. 14
Quatre belles dans un carrosse, nous ayant vus passer dans les nôtres, eurent une telle envie de nous revoir, qu'elles voulurent passer devant nous lorsque nous étions sur une chaussée qui n'a jamais été faite que pour un carrosse ; ce téméraire cocher nous passa sur la moustache : elles étaient à deux doigts de tomber dans la rivière , SÉV. , 1er oct. 1677
Enlever quelque chose à quelqu'un sur la moustache, ou sous la moustache, enlever quelque chose à quelqu'un en sa présence et malgré lui.
Un financier viendra Qui sous votre moustache enlèvera la belle , LA FONT. , Coupe.
Afin qu'un jeune fou dont elle s'amourache Me la vienne enlever jusque sur la moustache , MOL. , Éc. des f. IV, 1
Populairement. Donner sur la moustache à quelqu'un, frapper quelqu'un au visage. On dit souvent par abus moustaches au pluriel, pour signifier seulement la moustache.
2Il s'est dit même de la barbe de la lèvre inférieure.
La royale devint et fut assez longtemps la moustache à la mode, sous le règne de Louis XIV , SAINT-FOIX , Ess. Paris, Oeuv. t. IV, p. 122, dans POUGENS
3Fig. Des moustaches, des soldats.
Comme je n'ai pas dans ce monde-ci cent cinquante mille moustaches à mon service, je ne prétends point du tout faire la guerre , VOLT. , Lett. Mme Denis, 18 déc. 1752 Vieille moustache, soldat qui a longtemps fait la guerre.
4Nom donné aux poils longs et raides qui se trouvent implantés sur les lèvres de beaucoup d'animaux et notamment du chat. Réunion de plumes ou de poils raides qui partent de la base du bec. 5Anciennement, nom donné à une grande mèche de cheveux qu'on faisait pendre d'un côté. 6Espèce de mésange, parus biarmicus, Linné ; on en fait aujourd'hui un genre moustache, mystacinus, Boié. Il y a aussi un roitelet moustache, regulus ignicapillus, Naumann. 7Nom d'une manivelle dont les tireurs d'or se servent pour tirer et dévider le fil d'or et de soie. 8S. f. pl. Terme de marine. Suspentes de la vergue de civadière et de la vergue barrée. XVIe s.
Il [Roland] en hume le sang [des sangliers] dont sa face est tachée ; Sa moustache en degoute.... , DESPORTES , Roland furieux.
Pour les charges de la cavalerie et à chaque moustache du front [il y avait] quatre canons, que deux troupes de cavalerie descouvroient à propos pour en païer ceux qui presentoient le combat , D'AUB. , Hist. III, 392
Il se retire en arriere soudainement, et luy baille une rude moustache, et, redoublant, luy donne un si fort revers qu'il lui fait tomber deux dents de la bouche , MERLIN COCCAÏE , t. II, p. 86, dans LACURNE
Les moustaches que j'ay pleines , MONT. , I, 392
Ce seroit pour lui bien hausser ses moustaches , COTGRAVE ,
Vous voulez frapper sur le babil des femmes ; gardez qu'elles ne vous donnent sur votre moustache , CHOLIÈRES , Contes, t. II, Après-din. V, p. 158, dans POUGENS
Espagn. mostacho ; ital. mostaccio ; albanais, mustakes ; du grec, même sens.