MOUFLE

Prononciation : mou-fl'
Nature : s. f.

1Partie de l'habillement qui couvre la main et les quatre doigts sans qu'il y ait de séparation, excepté pour le pouce, à la différence du gant et de la mitaine. 2Espèce d'ornement qui était placé au bas de la manche d'un habit. 3Moufle des vitriers, morceau de bois fendu, avec lequel ils prennent leur fer à souder. XIIIe s.
Li roi et li prince des peuples mescreanz seront en la prison d'enfer, où deables les liera en buies et en mofles (manicis) , Psautier, f° 179
Sorcot ou cote, ou gans ou mofles , la Rose, 13919
XVe s.
Et estoit monté sur ung petit cheval à courts crains, et en ses mains avoit unes moufles fort velues , JEAN DE TROYES , Chron. 1475
Et l'autre dit que je sois bien rentez, Qui maintes fois n'a vaillant une moufle , E. DESCH. , Poésies mss. f° 222
XVIe s.
Et puis fortune en l'oreille me soufle, Qu'on ne prend point en court tels chats sans moufle , MAROT , II, 91
Vieille borgne, vieille ridée, Vieille mouffle, vieille mitaine , Récréation de devis amoureux, p. 93, dans LACURNE
Wallon, mofe ; génev. mouffe ; du bas-latin muffula, mulfola, dans des textes du IXe siècle, et aussi manufollia, musfula, moffula. Diez le tire du hollandais moffel, diminutif de l'allemand Muff, manche ; moy. Haut allem. mou, mouwe, manche, manchon. Mais le mot bas-latin est bien ancien pour le tirer de moffel ; et Scheler remarque qu'il faut faire attention aux formes mulfola, manufollia, qui indiquent un bas-latin manupola ou manipulus, poignée, ce qui enveloppe le poignet ; ce paraît être la vraie étymologie. C'est sans doute par assimilation que mofle ou moffle a signifié monceau : XIVe s.
Icellui Simon print un tison de feu et de l'estrain, et ala bouter le feu en un mofle de foing , DU CANGE , moffula.
1Système de poulies assemblées dans une même chape et sur des axes particuliers, au moyen duquel on parvient à vaincre facilement de très fortes résistances.
La moufle est composée de deux pièces de bois percées en façon de mortaises, dans lesquelles il y a des poulies de cuivre , PERRAULT , Vitruve, dans RICHELET
Il est démontré que la force nécessaire pour soutenir un poids par le moyen d'une moufle est au poids lui-même comme l'unité est au double du nombre des poulies mobiles, lorsque les directions des cordes sont bien parallèles entre elles , BRISSON , Traité de phys. t. I, p. 369, dans POUGENS
2Terme de serrurerie. Assemblage qui sert à rallonger une barre de fer. Se dit aussi de parties qui entrent l'une dans l'autre de la même manière, comme les deux branches d'un pivot à équerre. 3Nom donné à des barres de fer pour empêcher l'écart des murs. Les mécaniciens font généralement ce mot du masculin ; c'est aussi le genre que portait la 4e édition du Dictionnaire de l'Académie. Origine inconnue, à moins qu'on ne suppose, à cause de la chape commune, que la moufle à poulies ait été comparée à la moufle, gant. Terme de chimie. Vaisseau de terre, dont on se sert pour exposer des corps à l'action du feu, sans que la flamme y touche immédiatement. Terme d'essayeur. Petit four en forme de voûte allongée, qu'on place transversalement dans un plus grand fourneau, et qui reçoit les matières destinées à la coupellation. Moufle des orfévres, des émailleurs, petit arc de terre sous lequel ils fondent leurs émaux. Espèce de four pour cuire la porcelaine. Les chimistes font d'ordinaire ce mot du genre féminin :
On introduit la coupelle dans la moufle, et... , THENARD , Traité de chimie, t. IV, dans POUGENS
Esp. mufla ; allem. Muffel ; angl. muffle. Ce mot paraît tenir au radical qui se trouve dans l'anglais to muffle, envelopper, et dans le hollandais moffel, la manche. S'est dit au féminin pour mufle 4 (voy. MUFLE, à la remarque).