MIE

Prononciation : mie
Nature : s. f.

1Petite partie qui tombe du pain quand on le mange.
Diogène vit de petites souris ramasser des mies de pain sous sa table , FÉNEL. , Diogène. Ce sens, qui est étymologique, n'est plus usité. On dit miette.
2Par extension, la partie du pain qui est entre les croûtes. Fig. Jeûner entre la mie et la croûte, se dit d'un homme que le jeûne n'empêche point de manger. 3Mie de pain, espèce de champignon. XIIe s.
Mès onc li cuens [le comte] ne volt [voulut] de vin gouster, Ne de blanc pein une mie adeser , Bat. d'Aleschans, V. 2756
XIIIe s.
Qui tant estraint crouste que mie , Lai de l'ombre
L'escriture [les Juifs] n'entendent mie, La croste en ont et nous la mie , GAUTIER DE COINCY , p. 82
XVIe s.
Une mie de pain chaud sortant du four, appliquée sur la douleur , O. DE SERRES , 919
Provenç. mica, mia, miga, mitga ; espagn. miga ; du lat. mica panis, miette de pain, parcelle, pris ensuite pour la partie molle du pain. HIST. XIe s.
De sa parole ne fut mie hastis , Ch. de Rol. X XIIe s.
Li roi et li soudant ne l'oublierent mie , Sax. VII
XIIIe s.
Mais l'en puet tiex [tels] songes songier Qui ne sont mie mençongier , la Rose, 4
XIVe s.
Je n'en ai mies à plenté [abondance], Biax ostes, fait-il, Dieu mierci , J. DE CONDET , p. 79
XVe s.
Les sciences sont extraites et compilées de plusieurs clercs, et ce que l'un sait, l'autre ne sait mie , FROISS. , Prol.
XVIe s.
Ceste cy [cognée] n'est mye la mienne ; je n'en veulx grain , RAB. , Pant. IV, nouv. prol.
Tenez-vous dans la route commune : il ne faict mie bon estre si subtil et si fin , MONT. , II, 312
Provenç. mica, mia, miga, minga, minja ; ital. mica, miga ; du lat. mica, parcelle. Mie avec son sens propre de parcelle : Ils s'ostent des mains l'ung de l'autre les myes d'areine qu'ils trouvent, DESPER. Cymbal. 96 (voy. MIE 1.) 1Abréviation du mot amie.
Non, ma mie, et ton coeur pour cela m'est trop cher , MOL. , Éc. des m. II, 14
Il faut que je l'appelle et mon coeur et ma mie , MOL. , Femm. sav. II, 9
Si le roi m'avait donné Paris, sa grand'ville, Et qu'il me fallût quitter L'amour de ma mie.... , MOL. , Mis. I, 2
On me mande toujours des merveilles de ma petite mie [MarieBlanche] , SÉV. , 30 sept. 1671
Ma mie, Ô vous que j'adore, Mais qui vous plaignez toujours.... , BÉRANG. , Plus de politique.
2Nom que les enfants donnent quelquefois à leur gouvernante.
Aller, venir, courir, trotter, La mie aura de l'exercice , DU CERCEAU , Poés. Horosc. du fils de M....
Mme de Maintenon l'aimait [M. du Maine] plus tendrement qu'aucune mie, ni qu'aucune nourrice , SAINT-SIMON , 263, 11
Heureusement pour Mlle du Lude, elle avait une vieille mie qui était de l'ancienne connaissance de Nanon , SAINT-SIMON , 39, 191
Je lui trouve la contenance d'une mie , Mme D'ÉPINAY , Mém. t. I, p. 324, dans POUGENS Fig.
Walpole ménageait Fleury comme un homme qui pointait et que l'amitié de mie pouvait conduire loin , SAINT-SIMON , 506, 156
Quel était le prétexte de cette tempête [contre le Mondain] excitée par des prêtres et à laquelle se prêtait la vieille mie qu'on appelait le cardinal de Fleuri ! , VOLT. , Lett. Richelieu, août 1750
3Ma mie, se dit quelquefois familièrement en parlant à une femme d'une classe inférieure. Il se dit aussi en un sens méprisant. Je ne souffrirai pas vos impertinences, ma mie. XIVe s.
Jehan Bretel, je cuit [pense] que vous menez Mauvaise vie à mie ou à moullier , LOUIS PASSY , dans Bibl, des chartes, t. V, 4e série, p. 468
Seignor, ne vos mentirai mie ; Li doiens avoit une mie Dont il si forz jalous estoit Toutes les foiz qu'ostes avoit.... , MÉON , Fabliaux et contes, t. II, p. 4
XVIe s.
Un riche cordon que je puisse donner à ma mie , MONT. , I, 245
Abréviation de amie, déjà usitée dans le XIIIe siècle, et facilitée sans doute par la locution m'amie, t'amie, s'amie. 3. MIE. Ajoutez : - REM. M'amie est l'ancienne forme seule correcte. Ma mie est un barbarisme, et mon amie est un solécisme, introduits tous deux par l'usage (voy. MON, Rem. 1).