MAT

Prononciation : mat'
Nature : s. m.

1Terme de jeu d'échecs. Échec et mat, ou, simplement, mat, coup qui, mettant le roi en échec, le réduit à ne pouvoir bouger sans se mettre en un nouvel échec, et qui fait gagner la partie. Voilà un beau mat.
Enfin l'heureux vainqueur donne l'échec fatal, Se lève et du vaincu proclame la défaite ; L'autre reste atterré dans sa douleur muette, Et, du terrible mat à regret convaincu, Regarde encor longtemps le coup qui l'a vaincu , DELILLE , l'Homme des champs.
Le premier qui gagne dix sous a joué trois heures durant, le deuxième trois minutes ; en trois coups il a donné le mat et gagné dix louis... lequel joue le mieux ? , P. L. COUR. , Conversation chez la comtesse d'Albany Échec et mat du berger, celui qu'on fait en deux ou trois coups, dès le début de la partie. Être sous le mat, avoir à craindre un échec et mat. Fig. Événement qui détruit nos projets, nos espérances.
C'est donc un mat qui a été donné lorsqu'on croyait avoir le plus beau jeu du monde, et rassembler toutes ses pièces ensemble , SÉV. , 391
Ah ! mon Dieu, donnez-moi un peu de temps : je voudrais bien donner un échec au duc de Savoie, un mat au prince d'Orange , SÉV. , 26 juillet 1691
Donner échec et mat à quelqu'un, emporter sur lui un avantage complet. Donner un mat, faire éprouver un revers.
Tout le monde y jouait [aux échecs] à Pompone.... et, cependant que le maître du logis gagnait M. de Chaulnes, on lui donnait un étrange mat à Saint-Germain , SÉV. , 7 févr. 1680
Il se dit aussi, par plaisanterie, des choses que l'on dévore.
Mon docteur de menestre [parasite] en sa mine altérée, Avait deux fois autant de mains que Briarée ; Et n'était, quel qu'il fût, morceau dedans le plat, Qui des yeux et des mains n'eût un échec et mat , RÉGNIER , Sat. X
2Adjectivement. Être échec et mat, ou, simplement, être mat, se dit du joueur qui a perdu.
Comment ai-je pu être mat avec un jeu si bien disposé ? , GOLDONI , Bourru bienfaisant, I, 5 Faire mat, donner l'échec et mat. Je vais le faire mat en deux coups. On dit aussi : faire quelqu'un échec et mat. Fig. Faire quelqu'un mat, faire quelqu'un échec et mat, emporter sur lui un avantage complet.
XIIIe s.
Car qui la verité regarde, D'estre mat n'avoient-il garde, Puisque sans roi se combatoient , la Rose, 6694
XVe s.
À ma dame prise soudainement ; Par quoi sui mat, je le voi clairement, Se je ne fais une dame nouvelle , CH. D'ORL. , Ball. 59
Wallon, mak ; provenç. mat ; espagn. et portug. mate ; ital. matto. Mat est abrégé de échec et mat ; espagn. xaquimate ; ital. scaccomatto ; du persan shah mat, le roi est mort (voy. SCHAH). 1Longue pièce de bois plantée debout dans un vaisseau, dans une barque, etc. et qui sert à porter les voiles. Vaisseau à trois mâts. Un coup de vent rompit le mât. Le mât pliait comme une baguette sous l'effort de la tempête.
Le czar [Pierre 1er] commença par acheter une barque à laquelle il fit de ses mains un mât brisé , VOLT. , Russie, I, 9
Le peintre Vernet, sur un vaisseau battu d'une horrible tempête, s'étant fait attacher au mât, et tout occupé à dessiner le mouvement des vagues, leurs replis, leur écume et les feux de la foudre , MARMONTEL , Élém. litt. Oeuv. t. VII, p. 206, dans POUGENS Aller à mâts et à cordes, cheminer par la seule impulsion du vent sur les mâts et le gréement, après que toutes les voiles ont été serrées. Caler les mâts, abaisser les mâts ; guinder les mâts, les remettre à leur hauteur. Mât d'assemblage, mât formé d'une pièce centrale ou mèche, et de quatre pièces ou jumelles appliquées sur les quatre faces de la mèche et taillées de façon que l'ensemble de leurs surfaces donne la surface d'un cylindre. Grand mât, le mât le plus élevé d'un bâtiment ; il se compose, dans les grands bâtiments, de trois ou quatre parties : le bas mât, le grand mât de hune, le grand mât de perroquet, le grand mât de cacatois. Grand mât de hune, le mât qui s'élève immédiatement sur le bas mât, et qui porte la vergue et la voile du grand hunier. Grand mât de perroquet, le mât qui s'élève sur le mât de hune. Grand mât de cacatois, le mât qui s'élève par-dessus tous les autres. Bas mâts, pièces ou mâts partiels dont le pied repose sur un point même du bâtiment. Mâts supérieurs, pièces qui se placent au-dessus des bas mâts et en sont comme le prolongement. Mât de charge, fort espars ou morceau de mât qu'on établit sur le pont pour aider au chargement ou au déchargement. Mâts de rechange, mâts qu'on porte dans un voyage pour suppléer à ceux qui pourraient manquer. Mâts du nord, les pins et les sapins provenant de la Russie.
2Mât-pilote, mât établi sur quelque point très visible près du bord de la mer, et destiné à indiquer la route. 3Mât, se dit aussi de perches employées sur les petits bateaux de rivière. 4Mât de cocagne, espèce de mât rond, lisse et savonné qu'on plante en terre et au haut duquel sont suspendus des prix qu'il faut aller prendre, en grimpant. 5Terme de blason. Mât désarmé, mât représenté sans voiles et sans cordages. 6Se dit de diverses pièces de bois employées dans les gymnases. XIe s.
En som ces mats et en ces hautes vergues , Ch. de Rol. CLXXXVI
XIIIe s.
Et firent les eschieles des hautes nes [nefs] drecier seur les grans mas , VILLEH. , CI
Si me suis mis en mer sans mast, Pour noier ausi com Tristans , Lai de l'ombre
XVe s.
Ce sembloit des masts à l'Escluse, qui regardoit en mer, un grand bois , FROISS. , II, III, 35
XVIe s.
Tous les mats, antennes, trinquets, flottants de banderolles , CARLOIX , VIII, 24
Wall. mastai ; nam. mastia ; prov. mat, mast ; catal. mastil ; esp. masto ; portug. masto, mastro ; ital. mastil ; de l'allem. Mast ; scand. mastr.