MANNE

Prononciation : mâ-n'
Nature : s. f.

1Nourriture que Dieu fit tomber du ciel pour les enfants d'Israël dans le désert.
Les enfants d'Israël mangèrent de la manne pendant quarante ans, jusqu'à ce qu'ils vinssent dans la terre où ils devaient habiter , SACI , Bible, Exode, XVI, 35
Dès que les Juifs commencèrent à manger des fruits de cette terre abondante où ils entrèrent en sortant du désert, la manne qui les avait jusque-là nourris ne tomba plus du ciel , BOURD. , Pensées, t. I, p. 457
Ces prêtres, cependant, ces docteurs fanatiques.... montraient [aux Parisiens assiégés et réduits à la famine].... Paris bientôt sauvé par des secours nombreux, Et la manne du ciel prête à tomber pour eux , VOLT. , Henriade, X
Pour nous [Adam et Ève] chaque matin, dans les jardins du ciel La manne tombe en perle et la rosée en miel , DELILLE. , Parad. perdu, V Manne tombée du ciel, substance alimentaire qui se développe rapidement dans certaines circonstances en Perse et dans le voisinage du mont Ararat, etc. ; d'autres disent qu'elle est apportée par les vents violents ; il est certain qu'elle est formée de lichens, surtout de lecanora affinis et lecanora esculenta.
2Par extension, aliment qui est très abondant et très utile pour la nourriture du peuple. C'est une bonne manne, une vraie manne.
Les oiseaux du Nord sont la manne des aquilons comme les rossignols sont les dons du zéphyr , CHATEAUB. , Génie, I, V, 7 Manne de Pologne, un des noms vulgaires de la fétuque flottante de Linné, glyceria fluitans, Rob. Brown (graminées), dite aussi herbe à la manne, et dont les semences se mangent en Pologne à la manière de la semoule ou du riz. Terme de pêche. Manne des poissons, papillon dont les poissons sont très friands, et qui sert à faire des appâts.
3Fig. et en style de dévotion. La manne céleste, la parole de Dieu.
Si ce véritable esprit de lumière entre dans votre coeur, vous goûterez la manne céleste , FÉN. , t. II, p. 179 La manne cachée, ce qu'il y a d'excellent dans les choses spirituelles.
La manne cachée sont les consolations spirituelles ; la manne cachée c'est la vérité ; la manne cachée c'est le sacré corps de Jésus , BOSSUET , Élév. sur myst. IX, 6
Ne vous étonnez pas, chrétiens, si je ne fais plus, faible orateur, que de répéter les paroles de la princesse palatine ; c'est que j'y ressens la manne cachée et le goût des Écritures divines que ses peines et ses sentiments lui faisaient entendre , BOSSUET , Anne de Gonz.
Par extension, ce qui sert d'aliment à l'esprit. La vérité est une manne céleste dont il faut se nourrir.
4Par assimilation à la manne du ciel. Suc concret qui nous vient, par Marseille, de la Sicile et de la Calabre, où on le récolte sur une espèce de frêne (fraxinus ornus, L.), appelé vulgairement frêne à la manne. La manne est purgative.
L'abbé : Oserais-je vous demander, monsieur, ce que c'est que du miel aérien ? - Le médecin : C'est de la manne, monsieur l'abbé, c'est de la manne , POINSINET , Cercle, sc. 7 Manne en larmes, celle qui, dans les mois de juillet et d'août, se dessèche promptement sur l'écorce de l'arbre ou sur de petites pailles disposées à cet effet dans les incisions. Manne en sortes, celle qui, dans le mois de septembre et d'octobre, coule le long de l'arbre, et se dessèche moins vite et moins complétement. Manne grasse, celle qui coule jusqu'au pied de l'arbre, pendant le mois de novembre et le commencement de décembre, et est reçue sur une couche de feuilles du même arbre, dont on a eu soin de couvrir le sol.
5Manne de Briançon, manne très faiblement purgative, qui exsude spontanément du mélèze (pinus larix, L.), dans les environs de Briançon. Manne d'alhagi, ou manne de Perse, la substance qui exsude d'une espèce de sainfoin de Perse nommé hedysarum alhagi. 6Manne d'encens, farine d'encens qui se forme du froissement des grains, et qui reste dans les sacs où l'on a mis de l'encens. Suivant d'autres, la manne d'encens est un encens de choix, ayant la couleur de la belle manne. 7Ancien terme de chimie. Manne de Mercure, un sublimé fait avec le précipité par une double opération. 8Terme de minéralogie. Se disait d'une couche de terre qui recouvre la veine de métal, et par laquelle on peut reconnaître quel est ce métal. Manne d'or, manne de fer, etc. XIIe s.
La manne ki del ciel vint, e lo pople quarante anz, en leu de vitaille corporel, sustint , Rois, p. 2
Provenç. manna et mana ; espagn. mana ; ital. manna ; du latin manna ; grec, qui vient d'un mot hébreu, ou plutôt de deux mots hébreux, comme le montre le verset 15 du ch. XVI de l'Exode : Dixerunt ad invicem : Manhu, quod significat : quid est hoc ? Panier d'osier plus long que large, où l'on met le linge, la vaisselle.
Je fus tout étonné de les voir revenir avec deux grosses mannes du plus beau linge de table que j'aie jamais vu , SAINT-SIMON , 475, 92
Nous n'avions pas même encore des Teutatès, à qui des druides sacrifiaient les enfants de nos ancêtres dans de grandes mannes d'osier , VOLT. , Moeurs, Introd. Manne d'enfant, berceau d'osier. Manne à marée, grand panier à mettre le poisson.
XIIIe s.
Del millier de herenc, un denier [de droit], de le [la] mande de raies quatre deniers , TAILLAR , Recueil d'actes, p. 15
XVIe s.
Paniers, corbeilles, mandes, vans et semblables meubles du mesnage , O. DE SERRES , 33
Wallon, mante ; picard et Hainaut, mande ; bas-lat. manda ; du germanique : anc. haut allem. manne ; anglo-sax. mand ; angl. maund. 3. MANNE (ma-n'), s. f. Terme des viticulteurs bordelais. La grappe de la vigne avant la floraison.
La manne est née et s'est développée dans de mauvaises conditions, et les trente jours magnifiques de septembre n'ont pu compenser suffisamment, pour obtenir des vins complets de maturation, le défaut de soleil pendant les mois de juillet et août , Extr. du Journal vinicole, dans Journ. offic. 16 oct. 1872, p. 6518, 3e col.