LAURIER

Prononciation : lô-rié ; l'r ne se prononce et ne se lie jamais ; au pluriel, l's se lie : lô-rié-z et guerriers
Nature : s. m.

1Arbre toujours vert, monopétale, qui porte une petite graine noire et amère. Chez les anciens on donnait des lauriers aux vainqueurs, aux poëtes.
Cette couronne de laurier que mettait César pour empêcher qu'on ne vît qu'il était chauve , MONTESQ. , Correspondance, 2 Les anciens croyaient que le laurier préservait de la foudre.
Lauriers, sacrés rameaux qu'on veut réduire en poudre, Vous qui mettez sa tête à couvert de la foudre.... , CORN. , Hor. V, 3
Tout couvert de lauriers, craignez encor la foudre , CORN. , Cid, II, 1
2Fig. et particulièrement, au pluriel. Gloire acquise par les armes, par la poésie.
Par vice ou par vertu acquérons des lauriers , RÉGNIER , Sat. IV
Qui n'est point de son sang ne peut faire d'affront Aux lauriers immortels qui lui ceignent le front , CORN. , Hor. V, 3
Nous l'estimons tous deux un des braves guerriers à qui jamais la guerre ait donné des lauriers , CORN. , D. Sanche, III, 4
Aux plus savants auteurs, comme aux plus grands guerriers, Apollon ne promet qu'un nom et des lauriers , BOILEAU , Art p. IV
Assez d'autres viendront, à mes ordres soumis, Se couvrir des lauriers qui vous furent promis , RAC. , Iphig. IV, 6
Ses mains joignent l'olive aux lauriers triomphants , VOLT. , Henr. IX
Plus loin voici l'asile où vint chanter le Tasse... La gloire l'appelait, il arrive, il succombe... Et son laurier tardif n'ombrage que sa tombe , LAMARTINE , Médit. I, 21 Fig. Cueillir des lauriers, moissonner des lauriers, etc. remporter des victoires.
Les lauriers que vous avez cueillis dans les combats , FLÉCH. , le Tellier.
Flétrir ses lauriers, souiller sa gloire. Être chargé de lauriers, avoir acquis beaucoup de gloire. S'endormir sur ses lauriers, ne point poursuivre une carrière glorieusement commencée. Se reposer sur ses lauriers, à l'ombre de ses lauriers, jouir d'un repos mérité par des succès éclatants.
Le prince Eugène et le duc de Marlborough vinrent au château de Rastadt se reposer à l'ombre de leurs lauriers , SAINT-SIMON , 137, 2
Un officier qui a servi longtemps avec honneur dans les armées du roi, et qui se repose à présent dans son château à l'ombre de ses lauriers , LE SAGE , Est. Gonz. ch. 37
Les lauriers de... l'empêchent de dormir, se dit de quelqu'un qui s'efforce de rivaliser avec un autre, par allusion à Thémistocle qui répétait que les lauriers de Miltiade l'empêchaient de dormir.
3Laurier-sauce, le laurier commun ; on dit aussi laurier noble et laurier d'Apollon, laurus nobilis, L., type de la famille des laurinées. Laurier-rose, ou oléandre, ou laurose, arbuste toujours vert, qui porte des fleurs de couleur rose (nerium oleander, L.), apocynées. Laurier-tin, un des noms vulgaires de la viorne-tin (caprifoliacées). Laurier-cerise, vulgairement laurier-amandier, prunus lauro cerasus, L., rosacées ; arbuste toujours vert qui porte un petit fruit rouge. Le laurier Saint-Antoine, l'épilobe en épi, oenothérées. Laurier alexandrin, ruscus racemosus, L. asparaginées. Laurier de Portugal, prunus lusitanica, L. rosacées. Laurier-rose des Alpes, rhododendron ferrugineum, L. éricinées. Laurier-tulipier, magnolia grandiflora, L. magnoliacées. XIe s.
Souz un lorer qui est enmi un champ , Ch. de Rol. CLXXXVIII
XIIIe s.
Tot ensement com il est del laurier, Ki foillis est et vers à iretaige [perpétuellement] , Bibl. des chartes, 4e série, t. V p. 314
XVIe s.
L'huile de laurier se fait des fruits de laurier meurs , PARÉ , XXVI, 11
De mesme aussi que les cyprès, le seul laurier masle porte la semence ; la femelle estant sterile, bien qu'elle fleurisse , O. DE SERRES , 560
Provenç. laurier ; portug. loureiro ; d'un latin fictif laurarius, dérivé de laurus, qui avait donné directement en français laure ou lor, en provençal laur, et en italien lauro.