LARDON

Prononciation : lar-don
Nature : s. m.

1Petit morceau de lard coupé en long qu'on pique dans la viande avec une lardoire. Mettre les lardons loin à loin, près à près. 2Fig. et familièrement. Brocard, sarcasme, raillerie piquante contre quelqu'un.
J'eus la prudence de tenir cette affaire secrète, pour éviter la honte d'un éclat, sans parler des lardons que les railleurs m'auraient donnés , LESAGE , Guzm. d'Alfar. VI, 7
Mme de Pompadour et le bon homme Tournemine appelaient Crébillon, Sophocle ; et moi, on m'accablait de lardons ; oh, le bon temps que c'était ! , VOLT. , Lett. d'Argental, 1er février 1762
On agaça la petite, je pris sa défense ; aussitôt les lardons tombèrent sur moi , J. J. ROUSS. , Conf. VII Être le lardon du quartier, en être la plus mauvaise langue.
3Nom qu'on a donné longtemps à de petites gazettes de Hollande, à cause des lardons ou traits piquants qu'elles contenaient.
Sa Majesté nous fit lire le lardon de Hollande, qui était excellent , DANGEAU , I, 26 (13 juin 1684).
Il se fait applaudir dans tous les lardons et les journaux de la Hollande , BOSSUET , Lett. quiét. 164
Ces nouvelles raisonnées auxquelles nous avons donné le nom burlesque de lardons , ABBADIE , Déf. de la nation britannique, La Haye 1693, in-12, p. 27 L'auteur de l'Avis important aux réfugiés leur reprochait.... l'invention des lardons ; mais on voit à l'historique qu'au sens de brocard le mot est du XVIe siècle. Par extension, le lardon scandaleux, la médisance qui court.
Votre oncle, si l'on croit le lardon scandaleux, N'a pas été toujours impotent et goutteux , REGNARD , Lég. univ. IV, 7
4Terme de jeux. Carte insérée frauduleusement dans un jeu.
Toutes les cartes étaient également malheureuses pour le perdant [qui changeait de jeux] ; il n'y rencontrait que des lardons ; et en dernier il avait beau montrer quinze [au jeu du quinze], cela ne servait de rien , HAMILT. , Gramm. 3
5Terme d'armurier. Pièce de fer insérée et soudée à l'extérieur d'un canon de fusil pour boucher une fissure. Terme de serrurerie et de forges. Morceau de fer ou d'acier qu'on introduit dans les crevasses qui se forment dans les pièces pendant qu'on les forge. Terme d'horloger. Pièce longue et étroite qui fait partie de la potence dans une montre à roue de rencontre. XIIIe s.
Je ne sui mie pleiges, se trop les esgardon, Que nous ne soions pris comme ras au lardon , J. DE MEUNG , Test. 1288
XVIe s.
Mettre sur chascune escuelle deux lardons , Ménagier, II, 5
XVIe s.
Jamais homme ne passoit à la Fleche qui n'eut son lardon [brocard] , DESPER. , Contes, XXVIII
Les gardes lors eurent grand'envie de lui bailler du roux de billy, dont les lardons sont de bois, et de le faire crocheteur , BOUCHET , 34e serée.
Diminutif de lard.