INCURABLE

Prononciation : in-ku-ra-bl'
Nature : adj.

1Qui ne peut être guéri, en parlant de maladies pour lesquelles on ne connaît aucun moyen de guérison ou qui n'en comportent réellement aucun.
Les blessures qu'elles [les flèches trempées dans le sang de l'hydre de Lerne] faisaient étaient incurables , FÉN. , Tél. X
Pour ma maladie, elle est incurable, puisqu'elle date de quatre-vingts ans ; c'est un mal qui m'empêche quelquefois d'être aussi exact que je le voudrais dans mes réponses , VOLT. , Lett. Florian, 9 fév. 1774 Fig.
La plaie de vos yeux est toujours incurable , RÉGNIER , Élégie I
Si jadis aux rives de Loire Vous avez récité l'histoire De mes incurables douleurs , RACAN , Ode au Roi.
Si Dieu n'eût point été inflexible, si l'aveuglement des peuples n'eût pas été incurable, elle aurait guéri les esprits, et le parti le plus juste aurait été le plus fort , BOSSUET , Reine d'Anglet.
D'un incurable amour remèdes impuissants , RAC. , Phèdre, I, 3
Ô mes enfants, quelle maladie incurable que celle de l'ambition ! , MARMONTEL , Mém. VIII
2Il se dit aussi des personnes. Ce malade est incurable. Substantivement. Un incurable, l'homme ou la femme atteints de maladies incurables. S. m. pl. Les Incurables, un hospice d'incurables (en ce sens on met un I majuscule).
Il faut voir de ce pas les plus considérables ; L'un demeure au Marais, et l'autre aux Incurables , BOILEAU , Ép. VI
Arrivée à Paris, Mme de Maintenon se rendit seule aux Incurables chez la marquise de la Sablière , GENLIS , Mme de Maintenon, t. II, p. 169, dans POUGENS
Hospice des Incurables (femmes), fondé à Paris en 1637 par les soins du cardinal François de la Rochefoucauld.
INCURABLE, INGUÉRISSABLE. Dans incurable est cure ; et dans guérissable est guérison. Un mal incurable est donc un mal qui n'a pas de cure, de traitement, et un mal inguérissable est un mal qui n'a pas de guérison. Il y aurait là lieu à synonymie ; mais, comme cure signifie aussi guérison, les acceptions se confondent ; confusion qui s'opère assez facilement entre deux mots qui, avec un sens analogue, proviennent de deux langues différentes (cure du latin, et guérison du germanique). XIVe s.
La plaie est incurable es grelles boiaux , H. DE MONDEVILLE , f° 61
Chauveté [par vieillesse] est incurable, se les cheveux ne cheent [tombent] par cause de maladie , LANFRANC , f° 40, verso.
Il sunt mauvais et incurables de leur malice , ORESME , Eth. 165
Illiberalité est vice incurable , ID. , ib. 110
XVe s.
Et puis tomba en grieve maladie incurable , COMM. , VI, 13
XVIe s.
Seray-je tousjours butte aux douleurs incurables ? , DESPORTES , Diane, II, 53
Purge et guari mon ame, helas ! presque incurable , DESPORTES , Oeuv. chrestiennes, Sonnet, 10
Provenç. et espagn. incurable ; ital. incurabile ; du lat. incurabilis, de in.... 1, et curabilis, curable.