HALER

Prononciation : ha-lé
Nature : v. a.

1Terme de marine. Faire effort sur une corde attachée à un objet pour produire un effet voulu. Haler une bouée à bord. Haler s'emploie pour tirer dans toutes les directions, excepté de haut en bas ; auquel cas les marins disent peser. Hale à courir ! hale ensemble ! hale main ! commandements préparatoires que l'on fait entendre avant de commencer la manoeuvre. 2Terme de métier. Attacher avec une corde quelque objet embarrassant que l'on veut élever. Terme de batelier. Haler à la cordelle, faire avancer un bateau le long d'une rivière ou d'un canal, au moyen d'une corde tirée à force de bras ou par des chevaux. Haler un bateau. 3Terme de marine. Haler le vent ou se haler dans le vent, s'approcher de la direction du vent. 4V. n. Le vent hale de l'avant, le vent change en prenant la direction de l'avant. Haler sur une manoeuvre, sur la bouline, faire force dessus pour la tendre et la tirer. 5Se haler, v. réfl. Être halé. Ce bateau a de la peine à se haler. XIIe s.
Boelines [ils] sachent et halent ; Au vent gardent et aux estoiles , Brut, ms. f° 85, dans LACURNE
XIVe s.
Là où François font au haler Leur nes [nefs] vers Flamens devaler , G. GUIART , Royaux lig. v. 9400
XVe s.
Icellui varlet se ferma une corde au cou en maniere d'une vercolle [bricole] pour soutenir le limond du dit demi char ; pendant qu'ils tiroient et halloient à la vercolle , DU CANGE , vercolenum.
Espagn. halar ; de l'anc. h. allem. halôn, tirer, haler : anc. scand. hala ; angl. to hale. 1. HALER. Ajoutez : Haler main sur main, haler sans marcher. En parlant des chiens, exciter. Haler des chiens après quelqu'un. XVIe s.
Je haslay mon mastin après le larronneau, Qui si près le suivit qu'il le prist au manteau , RONS. , 743
Angl. to halloo, exciter par des cris. 1Rendre le teint brun et rougeâtre, en parlant du soleil et du grand air. Le soleil hâle le teint. 2Faire éprouver aux plantes le hâle. Voilà un temps qui hâle tout. 3Se hâler, v. réfl. Être noirci par le hâle. Il s'est beaucoup hâlé au bord de la mer. Fig.
Un ouvrage se hâle au grand jour , LE P. DU CERCEAU , dans DESFONTAINES
XIIIe s.
Au vent les ont hallés [il s'agi de corps morts qu'on fait sécher] , Ch. d'Ant. V, 56
Ot ambdeus [toutes deux] cousues ses manches, Et por garder que ses mains blanches Ne halaissent. ot uns blans gans , la Rose, 565
XIVe s.
Regardez qu'il est fors, com les poins a quarrez, Il est fort et puissant et moult noir et hallez , Guesclin. 1622
XVe s.
Si ne furent [les dames] ne noires ne halées , CHRIST. DE PISAN , Dit de Poissy.
Picard, herlé, hâlé ; wallon, aurler, dessécher. Chevallet a proposé le celtique : kimry, haul, soleil ; bas-breton, heol ; mais la voyelle a n'est pas dans les mots celtiques. Diez le tire du flamand hael, sec. Or un passage de Rutebeuf où hasle est adjectif et signifie desséché (Fors que pain noir, dur et hasle, Tout muisi et tout très sale, II, 173), donne raison à Diez. En effet il prouve que dans hâle est non pas le sens de soleil ou de vent, mais le sens de dessécher. Quant aux formes en s ou en r, elles s'expliquent par la tendance de l'ancienne langue à intercaler ces lettres parasites : arme pour âme, usler pour uller (aujourd'hui hurler, avec une r de ce genre).
L'ancienne langue avait un adjectif halleus signifiant qui est de la nature du hâle : Se li airs est mult caus et mult ses [sec] et mult halleus , ALEBRANT , f° 22
HÂLER. - ÉTYM. Ajoutez : Le normand dit harler, DELBOULLE, Gloss. de la vallée d'Yères, le Havre, 1876, p. 183. Cette épenthèse de l'r représente ici une s étymologique et se trouve dans quelques autres dialectes provinciaux.