GOUGE

Prononciation : gou-j'
Nature : s. f.

1Outil de fer, fait en forme de demi-canal, avec un manche de bois, à l'usage des sculpteurs, des plombiers, des menuisiers, des charpentiers. 2Tranchet courbe pour creuser les talons des souliers. 3Outil pour couper l'excédant des tuiles molles dont on construit le four du glacier. 4Terme de chirurgie. Ciseau à tranchant demi-circulaire employé pour l'ablation des exostoses. 5Terme de serrurier. On met deux gouges à tous les ressorts d'une serrure, pour les faire sortir autant qu'on le désire. XVe s.
Un baston de guerre que on nomme gouge , DU CANGE , goia.
XVIe s.
Premièrement on y passe un long taraire, et, après, avec une gouge le trou est agrandi , O. DE SERRES , 764
Espagn. gubia ; portug. goiva ; ital. gorbia, bâton ferré ; gloses d'Isidore, guvia, gubia, gulvia, gulbia. Mot du reste inconnu, qu'on a rattaché au basque gubia signifiant dans cette langue un arc. Les mots de l'ancien français goi, goe, goye, sorte de serpe, avec le diminutif gouet, paraissent venir aussi de guvia et être le même mot que gouge. 1. GOUGE. - ÉTYM. Ajoutez : " Diez rattache gouge au basque gubia, arc, gubioa, gorge. Il me semble plutôt d'origine celtique : l'anc. gall. gilb est expliqué par foratorium vel rostrum, gilbin, par acumine, voy. ZEUSS-EBEL, Gramm. celt. p. 136139 ; golbin, rostrum, Revue celt. I, 365 ; gall. mod. gylf et gylfin, bec. Gilb est, je crois, issu d'une forme antérieure gulb. La voyelle originaire est conservée dans le vieil irland. gulpan, aculeum (ZEUSS-EBEL, p. 60), pour gulban, irland. moyen et mod. gulbba, génitif gulbhan, Gulbia, gulbium est la forme la plus ancienne du mot roman en question, dérivé d'un thème celtique gulba à l'aide du suffixe ia ou io, comme l'ital. bolgia, franc. bouge, du gaulois bulga. Avec le radical celtique je compare le grec, ciseler, " BUGGE, Romania, juillet-octobre 1875, p. 358. Terme vieilli qui, dans le Languedoc d'où il paraît provenir, signifie servante, et qui en français signifie femme ou fille avec un sens très familier et quelquefois de dénigrement.
Affront qui fit monter le rouge Au nez de cette belle gouge , SCARR. , Gigantomachie, I
Ses soeurs aussi [les Furies], méchantes gouges, Et de serpents et de fers rouges Frappent infatigablement , SCARR. , Virg. VI
XVe s.
Une qui aura les yeulx rouges Les lave au matin d'une eau blanche, Tellement que sur toutes gouges Elle semblera la plus franche , COQUILLART , Droits nouveaux.
XVIe s.
Une grosse gouge [une grosse fille] , OUDIN. , Curios. fr.
En Languedoc, du costé de Tolose et Montauban gouge est une servante , BOREL , dans LACURNE
En son eage virile Grandgousier espousa Gargamelle, fille du roi des Parpaillos, belle gouge et de bonne troigne , RABEL. , Garg. I, 3
Béarnais, gouye ; gasc. et langued gouje, goujo, servante ; gasc. des Landes, goujotte, petite fille ; béarn. gouyate, jeune fille. D'après Huet, suivi par Diez, ce mot est le mot juif goje, servante chrétienne, de l'hébreu goj, peuple, goïm, les gentils. Le midi de la France ayant été beaucoup habité par les Juifs, il serait possible qu'un mot usité par eux pour désigner les servantes chrétiennes, eût passé dans la langue vulgaire ; mais cette étymologie est contestée (voy. GOUJAT qui tient à gouge). 2. GOUGE. - HIST. Ajoutez : XIVe s.
Pour une voye [voyage] faite à Paris par le gouge [jeune garçon, serviteur], pour porter unes lettres closes (1340) , VARIN , Archives administr. de la ville de Reims, t. II, 2e part. p. 840