GOSIER

Prononciation : gô-zié ; l'r ne se lie jamais ; au pluriel, l's se lie : des gô-zié-z habiles
Nature : s. m.

1Partie intérieure de la gorge, qui communique de l'arrière-bouche à l'oesophage.
Un os lui demeura bien avant au gosier.... Voilà l'opératrice aussitôt en besogne ; Elle retira l'os, puis, pour un si bon tour, Elle demanda son salaire. - Vous riez, ma bonne commère ; Quoi ! ce n'est pas encor beaucoup D'avoir de mon gosier retiré votre cou , LA FONT. , Fabl. III, 9 Fig. Avoir le gosier pavé, se dit de ceux qui mangent fort chaud ou très épicé. Avoir le gosier sec, aimer à boire, avoir toujours soif. Par plaisanterie. Gosier d'éponge, homme toujours disposé à boire. On dit dans le même sens : Il a une éponge dans le gosier.
2Le canal par où sort la voix. Le gosier d'un rossignol.
Le fanatique chantera un cantique juif à plein gosier, en faisant brûler des Juifs , VOLT. , Jenni, 11
Amener [dans un opéra] très mal à propos deux ou trois chansons ridicules qui font valoir le gosier d'une actrice , VOLT. , Cand. 25
Un gosier de la plus grande flexibilité, et tout cela guidé par une oreille juste, soutenu par un tact sûr, et vivifié par une sensibilité exquise, voilà les instruments avec lesquels on peut rendre le chant du rossignol , BUFF. , Ois. t. IX, p. 131
Toi qui donnas son âme et son gosier sonore à l'oiseau que le soir entend gémir d'amour , LAMART. , Harm. I, 1 Cette femme a un beau gosier, un gosier brillant, un gosier de rossignol, elle a une belle voix.
Mlle Fel a beau adoucir mes maux par son joli gosier , VOLT. , Lett. d'Argental, 15 juin 1759
Terme de musique. Coup de gosier se dit d'une seule émission de voix, de son. Lire plusieurs notes d'un seul coup de gosier.
3Tuyau de l'orgue, par lequel le vent passe du soufflet dans le porte-vent. 4Terme de forge. Partie du soufflet par laquelle le vent passe de la caisse à la buse. 5Grand gosier, un des noms vulgaires du pélican. XIVe s.
Du stomach vient et nest un pannicle qui monte par le gosillier ; lequel gosillier est dit ysophagus , H. DE MONDEVILLE , f° 18, verso.
XVIe s.
Pensez qu'il enfloit bien le gosier [il parloit avec emphase] , Contes d'Eutrapel, dans le Dict. de DOCHEZ Grandgousier, nom du père de Gargantua, dans RABELAIS.
Origine inconnue. La forme la plus ancienne est gosillier ; ce qui suppose un primitif gosil. Entre les patois, le lorrain dit gosse pour le gosier, l'estomac des bêtes qu'on engraisse : il en a plein la gosse ; de là le verbe gosser : gosser un dindon ; se gosser, manger jusqu'à être tout à fait plein. Gosse pourrait être le primitif de gosier ou gosil ; mais gosse reste sans explication. GOSIER. - ÉTYM. Ajoutez : Il faut rapprocher du lorrain la gosse, le gosier, l'ancien franç. gozie, qui a le même sens : XIVe s.
Ses fruiz [son fruit] est doucereux senz faille à la gozie, à la coraille, macé , Bible en vers, f° 106, verso, 1re col.