GOND

Prononciation : gon ; le d ne se lie pas ; au pluriel, l's se lie : les gon-z et les portes
Nature : s. m.

Morceau de fer coudé, rond par la partie d'en haut, sur lequel tournent les pentures d'une porte. Sceller les gonds d'une porte.
Les gonds des portes de la maison intérieure du saint des saints, et des portes de la maison du temple étaient d'or , SACI , Bible, Rois, III, VII, 50 Fig.
Secoués de leurs gonds antiques, Les empires, les républiques S'écroulent en débris épars , LAMART. , Méd. I, 19
Fig. Faire sortir, mettre quelqu'un hors des gonds, exciter sa colère, sa crainte, son impatience, au point qu'il ne soit plus maître de lui.
Ha ! je vais sortir hors des gonds, La fureur saisit ma cervelle , SCARR. , Virg. IV
Qui ne sait que la vue de chats, de rats, emporte la raison hors des gonds ? , PASC. , Puiss. tromp. imagin. 1, édit. FAUGÈRE.
Monsieur, hors des gonds, dit au roi qu'en mariant son fils il lui avait promis monts et merveilles , SAINT-SIMON , 93, 220
J'en dirai un trait [de dévotion outrée du duc de Bourgogne] qui, parti d'un excellent principe, mit le roi hors des gonds , SAINT-SIMON , 266, 80
On dit aussi sortir des gonds. Gonds de pierre, certaines pierres extraordinaires qui se trouvent dans la plaine de Salisbury.
XIVe s.
Il ont le [la] maistre-porte getée hors du gon , Baud. de Seb. x, 842
XVe s.
Messire Robert Mareschaut, un chevalier du comte, avoit esté envoyé à la porte.... mais il trouva que la porte estoit volée hors des gonds , FROISS. , II, II, 156
XVIe s.
Ce qui est hors les gonds de la coustume, on le croit hors les gonds de la raison , MONT. , I, 116
Ce que l'eunuque luy disoit malicieusement, pour le provoquer à parler, et à se jetter hors des gons, sachant bien qu'il estoit homme leger de sa nature, et qui ne sçavoit pas bien tenir sa langue , AMYOT , Artax. 19
Les dents sont fichées dans les mandibules.... comme un pau fiché en terre, ou un gon dans du bois , PARÉ , IV, 1
Lorrain, angon ; provenc. gofo, gofon ; espagn. gonce, gozne ; portug. gonzo, engonzo. Origine incertaine. Diez voit là trois radicaux : il rattache le portugais au latin contus, pieu (mais ni le sens ni la forme ne vont) ; le provençal au bas-latin gumphus, attache, qui est le grec signifiant, clou ; et le français gond au lorrain angon, où il voit le latin ancon, coude, crochet, en grec. Cela est bien compliqué. Le lorrain angon est fait comme le portugais engonzo ; an ou en représente la préposition in, en ; il ne diffère donc pas du français gond. Gonzo, gonce ou gozne et gond ne paraissent pas séparables. Mais d'où viennent-ils ? Très probablement, comme dit du Cange, du bas-latin gumphus, mot très usité pour signifier tout ce qui attache, et qui est le grec se traduisant par, clou.