GARGOUILLE

Prononciation : gar-gou-ll', ll mouillées, et non gar-gou-ye
Nature : s. f.

1L'endroit soit d'une gouttière, soit d'un tuyau, par où l'eau tombe ; elle portait dans les bâtiments gothiques la figure de chimères, harpies et autres monstres, et reçoit aujourd'hui celle de masques d'animaux, de mufles de lion, etc. Canal rond et étroit, construit entre des murs pour faciliter l'entrée et la sortie des eaux. Nom qu'on donne aux trous des petits canaux pratiqués sur les corniches des bâtiments pour l'écoulement des eaux. Tuyau de fonte logé dans les trottoirs pour l'écoulement de l'eau. Terme de plombier. Cordon de pierre sur lequel sont assis les tuyaux de conduite. 2Terme de charpenterie. Gargouille, entaille au pied d'un poteau de cloison recevant le bout d'une solive. Terme d'éperonnier. Anneau de l'éperon, au bout de la branche, du côté de l'embouchure. 3Conduit rassemblant, dans certains fourneaux, les produits de la combustion pour les amener dans la cheminée. 4Figure d'un serpent monstrueux qu'on portait en procession à Rouen le jour des Rogations et le jour de l'Ascension, en souvenir de la victoire de saint Romain sur ce monstre.
Un tel raisonnement finirait par introduire trop de pyrrhonisme.... on finirait par douter de la gargouille de Rouen et du royaume d'Yvetot , VOLT. , Mél. litt. Lett. Chin. 2 Terme de blason. Certaines figures de serpent qu'on a nommées aussi gringoles.
XIIIe s.
Pro lapidibus qui vocantur gargoules, quadrigandis , DU CANGE , gargoula.
XIVe s.
Plusieurs lieux des entablements qui sont en droit les gargoles [d'une église] sont à refaire , Bibl. des chartes, 5e série, t. III, p. 226
En tous petis ymages, lions, gargoulles , DU CANGE , gargoula.
XVIe s.
Le poete, dit Platon, assis sur le trepied des muses, verse de furie tout ce qui lui vient en la bouche, comme la gargouille d'une fontaine , MONT. , IV, 137
Esgouts faits à gargouilles et muffles de lyon , R. BELLEAU , Berger. t. I, p. 1, dans LACURNE
[Gondebaut] attira plusieurs grands seigneurs à sa cordelle, qui excita une estrange gargouille en France , PASQUIER , Rech. p. 445, dans LACURNE
Saint Romain, archevesque de Rouen, sous le regne de Clothaire second, suivi d'un prisonnier condamné à mort, ayant avec son estole dompté un dragon qui depuis fut appelé gargouille , PASQUIER , ib. p. 865
Espagn. gargola ; bas-lat. gargula, gosier ; du radical garg, qui, comme on peut voir à l'étymologie de gargamelle, appartient à toutes les langues romanes. L'italien, qui a à la fois gargagliare et gorgogliare, montre que ce radical garg n'est qu'une modification du radical gorg (voy. GORGE). Le sens de gargouille est donc étymologiquement celui de gosier ; et il a particulièrement celui de ces gosiers en pierre vomissant de l'eau que portent les édifices gothiques. Le sens de serpent ne se présente nulle part ; et en effet un mot signifiant gosier ne pourrait signifier serpent qu'avec quelque épithète déterminative. La langue populaire donna, par assimilation, le nom de ces gargouilles au serpent, figuré aussi sur les églises, que les saints avaient vaincu.