GARE

Prononciation : ga-r'
Nature : interj.

1Terme familier. Il s'emploie lorsqu'on avertit de se ranger, de faire place, d'éviter quelque chose qui est lancé, qui tombe.
Il faut que je voie, que je m'informe, que je coure chez le notaire ; gare que je passe , PICARD , Marionnettes, v, 9 Gare devant, se dit pour avertir quelqu'un qui est devant nous de se détourner. Gare, se dit aussi pour avertir de prendre garde.
Gare, gare, gare ; voici quelqu'un qui vient interrompre la conversation , DANCOURT , l'Opérateur, sc. 11
En termes de chasse, celui qui entend le cerf bondir de la reposée doit crier gare.
2Frapper sans dire gare, frapper sans avoir menacé.
Et qui frappe sans dire gare , SCARRON , Virg. I
...sans leur dire gare, elle [la mort] abat les humains , MOL. , l'Ét. II, 4
À qui en a-t-il donc de vous rosser comme cela sans dire gare ? , DANCOURT , Tuteur, sc. 9 Sans dire gare, signifie aussi sans avertir.
J'entre sans dire gare et cherche à m'informer Où demeure un monsieur que je ne puis nommer , BOURSAULT , Merc. gal. IV, 6
3Gare, exprime aussi qu'on appréhende pour soi ou pour les autres certaines choses fâcheuses.
Vous devez marcher droit pour n'être pas berné ; Et, s'il faut que sur vous on ait la moindre prise, Gare qu'aux carrefours on ne vous tympanise , MOL. , Éc. des f. I, 1
Sinon, gare l'instant de la conclusion , DESTOUCHES , Phil. marié, I, 4
Mon vieux tronc a porté quelques fruits cette année.... les sots et les fanatiques auront bon temps cet automne et l'hiver prochain ; mais gare le printemps , VOLT. , Lett. d'Argental, 28 août 1760
La petite diatribe que je vous envoie a été fort applaudie à la représentation ; mais gare la lecture , D'ALEMB. , Lett. à Voltaire, 24 janv. 1778
4Gare le pot au noir, s'est dit autrefois, au jeu de colin-maillard, pour exprimer ce qu'on dit aujourd'hui casse-cou. XVIe s.
Nous sommes tous morts à ce coup ; guare ! voy le ci , RAB. , Pant. IV, 33
Si elle [la fortune] continue, elle m'en envoyera très content et satisfait ; mais gare le heurt , MONT. , IV, 142
Impératif du verbe garer ; bourguig. gaire. 1Lieu disposé sur les rivières pour servir d'abri aux bateaux contre les glaces, les inondations, etc. 2Par extension, lieu de dépôt de marchandises sur les lignes de chemins de fer. Nom de parties d'un chemin de fer qui, situées en dehors de la voie ordinaire, servent à éviter la rencontre des convois. Gare d'arrivée et de départ, celles des deux extrémités du chemin. Gare d'évitement, celle qui reçoit et abrite un convoi pendant qu'un autre convoi passe. Station d'embarquement et de débarquement des voyageurs et des marchandises sur les chemins de fer. Voy. GARER.