FORGE

Prononciation : for-j'
Nature : s. f.

1Usine dans laquelle la fonte de fer est transformée en métal. Un maître de forge.
Toute forge qui ne produirait pas trois cents milliers de fer par an, ne vaudrait pas la peine d'être établie ni maintenue , BUFF. , Min. t. IV, p. 108, dans POUGENS
Les intérêts particuliers se réunirent pour représenter que les cent neuf forges qui travaillaient en Angleterre, sans y comprendre celles d'Écosse, produisaient annuellement dix-huit mille tonnes de fer, et occupaient un grand nombre d'ouvriers habiles , RAYNAL , Hist. phil. XVIII, 30
2Fourneau, atelier où les métaux se travaillent au feu et au marteau. Forge de serrurier, d'orfévre.
De grosses mains faites pour souffler la forge , J. J. ROUSS. , Ém. III Il ronfle comme un soufflet de forge, il ronfle très fort. Terme de marine. Forge volante, petite forge de tôle, avec l'enclume, le soufflet, etc. qu'on prend à bord des grands bâtiments de guerre. Fig. Cet ouvrage sort de la forge, est encore tout chaud de la forge, il a été achevé tout récemment, il sort des mains de l'auteur.
Lorsqu'ils [les journalistes] s'imposent la loi de ne parler que des ouvrages encore tout chauds de la forge , MONTESQ. , Lett. pers. 108
3Particulièrement. Atelier d'un maréchal ferrant. Mener un cheval à la forge. Forge de campagne, petite forge portative, avec les outils, qui sert aux maréchaux ferrants dans les armées en marche. 4Fine forge, houille menue, mais grasse. 5Pierre de liais sur laquelle on bat le plomb à froid. FORGE, HAUT FOURNEAU. Le haut fourneau est l'usine où le minerai est réduit en fonte ; la forge est l'usine où la fonte est transformée en fer.
Si dans une même usine on réduit le minerai en fonte, et celle-ci en métal, cette usine prend le nom de forge, quoique sa partie appelée forge soit exclusivement réservée à forger la fonte, c'est-à-dire à la battre avec un marteau pour la transformer en métal , LEGOARANT ,
XIIIe s.
Nus orfevres ne puet ouvrir sa forge au jour d'apostele , Liv. des mét. 39
Nature, qui pensoit des choses Qui sont dessous le ciel encloses, Dedens sa forge entrée estoit, Où toute s'entente metoit à forgier singulieres pieces Por continuer les espieces , la Rose, 16097
Car Vulcanus si lais estoit, Et si charbonnés de sa forge , ib. 14069
Nous voulons que la forge de deiz [des dés] soit deffendue par tout nostre royaume , JOINV. , 295
XVe s.
Je, Jean Froissart.... me suis de nouveau reveillé et entré dedans ma forge pour ouvrer et forger en la haute et noble matiere de laquelle du temps passé je me suis ensoigné , FROISS. , III, IV, 1
Robes de nouvelle forge [façon] , EUST. DESCH. , Poésies mss. f° 497
Bailler ses faiz, ou les escripre Sans forge [sans controuver].... , EUST. DESCH. , ib. f° 414
XVIe s.
Le souphre est grandement ennemy de la forge d'argent , PALISSY , 54
Gens de bonne forge , COTGRAVE ,
Wallon, fôge ; provenç. et catal. farga ; espagn. forja, fraga ; portug. forja ; piémontais, forgia ; du latin fábrica, avec l'accent sur fá (voy. FABRIQUE). L'a s'est conservé dans quelques formes romanes, et, chez nous, dans le nom propre, la Farge, qui équivaut à la Forge. Ce qui achève de démontrer cette étymologie, c'est que Forges, nom d'une localité en Normandie, est dit en latin Fabriciae ; que dans une charte de 1286 (Bibl. des chartes, 4e série, t. IV, p. 158) le carrefore des forges est en latin bivium fabricarum ; et que, dans un texte de 790, Forges, hameau de l'arrondissement de Loches, est dit fabricae. Quelque différents que soient les deux mots, il ne reste pas de doute sur l'étymologie. Forge est la forme presque régulière pour fabrica ; il n'y a d'irrégulier que la chute du b ; mais, ica se rendant par ge (pedica, piége), le b est devenu incompatible ; il ne pouvait y avoir fabrge, et le b est tombé. FORGE. Ajoutez : 6Fig. Création, fabrique.
Cet argument n'est pas avoué des stoïques, il est de la forge des péripatétiques , MALH. , Lexique, éd. L. Lalanne.
Que sont-ce ces contrats, ces papiers de compte, sinon des maux volontaires partis de notre forge ? , MALH. , ib.
Il n'y a point de meilleure forge de nouveaux mots que la comédie , BAYLE , Dict. Poquelin, note D.