FOIN

Prononciation : foin
Nature : s. m.

1Herbe des prairies fauchée et séchée au soleil pour la nourriture des bestiaux. Une botte de foin.
Vous [Nabuchodonosor] mangerez du foin comme un boeuf, vous serez trempé de la rosée du ciel , SACI , Daniel, IV, 22
Mon Dieu, que, si j'ai du bon foin cette année, je serai heureux ! , VOLT. , Lett. d'Argental, 17 mars 1760 Il est bête à manger du foin, il est très bête. Maladie de foin ou asthme de foin, dit aussi catarrhe d'été, affection saisonnière qui se montre à l'époque de la fenaison et qui est une espèce de catarrhe fébrile commençant par les yeux, se propageant aux fosses nasales et gagnant la gorge et les bronches. Fig. et familièrement. Mettre du foin dans ses bottes, amasser de l'argent.
Mettez du foin dans vos bottes , LESAGE , Gil Blas, VIII, 9
Vous me mandâtes que tout le foin de la cavalerie du roi très chrétien était soumis à votre juridiction ; je souhaite que vous en mettiez dans vos bottes et que vous veniez à Paris enrichi de nos triomphes , VOLT. , Lett. Berger, 7 oct. 1744
Avoir du foin dans ses bottes, avoir des ressources, de la fortune. Fig. C'est chercher une aiguille dans une botte de foin, se dit d'une chose qu'on cherche parmi beaucoup d'autres et qui est très difficile à trouver. Il a du foin aux cornes, se dit d'un homme fâcheux et puissant auquel il est dangereux d'avoir affaire. Locution tirée de ce qu'on mettait du foin aux cornes des taureaux méchants, afin qu'on les reconnût et qu'on s'en pût donner de garde. On a dit ronger son foin, au lieu de ronger son frein.
2Herbe des prairies qui n'est pas encore fauchée. Une pièce de foin, En ce sens on se sert surtout du pluriel : faire ses foins ; les foins sont beaux cette année. Fig. Faire ses foins, faire de gros profits. 3Foin d'artichaut, amas de barbes qui garnissent le fond d'un artichaut. Masses des tubes qui garnissent en dessous les bolets, et qu'on enlève pour manger ces champignons. 4Foin-grec, traduction de fenugrec employée parfois au lieu de cette dernière expression. 5Foin de mer, espèce de zoophyte à corail. 6Terme de pêche. Duvet blanc ou brun qu'on trouve sous l'enveloppe crustacée des écrevisses. Année de foin, année de rien, parce que les années pluvieuses, favorables aux prés, ne le sont pas à l'ensemble des récoltes. Comment expliquer au propre mettre du foin dans ses bottes ? Est-ce mettre du foin dans les chaussures appelées bottes ? Mais on ne fait cela que pour se préserver du frottement. Est-ce faire grosses les bottes de foin ? Si cela était, il faudrait croire que la locution fut primitivement mettre du foin dans les bottes. XIIIe s.
Le cheval [il] corut attachier à un arbre parmi le frain ; Ilec pest de l'erbe et dou fain , Ren. 19266
XIVe s.
Une ane esliroit plustost fein que or , ORESME , Eth. 309
XVe s.
C'est à entendre que ils [les serfs anglois] doivent.... par servage, les faings faner et mettre à l'hostel , FROISS. , II, II, 106
Et me fist on mon foing ronger Tout à par moi, à ceste enseigne Que je commençay à songer Que faisoys chasteaulx en Espaigne , COQUILLART , le Monologue de la botte de foin.
XVIe s.
Ce n'est que du foin, les bestes s'y amusent , OUDIN. , Curios. fr.
Picard, fein ; provenç. fen, fe ; espagn. heno ; portug. feno ; ital. fieno ; du lat. foenum, que l'on rattache au latin feo, engendrer, sanscr. bhu, être. 1. FOIN. Ajoutez : 7Foin de Bourgogne, un des noms de la luzerne (en Normandie, bourgogne est un des noms de la luzerne). Locution familière dont on se sert pour exprimer la répulsion.
Foin du loup et de sa race ! , LA FONT. , Fabl. IV, 15
J'étais en train de rire ; Foin de la messagère et de son compliment ! , LA FONT. , Eunuq. IV, 9
Foin ! que n'ai-je avec moi pris mon porte-respect , MOL. , l'Ét. III, 9
Foin de moi ! , RAC. , Plaid. II, 5
Foin de ces terreurs paniques qui n'ont pas le sens commun ! , J. J. ROUSS. , Hél. VI, 2
Foin du plus parfait des mondes, si je n'en suis pas ! , DIDER. , Neveu de Rameau.
Foin des mécontents ! Comme balayeuse on me loge, Depuis quarante ans, Dans le château, près de l'horloge , BÉRANG. , H. rouge.
XVIe s.
Foin de la beste et de celui qui me l'a vendu , OUDIN , Curios. fr.
Jaubert, Gloss. du Berry, le tire de fouin, putois en Berry : Il pue comme un fouin ; oh ! le petit fouin, en parlant d'une personne qui sent mauvais ; de là fouin ! mal écrit foin. On peut anssi penser à l'exclamation latine phu qui exprime le dégoût. 2. FOIN. Interj. ÉTYM. Ajoutez : Fouin, au sens de putois, est une autre forme de fouine, et a la même origine, faginus au lieu de fagina (voy. FOUINE).