FARINE

Prononciation : fa-ri-n'
Nature : s. f.

1Poudre blanche que l'on obtient par la trituration des graines des céréales.
Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille, S'écria-t-il de loin au général des chats ; Je soupçonne dessous encor quelque machine ; Rien ne te sert d'être farine ; Car, quand tu serais sac, je n'approcherais pas , LA FONT. , Fabl. III, 18
L'exemple qui a été donné par la mort d'un meunier qui avait fourni de méchante farine et qui a été pendu depuis dix jours à Rochefort, empêchera que pareil désordre n'arrive à l'avenir , Lettres de COLBERT, t. III, II, p. 381 Fleur de farine, la plus belle farine de froment. Farine de première marque, voy. MARQUE. Folle farine, celle qui est si fine, que, l'air l'enlevant, elle s'attache aux murs des moulins. Reprocher à quelqu'un la farine, lui reprocher qu'il est de famille de meunier, de basse extraction.
On ne la verrait point, vantant son origine, à son triste mari reprocher la farine , BOILEAU , Sat. x.
Journée des farines, tentative faite par Henri IV pour surprendre Paris (en 1591). Terme de peinture. Donner dans la farine, peindre avec des couleurs claires et fades. Couleur blanc de farine.
2Par extension, poudre que l'on obtient par la trituration de diverses semences. Terme de pharmacie. Farines émollientes, celles de lin, de seigle et d'orge, mêlées en parties égales. Farines résolutives, celles de semences de fenugrec, de fève, d'orobe et de lupin, mêlées à parties égales en poids. Fig. De même farine, se dit, avec un sens de dénigrement, de choses qui sont de même nature, qui ne valent pas mieux l'une que l'autre.
Les prétendues découvertes de notre siècle touchant la circulation du sang, et autres opinions de même farine , MOL. , Mal. im. II, 6
Il se dit aussi des personnes. Des gens de même farine (locution qui se trouve dans le Dictionnaire de l'Académie de 1694 et qui par conséquent n'est pas, comme le prétend Mme de Genlis, Mém. t. V, p. 91, née pendant la Révolution). Fig. Farine et plâtre, c'est-à-dire faux ornement, fard ; parce que c'était avec la farine et le plâtre que les bouffons, dans les farces, se blanchissaient le visage.
Ses bons mots ont besoin de farine et de plâtre , BOILEAU , Épît. IX
3Farine animale, poudre de poissons secs mêlée avec de l'écorce de pin, qui sert de nourriture à certains peuples. 4Farine fossile, un des noms sous lesquels on a désigné le carbonate de chaux pulvérulent, appelé aussi calcaire farineux et fleur de chaux naturelle ; il est commun dans les carrières aux environs de Nanterre, LEGOARANT. Farine empoisonnée, arsenic en fleur, attaché aux voûtes des mines. D'un sac à charbon il ne peut sortir de blanche farine, c'est-à-dire on ne peut attendre d'un sot que des sottises, d'un grossier que des grossièretés, etc. Elle a donné sa farine et elle vend le son, c'est-à-dire elle a été légère dans sa jeunesse et fait la prude dans un âge avancé. XIIe s.
Kar ço dist nostre sires : la farine ne defaldra, ne l'olie [l'huile] , Rois, p. 311
XVIe s.
Par ce moyen ils attirent la farine au moulin, et vendent leur saincteté bien cherement , CALV. , Instit. 1017
Des escripts de leur farine , MONT. , I, 221
Un cataplasme fait de farine folle de moulin , O. DE SERRES , 982
Picard, fraine ; provenç. espagn. et ital. farina ; du latin farina, farine, de far, blé. Far se rattache probablement au radical sanscrit bhar, porter, nourrir. FARINE. Ajoutez : 5Farine ronde, voy. ROND 1 au Supplément.