feliciter

Prononciation : fé-li-si-té
Nature : v. a.

1Exprimer à quelqu'un que l'on prend part à la joie que lui cause un succès, un événement heureux ou agréable.
Depuis peu on se sert d'un mot, qui, auparavant, était tenu à la cour pour barbare, quoique très commun en plusieurs provinces de France, qui est féliciter ; mais aujourd'hui nos meilleurs écrivains en usent, et tout le monde le dit, comme féliciter quelqu'un de, etc... je vous viens féliciter de, etc.... ou simplement, je vous viens féliciter , VAUGEL. , Rem. t. I, p. 358, dans POUGENS
Je vous félicite d'avoir M. de Roncières pour gouverneur, M. Rigaut pour confrère, et Mlle Caliste pour maîtresse ou pour écolière ; si le mot de féliciter n'est pas encore français, il le sera l'année qui vient, et M. de Vaugelas m'a promis de ne lui être pas contraire quand nous solliciterons sa réception , BALZ. , Lett. à Lhuillier, 18 janv. 1642 On dit aussi féliciter sur.
[Ils] Viennent ici, dis-tu, pour me féliciter Sur ce comble de gloire où je viens de monter , CORN. , Tite et Bérén. II, 1
Je viens avec respect essuyer ses hauteurs Et la féliciter sur mes propres malheurs , VOLT. , Mariamne, II, 1
À peine fûmes-nous dans notre auberge qu'un homme vêtu d'une robe violette, accompagné de deux autres en manteau noir, vint nous féliciter sur notre arrivée , VOLT. , Amabed, Lett. II
2Se féliciter, v. réfl. S'applaudir, s'estimer heureux.
Dans les plus violentes douleurs ils se félicitaient eux-mêmes et goûtaient les plus pures délices , BOURDAL. , Exhort. sur J. C. portant sa croix, t. II, p. 166
Les peuples.... se féliciteront d'avoir un roi qui lui ressemble , MASS. , Petit car. Grand. de J. C. Se faire compliment l'un à l'autre.
Les pères et les mères de ceux qui étaient morts en combattant se félicitaient les uns les autres, et allaient dans les temples remercier les dieux de ce que leurs enfants avaient fait leur devoir ; au lieu que les parents de ceux qui avaient survécu à cette défaite étaient inconsolables , ROLLIN , Traité des Ét. liv. V, 3e part. ch. 2
Ce qu'il y avait de nouveau dans l'emploi de féliciter, c'était non le verbe lui-même qui est ancien comme on voit à l'historique, mais la signification ; féliciter ayant signifié au XVe et au XVIe siècle rendre heureux. XVe s.
En cuidant prosperer ton chemin, feliciter [rendre heureux] ta vie et ta fortune, tu quis les variables et perilleuses habitacions de dame court , G. CHAST. , Exposition sur la vérité mal prise.
XVIe s.
Helas ! fortune ennemie de gloire et marastre de prosperité, que t'ay-je meffait, quand en mes jours florissants et au temps de ma doulce jouvente, m'as laissé quelque temps feliciter [être heureux] à plaisir, et aux ennuyeux ans de ma chenue vieillesse me mets en exil perpetuel ? , J. D'ANTON , Ann. de Louis XII, de 1506 et 1507, dans LACURNE
Lat. felicitare, rendre heureux.