DOCTRINE

Prononciation : do-ktri-n'
Nature : s. f.

1L'ensemble des dogmes, soit religieux soit philosophiques, qui dirigent un homme dans l'interprétation des faits et dans la direction de sa conduite. La doctrine de Platon, d'Aristote, de saint Thomas.
Il n'y eut jamais de maître plus rigoureux que Luther, ni de tyrannie plus insupportable que celle qu'il exerçait dans les matières de doctrine , BOSSUET , Var. V, § 15
Quoique, dans la doctrine des Pères, la justification d'un pécheur soit le plus grand de tous les ouvrages de Dieu , BOURD. , 13e dim. après la Pentec. Dominic. t. III, p. 363
Il [le prêtre] les nourrit du pain de la doctrine et de la vérité , MASS. , Confér. Excell. du sacerd.
À peine a-t-il embrassé la saine doctrine, qu'il en devient le défenseur , FLÉCH. , Tur.
C'est ainsi que Luther, au Vatican rebelle, Établit aisément sa doctrine nouvelle , M. J. CHÉN. , Charles IX, III, 2
2Théorie relative à un point particulier de la religion, de la philosophie ou de la science. La doctrine de la métempsycose. La doctrine des conditions d'existence opposée à la doctrine des causes finales. Les doctrines médicales.
Persuadés que toute doctrine des moeurs doit tendre à les réformer , LA BRUY. , Disc. s. Théophr.
3Opinion. Doctrine politique. Doctrine juridique. Flotter à tout vent de doctrine. 4Savoir dans les choses d'enseignement, de dogmes, de philosophie. Homme d'une profonde doctrine, il éclaira toute l'Église par sa doctrine.
Arruntius, célèbre par sa doctrine , PERROT , Tac. 299
Toi qui de ta doctrine assistes les chrétiens , ROTR. , St Gen. IV, 4
Si l'âge des hommes eût pu s'étendre à un plus grand nombre d'années, il serait arrivé que leur vie aurait été cultivée par une doctrine universelle, et qu'il n'y aurait eu dans le monde ni art ni science qui n'eût atteint sa perfection , LA BRUY. , Disc. s. Théophr.
Elle [la science acquise par l'étude] montre beaucoup de doctrine et ne fait point de conversions , FLÉCH. , Panég. II, p. 65
Étant entrés dans cette fonction difficile et formidable [le sacerdoce] sans vocation, sans doctrine, sans connaissance des règles , MASS. , Confér. Excell. du sacerd. Terme d'école. Décisions et commentaires des auteurs. Interprétation par voie de doctrine.
5Doctrine chrétienne, nom d'une congrégation de clercs réguliers, instituée par César de Bus, en 1592, à Avignon, pour enseigner la religion au peuple. Les Pères de la doctrine chrétienne, dits aussi doctrinaires. 6Frères de la doctrine chrétienne, religieux laïques institués à Reims en 1680 par J. B. de la Salle, pour enseigner gratuitement aux enfants du peuple les principes de la religion et les éléments de l'instruction primaire. On les nomme aussi les Frères ignorantins, ou, absolument, les Frères. Cet enfant va à l'école des Frères. 7Sous la Restauration, la doctrine, système politique qui, voulant concilier la monarchie avec la liberté, cherchait à y parvenir par un ensemble de dogmes politiques. L'ensemble des personnages politiques qui adhéraient à ce système. XIIIe s.
Plus [elle] l'aime [Berte] que ses filles pour sa bone doctrine , Berte, LVI
.... La gent de par le raine [royaume] Venoient tuit à sa doctrine En l'eglise de Palestine Por aprendre à chastement vivre , RUTEB. , II, 125
XIVe s.
Comme aucun chante bien ou fait ymaiges ou aultres besognes sans art et sans doctrine par son engin qui est à ce naturellement enclin.... , ORESME , Prol.
XVe s.
Petis enfans fait doubteus [il est difficile] dotriner ; Car dotrine leur est trop haïneuse , E. DESCH. , Femm. et enfants.
Comment, beau neveu, dit la dame, voulez-vous yssir de ma doctrine qui ne tend fors à l'honneur et au prouffit de vous et de nostre lignage ? Madame, dist le chevalier, de vostre doctrine ne de vostre conseil ne veulx yssir , Perceforest, t. V, f° 98
XVIe s.
Sur la doctrine la force ne domine , LEROUX DE LINCY , Prov. t. II, p. 418
Provenç. et espagn. doctrina ; ital. dottrina ; du latin doctrina, de doctum, supin de docere, enseigner. Palsgrave, p. 61, remarque qu'on prononçait dotrine.