CALE

Prononciation : ka-l'
Nature : s. f.

1Fond d'un navire ou partie la plus basse qui entre dans l'eau, et qui s'étend de la poupe à la proue.
Le mousse courait se cacher à fond de cale en poussant des cris , CHATEAUB. , Génie, I, V, 4 Fig. Être à fond de cale, n'avoir plus le sou.
2La partie inclinée d'un port pour le chargement d'un bateau.
René, escorté d'un détachement de soldats de marine, débarque à la cale du port , CHATEAUB. , Natch. II, 202
3Plan incliné vers la mer servant à construire ou à réparer les bâtiments. Cale de construction, cale couverte, cale où le navire en construction est à l'abri. 4Cale, châtiment de mer, qui consiste à laisser tomber plusieurs fois le coupable dans l'eau, par le moyen d'un cordage auquel il est attaché avec un bâton entre les jambes. La cale sèche est lorsqu'on ne le fait tomber que jusqu'à la surface de l'eau sans qu'il en soit mouillé. Donner la cale. 5Anciennement, crique, abri entre deux pointes de terre ou de rocher. 6Plomb qui fait enfoncer l'hameçon pour la pêche de la morue. Provenç. espagn. et ital. cala. On a dit que cale était pour escale, échelle, relâche ; et en effet tous les sens de cale peuvent s'entendre d'une descente ; mais comme ce sens appartient aussi au verbe caler, il est plus naturel de tirer cale de caler 1. Ajoutez que l'italien calata, qui vient certainement de calare, exprime cette descente même. Morceau de bois, de pierre etc. qu'on place sous un objet pour le mettre de niveau ou lui donner de l'assiette. Terme de maçonnerie. Petit morceau de bois mince dont on se sert pour déterminer la largeur de lit d'une pierre. Il y a dans l'espagnol cala, sonde ; Diez est disposé à y voir le sens de ce qu'on enfonce et à y rattacher le français cale, petit morceau de bois qu'on enfonce sous quelque chose et qui alors viendrait du verbe caler, dans le sens d'abaisser (voy. CALER 1). Mais ce sens est détourné, et, laissant le mot espagnol pour ce qu'il est, on peut songer pour cale, morceau de bois, au latin cala, bois, bûche ; Scheler songe à l'all. keil, coin. 1Anciennement, espèce de coiffure de femme, en forme de bonnet plat par en haut, couvrant les oreilles et échancré par devant avec une petite bordure de velours.
On nous a dit entre autres merveilles que beaucoup de Limousines de la première bourgeoisie portent des chaperons de drap rose sèche sur des cales de velours noir , LA FONT. , Lettres, v.
Un matin, ma servante à cale Fit entrer dans ma chambre sale Votre laquais vert, jaune ou gris , SCARRON , Rondeau redoublé, à Mme Radigue Par extension, jeune fille, grisette. Même sitôt qu'un valet, Une cale, un bavolet Montrait au doigt ce grand homme, Son coeur s'épanouissait, Lucain travesti, p. 73.
Il entreprit de prouver que Gombaud, qui se piquait de n'aimer qu'en bon lieu, cajolait une petite cale crasseuse , TALLEMANT DES RÉAUX , Historiettes, chap. 147, 3e édit. t. III, p. 249
2Anciennement, bonnet d'homme fait en rond et plat, couvrant seulement le haut de la tête.
Les clercs portaient la cale. Des correcteurs de modes qui empêcheraient, par exemple, que les formes de chapeaux ne devinssent hautes comme des pots à beurre ou plates comme des cales , Roman bourgeois, édit. de Nancy, 1713, p. 409
XIVe s.
Le dit Gilet osta à icellui Maron sa calette ou barette, qu'il avait sur la teste , DU CANGE , calestra.
XVIe s.
Un gros bonnet blanc que l'on appelle une calle , BRANT. , Dames ill. p. 388 et 389, dans LACURNE
Origine inconnue, à moins qu'on n'y voie le verbe caler, abaisser, enfoncer : un bonnet ayant pu être nommé cale parce qu'on y enfonce la tête.