BRANDON

Prononciation : bran-don
Nature : s. m.

1Bouquet de paille enflammé, dont on se sert pour s'éclairer. 2Débris enflammé qui s'échappe d'un incendie.
Des brandons du bûcher qui va le mettre en cendres Embrasons les palais de ces fiers conjurés , VOLT. , Mort de César, III, 8 Fig. Les brandons de guerre civile.
Des factions.... Il éteint le dernier brandon , V. HUGO , Odes, II, 7
L'intolérance est presque éteinte ; Qui rallumera ses brandons ? , BÉRANG. , Mort du diable.
3Dimanche des brandons, le premier dimanche de carême, ainsi dit à cause de l'habitude de porter, en ce jour, des brandons allumés. Danse des brandons, sorte de danse rustique ou plutôt course dans la campagne avec des brandons, à l'occasion de certaines fêtes. 4Un brandon de glands, un bouquet de glands. Inusité en ce sens. Son rabat [de Mascarille] se pouvait appeler un honnête peignoir, et ses canons semblaient n'être faits que pour servir de cache aux enfants qui jouent à cligne-musette ; un brandon de glands lui sortait de sa poche comme d'une corne d'abondance, Récit en prose et en vers de la farce des précieuses, Paris, 1660. XIIIe s.
Nus baudroyers ne puet ne ne doit ouvrer entre les brandons et la saint Remi, puisque complie est sonée à Nostre-Dame , Liv. des mét. 225
Et vous baignerés en l'estuve Où Venus les dames estuve ; Bien sai, le brandon sentirés , la Rose, 12957
Bel-Acueil, qui sentit l'aïer [chaleur] Du brandon, sans plus delaier M'otroia ung baisier en dons, Tant fist Venus et ses brandons , ib. 3484
Ele tint ung brandon flamant En sa main destre, dont la flame A eschauffée mainte dame , ib. 3434
Par nuit obscure a tel clarté Qu'il n'estuet [n'est besoin] à nul garçon Porter lanterne ne brandon , Fl. et Bl. 1828
XIVe s.
Olivier de Clisson venoit moult puissamment à falos, à brandons, o lui hommes cinq cent , Guesclin. 21749
....Deable d'enfer issirent, par maistrie, Getans brandons de feu, pour lui faire hasquie , Baud. de Seb. V, 10
Le dimenche que l'en dist des premiers brandons , DU CANGE , brando.
Comme il soit de coustume de faire chascun an, le jour des brandons, après soupper, feux aux quels les bonnes gens ont accoustumé d'eulz assembler , DU CANGE , ib.
Et en sa dextre main tenoit Un dart qui bien estoit ferré, Et en l'autre avoit un brandon De feu que gettoit grant randon , MACHAULT , p. 15
XVIe s.
Devant l'image [de] Cupido Brusloit le brandon de detresse , MAROT , I, 175
Bas-lat. brando ; provenç. brando ; anc. catal. brandó ; espagn. blandon, torche ; de l'allem. Brand, feu, incendie, de brennen, brûler ; angl. to burn. 1. BRANDON. - ÉTYM. Ajoutez : D'après M. d'Arbois de Jubainville (Rev. celtique, t. II, p. 126), brandon vient non pas de l'ancien haut-allemand brant, tison, encore moins de l'allemand moderne Brand, incendie, mais du franc brand, dont l'existence est prouvée par le nom propre Childe-brandus, et qui a le sens de brûler, d'incendier. Morceau d'étoffe, et maintenant, d'ordinaire, paille tortillée au bout d'un bâton et plantée aux extrémités d'un champ pour indiquer qu'il est saisi. Saisie-brandon, acte par lequel un créancier fait saisir les fruits, pendants par branches et racines, des biens de son débiteur. XVe s.
Faire execution ou mettre un brand sur chacune personne , DU CANGE , brando.
XVIe s.
Un seigneur censuel peut proceder par voye d'arrest ou brandon sur les fruits pendans par les racines , Coustumier général, t. I, p. 186
Bas-lat. brando, brandeum, brandium, sorte de voile qu'on mettait sur les terres saisies ; ital. brandone, lambeau, et, par contraction, brano, anc. espagn. brahon, morceau d'étoffe. Il y a dans l'ancien français braion, dans le provençal bradon, brazon, braon, qui signifient le gras des chairs, le fessier (anglais brawn, partie charnue), et qui viennent de l'ancien haut-allemand brâto, accusatif brâtun, brâton, partie charnue, mollet ; Diez croit que de ce sens on est venu à celui de lambeau de chair et puis lambeau d'étoffe ; une pareille dérivation paraît très douteuse. On peut conjecturer, avec quelque vraisemblance, que brand, brandon, est un substantif dérivé de l'ancien verbe brander, contracté de brandeler (voy. BRANLER), une chose qui brandille pouvant sans peine se dire d'un morceau d'étoffe fixé à un pieu ou bâton.