BOTTE

Prononciation : bo-t'
Nature : s. f.

1Quantité déterminée de choses de même espèce qu'on a liées ensemble. Botte de foin, de paille ; botte d'asperges, de radis. Botte de soie, écheveaux de soie liés ensemble. Une botte de soie était quinze onces de soie non ouvrée. À la halle de Paris, botte, une quantité de certains légumes, tels que navets, poireaux, carottes, etc. liés ensemble et pesant environ un kilogramme. La botte de romaine contient 32 têtes. Réunion d'un certain nombre d'échalas propres à faire les treillages. Certaine longueur de fil de fer ployée en rond. Cahier de trente-six feuilles de parchemin. Botte de bordures, douze feuilles de hêtre préparées pour les ouvrages du boisselier. Botte de seaux, six corps de seaux sortant de la première main. Familièrement. Une botte de paperasses, une grande quantité de papiers. 2S. f. plur. Grands ciseaux employés à donner la dernière tonte au droguet. XVe s.
Deux boteaux de paille où il se assist , COMM. , I, 4
L'ung lieve le boteau de foin , COQUILLART , Monol. de la botte de foin.
Ceux de dedans rebouchoient les creux et trous du mur avec des bottes de bois et de terre , J. CHARTIER , Hist. de Charles VII, p. 275, dans LACURNE SAINTE-PALAYE
XVIe s.
Là dessus ils avoient assis la forme d'une grande cage avec botteaux de foin , M. DU BELLAY , 527
Du reste [des tiges] on fait un botteau lié estroitement avec des oziers , O. DE SERRES , 519
XVIIe s.
Graveur, vous deviez avoir soin De mettre dessus cette tête Le lien d'un botteau de foin , RÉGNIER , Épigr. (Botteau est le diminutif de botte.)
Picard, boute d'esteuble, botte de paille ; angl. bottle ; bas-breton, bôtel, bôétel, botte. On le rapporte à l'allemand : tudesque, bozo, faisceau, fagot ; anc. allem. boss ; holland. bos. 1. BOTTE. 2Ajoutez :
Après que lesdits droguets auront été foulés, l'envers sera paré par une seule tonte ; et l'endroit sera tondu deux fois, dont la seconde tonte se fera avec des forces appelées bottes , Arrêt du Conseil, 15 août 1724
1Chaussure de cuir qui enferme le pied et la jambe, et quelquefois une partie de la cuisse. Une paire de bottes. Des bottes fortes, molles, vernies.
Point de politique, tout le monde en bottes [sans gêne] ; quelles délices , P. L. COUR. , Lett. II, 109 Coup de botte, coup de pied.
Rendons leur les coups de botte Qu'Achille nous a donnés , BÉRANG. , Mirm.
Avoir du foin dans ses bottes, être muni de ressources, avoir de l'argent. Cette locution, équivalente à celle de mettre de la paille dans ses sabots, provient de l'usage de garnir ses chaussures de paille, de foin, pour qu'elles ne blessent pas le pied. Familièrement. Je ne m'en soucie non plus que de mes vieilles bottes, je ne m'en soucie point. Prendre ses bottes de sept lieues, se préparer à partir et à marcher rapidement, par allusion aux bottes qui faisaient sept lieues, dans le conte du Petit Poucet. À propos de bottes, hors de tout propos. Graisser ses bottes, se préparer à partir ; et, au figuré, être sur le point de mourir. Fig. Il y a laissé ses bottes, il y a péri.
Quand quelqu'un est mort en une bataille, nous disons seulement : il y a laissé les bottes, comme si elles étaient le vrai séjour de l'âme du cavalier , Francion, liv. X, p. 423
Locutions vieillies. Prendre la botte, se mettre en état de partir. Où va la botte ? où allez-vous ?
2Fig. et familièrement, la terre qui s'attache à la chaussure dans un terrain gras. 3Terme de manége. Serrer la botte, serrer le cheval avec les jambes. Ce cheval va à la botte, il cherche à mordre à la botte le cavalier qui est sur son dos. Fig. Aller à la botte, dire des choses piquantes.
Mme de Bouillon savait, parlait bien, disputait volontiers, et quelquefois allait à la botte , SAINT-SIMON , 357, 222
Morceau de cuir dont on garnit le pied d'un cheval à l'endroit où il se coupe.
4Terme de chasse. Collier de cuir que l'on met au limier pour le mener au bois. Étui où se porte le fusil quand on chasse à cheval. 5Botte de carrosse, ancien nom du marchepied fixe et placé en dehors, à l'aide duquel on monte dans un carrosse. 6Partie d'une manche fermée qui est la plus voisine du poignet. Ne se dit plus. Graissez les bottes d'un vilain, il dira qu'on les lui brûle, c'est-à-dire un avare trouve toujours moyen de se dispenser de la reconnaissance d'un service. XIIIe s.
Par vos botes, ce dist Renart Qui moult fu plain de males ars, Se vos voliez moines estre, Je feroie de vos mon mestre , Ren. 1061
XVIe s.
Nous avons un ennemy qui ne dort pas, et qui use plus de bottes que de souliers , Sat. Mén. p. 49
Sur la peau elles avoient de fort grosses bottes , D'AUB. , Faen. IV, 13
L'homme veut avoir toutes ses pieces bonnes et saines, son corps, sa teste, ses yeux, son jugement, sa memoire, voire ses chausses et ses bottes , CHARRON , Sagesse, II, 3
Une dissenterie me surprit ; mon medecin pensa perdre sa leçon, et moy mes bottes [je faillis mourir] , MONTLUC , Mém. t. II, p. 269, dans LACURNE
À propos de bottes, combien l'aulne de fagots ? , OUDIN , Curios. franç.
Voy. BOTTE 3, la botte, chaussure, ayant été dite ainsi par assimilation à la botte, tonneau. 1Sorte de tonneau. Une botte d'huile. 2Tuyaux des lieux d'aisance qu'on nomme aussi chausses de bouteilles. 3Nom vulgaire du charançon du blé. XIIIe s.
Bon vin burent et fort et roit, Ce m'est avis, d'Auçoire [Auxerre] estoit, Pleine une bout de trois sistiers , Fabliaux, t. III, p. 312
Le barillier et le chartier des bouts , DU CANGE , butta, n° 3
XIVe s.
Jehan le Tourneux, qui vouloit vendre une busse de vin , DU CANGE , ib.
Un bussart de vin , DU CANGE , ib.
XVIe s.
Il print un faix de paille et une botte de pouldre de canon, et espandit par le cerne des cordes , RAB. , Pant. II, 25
Provenç. et espagn. bota ; ital. botte ; bas-lat. botta, butta, buza ; gaél. bôt, botte, chaussure ; flam. bootje et angl. boot, botte, chaussure ; anglo-sax. butte, bytte, grand vase ; isl. bytta ; allem. Busse, cuve. Ces mots ont la signification de outre, vase en cuir, botte à chausser, tonneau, par des assimilations de sens qu'il est facile de concevoir ; ils sont, comme on voit, communs à plusieurs langues. 3. BOTTE. - HIST. Ajoutez : XVe s.
... Qui beuvront de vin autant comme l'en bouteroit en une bote [tonneau] , Les 15 joyes de mariage, p. 22
Terme d'escrime. Coup de fleuret ou d'épée.
Il trouvait des analogies entre les bottes de tierce et de quarte et les intervalles musicaux , J. J. ROUSS. , Conf. V Appuyer la botte, appuyer le fleuret contre le corps de son adversaire après l'avoir touché. Botte secrète, coup dont la parade est inconnue de l'adversaire. Fig. Pousser, porter une botte à quelqu'un, lui faire une interpellation, une attaque imprévue.
Quelle brave botte il vient là de lui porter ! , MOL. , la Princ. II, 4
Le chancelier passait quelquefois jusqu'à porter des bottes indécentes et parfois scandaleuses [au duc de Beauvilliers] , SAINT-SIMON , 305, 231
XVIe s.
Henri II jouoit au maille qu'il avoit fort bien en main ; car il estoit fort et adroit, et en faisoit de très belles et longues bottes ou coups , BRANT. , Capit. fr. t. II, p. 46, dans LACURNE
Espagn. bote ; de botar, toucher, bouter (voy. BOUTER).