BONNET

Prononciation : bo-nè ; le t ne se lie pas dans le parler ordinaire ; au pluriel l's se lie : des bonnets élégants,
Nature : s. m.

1Coiffure d'homme sans rebords. Bonnet de laine, de soie ; bonnet de coton.
Tous les valets en bonnet de nuit , SÉV. , 20
Sitôt qu'il fait un peu de bruit, Je lui mets son bonnet de nuit , BÉRANG. , Le 3e mari. Bonnet de police, coiffure des militaires quand ils sont en petite tenue. Bonnet à poil, coiffure très élevée, arrondie, en poil noir, et qui est portée par quelques troupes d'élite d'infanterie et de cavalerie. Les grenadiers à cheval, dans l'ancienne armée impériale, portaient des bonnets à poil. Fig. et familièrement. Je jetai mon bonnet par-dessus les moulins, phrase par laquelle on terminait les contes que l'on faisait aux enfants, et qui signifie je ne sais comment finir le conte.
Voilà ce que Moreuil m'a dit, espérant que je le vous manderais ; je jette mon bonnet par-dessus les moulins, et je ne sais rien du reste , SÉV. , 47 (voyez aussi la lettre 379) Dans un autre sens, aujourd'hui usité, jeter son bonnet par-dessus les moulins, braver l'opinion, les bienséances.
Prendre une chose sous son bonnet, imaginer un fait sans fondement. Ce sont deux têtes dans un bonnet, c'est-à-dire ils sont toujours de la même opinion, du même sentiment.
Voilà trois bonnes têtes dans un bonnet, la vôtre, celle de l'empereur des Romains et celle du roi de Prusse , VOLT. , Lett. à Cath. 119
Familièrement. Mettre la main au bonnet, saluer. Avoir toujours la main au bonnet, avoir des manières extrêmement civiles et révérencieuses. C'est un personnage dont il ne faut parler que le bonnet à la main, c'est un homme très respectable. Coup de bonnet, salutation faite en ôtant son bonnet. Être triste comme un bonnet de nuit, être chagrin, d'une mélancolie extrême. C'est bonnet blanc et blanc bonnet, il n'y a point de différence entre ces choses, l'une vaut l'autre. Parler à son bonnet, se parler à soi-même, parler sans adresser la parole à personne. Mettre son bonnet de travers, entrer en mauvaise humeur. Avoir la tête près du bonnet, être vif, emporté, colère.
Où sont donc ces têtes si près du bonnet ? , SÉV. , 80
Prendre le bonnet vert, porter le bonnet vert, locution employée autrefois pour signifier faire cession de biens afin d'éviter d'être poursuivi comme banqueroutier : cela se disait ainsi parce que celui qui faisait cette cession était obligé de porter un bonnet vert.
Les voilà sans crédit, sans argent, sans ressources, Prêts à porter le bonnet vert , LA FONT. , Fab. XII, 7
Et que d'un bonnet vert le salutaire affront.... , BOILEAU , Sat. I
Les bonnets ou le parti des bonnets, parti politique en Suède au XVIIIe siècle, opposé au parti des chapeaux.
2Coiffure des docteurs, des avocats, des juges, des professeurs.
Un avocat en soutane et le bonnet en tête , PASC. , Imag. 2 Prendre le bonnet de docteur, ou simplement, le bonnet, se faire recevoir docteur.
Faut-il avoir reçu le bonnet doctoral.... , BOILEAU , Épît. XI
Quitte là le bonnet, la Sorbonne et les bancs , BOILEAU , Sat. VIII
Antigone disputait le bonnet de grand prêtre et même le vain titre de roi des Juifs , VOLT. , Phil. V, 8
Bonnet carré, coiffure des docteurs en théologie.
Et que les docteurs n'eussent de bonnets carrés.... , PASC. , Imag. 2
Fig. Un gros bonnet, un personnage important dans son corps.
Les supérieurs [des Jésuites] consultèrent les gros bonnets à quatre voeux, et le résultat fut qu'il fallait céder à l'orage , SAINT-SIMON , 45, 20
Il [le cardinal de Bouillon] ne voulut voir que quelques gros bonnets des Jésuites , SAINT-SIMON , 297, 21
Le P. de la Chaise et les principaux bonnets ne demandèrent pas mieux que de servir son fils [de Mme de Soubise] , SAINT-SIMON , 96, 238
Opiner du bonnet, ne faire qu'ôter son bonnet en signe d'assentiment, accéder, sans aucune modification, à l'avis des autres.
Il opine du bonnet comme un moine en Sorbonne , PASC. , Prov. 2
M. le marquis sera dispensé de parler, et peut opiner du bonnet , P. L. COUR. , II, 312
Cette affaire a passé du bonnet, au bonnet, elle a passé tout d'une voix, sans discussion. Y jeter son bonnet, ne pouvoir résoudre la difficulté proposée.
L'affaire est consultée, et tous les avocats, Après avoir tourné le cas, Y jettent leur bonnet, se confessant vaincus , LA FONT. , Fabl. II, 20
3Coiffure de gaze, de mousseline, de tulle, de dentelle, etc. à l'usage des femmes. Monter un bonnet. Garniture de bonnet. 4Bonnet phrygien, sorte de coiffure que l'antiquité donnait aux Phrygiens. Pâris est représenté avec le bonnet phrygien. Aujourd'hui, bonnet phrygien, coiffure assez semblable à cette coiffure antique et qu'on donne ordinairement aux images de la Liberté, de la République. Bonnet rouge, coiffure adoptée par les sans-culottes en 1793, et depuis lors symbole de l'esprit révolutionnaire. C'est un bonnet rouge, c'est un homme qui appartient au parti révolutionnaire.
L'homme rouge venait En sabots, en bonnet , BÉRANG. , Homme rouge.
5Bonnet chinois, dit aussi chapeau chinois, instrument de musique militaire garni de sonnettes, qui sert avec la grosse caisse à marquer les temps forts de la mesure. 6Terme d'anatomie. Le bonnet, le second estomac des animaux ruminants. 7Bonnet turc, sorte de potiron. Bonnet-de-prêtre ou d'électeur, bonnet-à-prêtre, nom vulgaire d'une espèce de courge. Bonnet carré, nom vulgaire du fusain. 8Terme de vénerie. Bonnet carré, la tête du cerf quand il a du refait aussi haut que les oreilles. 9Terme de fortification. Bonnet à prêtre, pièce détachée, dont la tête forme deux angles rentrants et trois angles saillants. 10Partie supérieure d'un encensoir. Sorte d'écrou dont le trou ne perce pas d'outre en outre. Genouillère des bottes des courriers. Bonnet carré, espèce de foret à quatre ailes. Janvier a trois bonnets, c'est-à-dire, en ce mois il se faut bien couvrir la tête. Je m'en moque comme un âne d'un coup de bonnet, c'est-à-dire cela m'est bien égal. XIIe s.
Un chapel [il] ot de bonet en sa teste , Li charois de Nymes, 1047
XVe s.
Quant n'ont assez fait dodo Ces petis enfanchonnès [enfants], Ilz portent soubz leurs bonnès visaiges pleins de bobo , CH. D'ORL. , Chanson 5
Afin de pouvoir trouver et recouvrer ses diz chaperon et bonnet , Bibl. des Chartes, 1re série, t. V, p. 489
XVIe s.
Un Picard a la teste près du bonnet , DESPER. , Contes, IV
La pudicque modestie requise et ordonnée à ceulx de son bonnet [il s'agit d'un cardinal] , CARLOIX , VI, 35
Le roy luy dist qu'il avoit merité le pendre, et que jamais plus il ne se trouvast à la cour. Mon valet de chambre s'en alla avec ce bonnet de nuict , PARÉ , t. III, p. 699
J'osteray humblement mon bonnet, et tiendray la teste nue devant mon superieur, car ainsi le porte la coustume de mon pays , CHARRON , Sagesse, II, 2
Berry, bounet, bonnette, coiffure de femme ; bourguig. bonô ; provenç. boneta ; anc. catal. bonet ; espagn. et portug. bonete ; bas-lat. boneta, bonetus. bonetum, sorte d'étoffe, comme on le voit par ce passage de Guillaume de Nangis, en la vie de saint Louis : " Ab illo tempore numquam indutus est squarleta vel panno viridi seu bonneta. " De bon, à cause de quelque qualité ? chapel de bonet, puis bonet, comme chapeau de castor, puis castor. BONNET. Ajoutez : - REM. Avoir la tête près du bonnet est une locution fort singulière ; car, toutes les fois qu'on a un bonnet sur la tête, la tête en est près. La première fois qu'on la rencontre est au XVIe siècle ; les Picards sont dits avoir la teste près du bonnet ; et un autre dicton assure qu'ils sont mauvaises têtes. Mais cela ne nous apprend rien sur l'origine de la locution. On ne peut faire que des conjectures. En voici une : le bonnet dont il s'agit est un bonnet fâcheux, par exemple le bonnet vert des banqueroutiers, ou le bonnet des maris trompés, comme dans ces vers du Candaule de la Fontaine : La sottise du prince était de tel mérite, Qu'il fut fait in petto confrère de Vulcan ; De là jusqu'au bonnet la distance est petite. En ce sens, avoir la tête près du bonnet, serait être tout près de faire banqueroute, ou d'être trompé par sa femme. Pareille situation met un homme de mauvaise humeur, et on fera bien de ne pas l'agacer. Mais peut-être est-il plus simple d'expliquer cette locution ainsi : son bonnet est enfoncé, il lui échauffe les oreilles et lui rend la tête chaude ; de là colère et emportement. En concordance avec cette explication est le passage suivant : XVIe s.
Il n'y a ni bonnet quarré, ni bourlet [au parlement, à l'Université] que je ne fasse voler, s'ils m'eschauffent trop les oreilles , Sat. Mén. p. 100
Ajoutez : XIIIe s.
Il vit en cette vision le benoict saint Loys en tel abit come il l'avoit mainte foiz veu, c'est à dire en une chape à manches, un chapel de bonnet sus son chief , Miracles st. Loys, p. 174
Ajoutez : Dans le haut-normand, c'est le diminutif de bon : ce cidre est bonnet.