BOIS

Prononciation : boî ; l's se lie : les bois et les campagnes, dites : les boi-z et les campagnes
Nature : s. m.

1La substance dure, compacte, solide, qui constitue la racine, la tige et les branches des arbres et des arbrisseaux. Ustensiles en bois. Fricasser les écuelles de bois, subsister des débris de sa fortune. Faire flèche de tout bois, mettre tout en oeuvre pour réussir.
De tout bois, comme on dit, Mercure on ne façonne , RÉGNIER , Sat. I
Ne savoir de quel bois faire flèche, être à bout de moyens, ne savoir comment sortir d'embarras. Être du bois dont on fait les généraux, les ministres, etc. Avoir le mérite, les qualités qu'exigent ces différentes fonctions. Être du bois dont on fait les flûtes, avoir un caractère fort doux, s'accorder avec tout le monde.
2Les botanistes appellent particulièrement bois, la partie du tronc des végétaux dicotylédonés qui est ligneuse et placée sous l'aubier ; au centre du bois se trouve la moelle. 3Bois, bois à brûler ou bois de chauffage. Menu bois. Bois sec. Bois vert. Mettre du bois au feu. Aller au bois, aller à la provision de bois. Bois neuf, celui qui a son écorce. Bois pelard, bois dont on a enlevé l'écorce pour faire du tan. Bois flotté, celui qui est venu par eau en train. Marchand de bois.
Venait l'hiver, le bois manquait à l'âtre , BÉRANG. , Ém. Debr. Visage de bois flotté, visage pâle, défait. Fig. On verra de quel bois je me chauffe, on verra de quel caractère je suis.
Voyant de quel bois ce brave se chauffait [homme qui avait fui], je m'en défis dès que je fus de retour de l'armée , SAINT-SIMON , XII, 140
En termes de marine, faire du bois, couper la provision de bois pour un vaisseau.
4Bois de charpente ou de construction ou de menuiserie. Art de travailler le bois.
Le principal usage du bois dans les bâtiments et dans les constructions de toute espèce est de supporter des fardeaux , BUFFON , Expér. sur les vég. 1er mém.
Le bois qu'on fait servir trop tôt aux constructions navales fermente, se corrompt et se détériore promptement , Revue des deux mondes, t. XXV, p. 344, 1860 Bois cru, boiseries qui ne sont pas peintes. Bois affaibli, bois qu'on a taillé en cintre, qu'on a rendu courbe. Bois déchiré, bois qui provient de quelque ouvrage mis en pièces, surtout de bateaux. Bois d'ouvrage, bois qu'on travaille dans les forêts et dont on fait des sabots, des ustensiles, etc.
5Terme de marine. La coque d'un navire ou partie de cette coque. Tirer en plein bois, diriger le feu des canons sur la coque. Bois d'arrimage, rondins droits, sans écorce, servant à accorer les pièces à eau et à vin dans la cale. Noeud de bois, noeud servant à embrasser du bois qu'il faut traîner. 6Réunion d'arbres. Bois sacré. Bois taillis. Petit bois. Chemin à travers les bois. Un bois d'oliviers, de chênes.
Elle s'est quelque temps égarée Dans ces bois qui du camp semblent cacher l'entrée , RAC. , Iphig. I, 4
Nos seuls gémissements font retentir les bois , RAC. , Phèd. II, 2
Qu'un brigand me surprenne au coin d'un bois, il faut donner la bourse , J. J. ROUSS. , Contr. I, 3
Élevé loin des cours et nourri dans les bois, Il ne sait pas encor ce qu'on doit à des rois , VOLT. , Mér. IV, 2 Bouquet de bois, petite touffe de bois de haute futaie. Homme des bois, nom vulgaire de l'orang-outang. Les hôtes, les habitants des bois, les animaux qui vivent dans les bois, et, particulièrement, les oiseaux.
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois , LA FONT. , Fabl. I, 2
Fig. Être volé comme dans un bois, être volé d'une façon audacieuse ou sans pouvoir se défendre.
J'ai bien affaire de son argent ; eh ! qu'il ne vienne pas ici piller le nôtre ; c'est voler au coin d'un bois , LESAGE , Turc. I, 8
Terme de vénerie. Faire le bois, aller en quête avec le limier pour détourner un animal. Toucher au bois, se dit en parlant du cerf qui, ayant refait sa tête, la frotte contre les arbres pour détacher la peau velue qui la couvre.
7Terme d'eaux et forêts. Les arbres en général, réunis ou isolés. Semer un bois. Couper un bois. L'âge du bois.
Un terrain couvert ou plutôt à demi couvert de genièvres, de bruyères, est un bois à moitié fait et qui a peut-être dix ans d'avance sur un terrain net et cultivé , BUFF. , Exp. sur les végét. 2e mém. Bois de haut revenu, demi-futaie de quarante à soixante ans. Bois en état ou en étant, arbres debout. Bois gisant, bois abattu. Bois encroué, arbre sur lequel un autre est tombé. Bois vif, arbre qui pousse des branches et des feuilles. Bois mort, arbre séché sur pied.
8Rejetons des arbres. Pousser beaucoup de bois. De peur que la vigne ne jette trop de bois. Le vieux bois de la vigne. 9Objet fait de bois. Bois de lit.
Dirions-nous que les cordes d'un violon seraient venues d'elles-mêmes s'étendre sur un bois dont les pièces se seraient collées ensemble ? , FÉN. , Exist. 6
Ce foudre ridicule Dont arme un bois pourri ce peuple trop crédule , CORN. , Poly II, 6
Sur un bois glorieux Qui fut moins une croix qu'une échelle des cieux , ROTR. , St Gen. II, 8
Un fragile bois que malgré mon secours Les vers sur son autel consument tous les jours , RAC. , Athal. III, 3
10Le bâton d'une lance, et par extension, la lance même. Rompre un bois. Haut le bois, ancien commandement pour s'arrêter, parce qu'alors on tenait les piques hautes. Porter bien son bois, cheminer d'un pas régulier, comme faisait une troupe, la pique haute. Charger un homme de bois, lui donner des coups de bâton. 11Cornes rameuses du cerf et autres animaux.
Un cerf se mirant autrefois Louait la beauté de son bois , LA FONT. , Fabl. VI, 9 Fig. et populairement. Cette femme fait porter du bois à son mari, elle lui est infidèle.
12Au jeu de quilles, abattre du bois, abattre bien des quilles ; et au jeu de trictrac, jouer beaucoup de dames de la pile, afin de caser aisément plus tard. Fig. Abattre bien du bois, faire beaucoup de besogne en peu de temps. 13Terme de pharmacie. Bois sudorifiques, le gayac, la salsepareille, la squine, le sassafras, etc. 14Terme d'alchimie. Bois de vie, le mercure. 15Bois, nom donné à différents végétaux. Bois d'aigle ou bois de garo, nom donné à différents arbres des Indes et des Moluques, appartenant aux genres agallochum, aquilaria. Bois à balais, bouleau et plusieurs autres arbres ou arbustes. Bois bénit, buis. Bois de baume et bois de petit baume, noms vulgaires, à la Martinique, du croton balsamifère. Bois de benjoin, nom vulgaire, à Maurice et à Bourbon, du terminalier mauritien de Lamarck, qui fournit un baume analogue au benjoin. Bois de buis, un des noms que porte, à l'île Maurice, la fernélie à feuilles de buis qui y est appelée aussi faux buis. Bois de Brésil ou de Fernambouc (brésillet), provenant du caesalpinia echinata (Lamarck). Ce bois, qui a été regardé comme astringent, n'est plus employé que pour teindre en rouge pourpre. Bois de Chypre ou bois de Cypre, nom donné : 1° dans les Antilles, à la cordie gérascanthe ; 2° à la Virginie, au cyprès distique ; 3° au bois du brya ébène, dont on se sert en marqueterie, LEGOARANT. Bois coton, nom vulgaire du peuplier de Virginie et de végétaux dont les semences sont entourées d'une matière cotonneuse. On dit aussi bois à coton. Bois de fer, nom donné à différents bois qui sont très durs. Bois gentil, arbrisseau d'un aspect agréable ; un des noms vulgaires du daphné mezereum, dit aussi bois joli, garou. Bois immortel, arbre de Madagascar, nom vulgaire donné, à cause de la dureté de son bois, à l'endrach madagascarien. Bois de jolicoeur, nom vulgaire, aux îles Maurice et Bourbon, du pittospore ondulé. Bois de Lousteau, nom vulgaire donné quelquefois en France à l'évonyme européen ou fusain. Bois madame, à la Martinique, nom vulgaire de la guettarde rude. Bois madre, aux Antilles, nom vulgaire de l'excécarie lucide. Bois néphrétique, arbrisseau de la nouvelle Espagne, que l'on croyait donner à l'eau, dans laquelle il a trempé, la vertu de nettoyer les reins et la vessie. Bois palmiste, nom que porte à Haïti la geoffroye épineuse, bien différente des palmiers dits palmistes. Bois perdrix, nom donné à l'heistérie écarlate, à la Guadeloupe et à la Martinique, parce que le fruit est recherché par les tourterelles qu'on y nomme perdrix. Bois de Perpignan, bois de micocoulier, ainsi dit parce qu'on le porte à Perpignan où l'on en fait des fouets pour les cochers, des instruments à vent, ainsi que des ouvrages de menuiserie et de marqueterie. Bois pliant, nom vulgaire de l'osyride blanche, dite encore rouvet, cultivée dans quelques jardins d'Italie. Bois de rainette, arbre de l'île de France dont les feuilles exhalent, quand elles sont froissées, une odeur très prononcée de pomme de rainette (dodonée à feuilles étroites). Bois de rose, nom sous lequel on apporte des Canaries la racine du liseron à balais. Cette racine est appelée aussi bois de Rhodes et bois de Chypre. Bois de Spa, nom du châtaignier, quand il est employé pour de petits meubles de luxe. Bois violet ou bois de violette, nom donné dans le commerce au palissandre à cause de sa couleur et de la légère odeur qu'il répand. (Cette liste a été empruntée en très grande partie à LEGOARANT.) Il a l'oeil au bois, se dit d'un homme qui craint d'être surpris, parce que les embûches se dressent ordinairement dans les bois. À gens de village, trompette de bois, c'est-à-dire il ne faut aux ignorants que des choses proportionnées à leur intelligence. Trouver visage de bois, se dit lorsque, venant chez quelqu'un, on trouve la porte fermée, ou l'on ne trouve personne. Il n'est feu que de bois vert, c'est-à-dire on a besoin de l'activité des jeunes gens. Qui a peur des feuilles n'aille au bois, ou n'aille au bois qui a peur des feuilles, c'est-à-dire, qui craint le péril ne doit pas aller où il y en a. La faim chasse ou fait sortir le loup du bois, c'est-à-dire, quand la misère, quand une nécessité presse, on fait ce qu'on n'avait ni l'habitude ni le goût de faire. Il ne faut pas mettre le doigt entre le bois et l'écorce, c'est-à-dire il ne faut pas s'ingérer mal à propos dans les querelles d'un ménage, de personnes naturellement amies. Le bois tortu fait le feu droit, c'est-à-dire tous moyens sont bons pour arriver. BOIS, CORNES. Entre les cornes et le bois il y a cette différence : le bois présente plusieurs branches ; il tombe et puis repousse régulièrement ; au contraire, la corne est un jet simple, sans division, et qui, à moins d'accident, ne tombe jamais. XIe s.
Selve ne bois, asconse [cachette] n'i puet estre , Ch. de Rol. CCXXXIX
XIIe s.
Cil vont souvent au bois esbanoier , Ronc. p. 160
Enz en un bos erent [ils étaient] allé chasser , ib. p. 164
Et que sont vert bois et vergier et pré , Couci, XI
XIIIe s.
Tant qu'en un bois [ils] s'en vindrent haut et grant et plenier , Berte, XI
Tantost se sont el bois alé Tot coiement et à celé ; Le bois ont tost avironé , Lai de Melion
Se feme tient bos en douaire, elle ne le poet cauper devant que il ait sept ans acomplis , BEAUMANOIR , XIII, 7
Aussi comme le vent abat en la forest le bois sec , JOINV. , 220
XIVe s.
Pour deux grans comptoirs et une cayere [chaise] tout de bois d'Yerlande , DE LABORDE , Émaux, p. 166
Fol chesne, prunier, poirier et neflier sont apelés vif bois ; et tous aultres bois sont appelés mort bois, et le bois sec abattu ou en estant est appelés bois mort , Ordonn. des rois, t. VII, p. 777
XVe s.
Si le mary passe les dix [nuits] Sans cause et que le boys s'allume, Femme peut prier ses amis Et faire selon la coustume , COQUILL. , Droits nouv.
XVIe s.
Un pastoreau n'agueres j'ecoutois, Qui s'en alloit complaignant par les bois , MAROT , I, 309
Tous leurs devis, ce sont haches, gros bois, Lances, harnois, estendars, gouffanons , MAROT , I, 23
Le marié ayant envie de rompre un bois en faveur de sa nouvelle espouse , MONT. , I, 253
Il avoit une bosse sur le dos, et l'autre sur l'estomac, qui lui faisoient mal porter son bois [par allusion aux chevaliers] , DESPER. , Contes, XXXIX.
Mort bois est bois ne portant fruit : bois mort est bois sec, en estant ou gisant , LOYSEL , 252
Le roy Henri ayant commandé le comte de Mont-Gommeri de rompre un bois contre luy , D'AUB. , Hist. I, 85
Le comte essaya à se rendre maistre de la Rochelle ; mais, y ayant eu visage de bois, s'advança à Ponts, la battit de deux pieces et l'emporta d'assaut , D'AUB. , ib. I, 144
Au premier assaut ceux de dedans aiant repoussé, poursuivirent par la breche et meslerent à coups d'espée, comme n'aiant point de long bois , D'AUB. , ib. II, 63
La forest se distingue en bois de chaufage et de haute fustaie , O. DE SERRES , 794
Quand on parle du bois en general, s'entend du sauvage , O. DE SERRES , 784
Ainsi par ces mots, [bois] sec et aquatique, entendrons la fourniture de nos forests, taillis, sausaies, ramées et ozeraies , O. DE SERRES , 788
On taille en croissant le bois de chaufage, et en decours, celui des bastimens , O. DE SERRES , 811
Telles restrinctions de la lune n'ont lieu pour le bois-mort, ne pour le bois-chablis, qui est le presque abbatu par le vent , O. DE SERRES , 807
Les jurisconsultes appellent mort-bois, les arbres qui ne portent fruict , O. DE SERRES , 813
Mettant d'un costé les grosses busches et bois de fente (alias, de refente) et de moule ; de l'autre les fagots, bourrées et costerests , O. DE SERRES , 808
Petit bois allume le feu, le gros bois le nourrist , GÉNIN , Récréat. t. II, p. 247
Boys inutile a precieulx fruit , GÉNIN , ib. p. 235
Bourguig. boo ; picard, bou et bo ; provenç. bosc ; espagn. bosque ; ital. bosco ; bas-lat. boscus, boscum, buscus ; angl. bush, buisson ; de l'allemand Busch, buisson. On n'est pas sûr que l'allem. Busch ne provienne pas des langues romanes ; en ce cas, le terrain de ce radical serait inconnu. BOIS. 1Ajoutez : Bois tors, bois dont les fibres sont en spirale. Bois tortillard, bois dont les fibres sont enchevêtrées. Bois raffaux, bois tors et noueux. 15Ajoutez : Bois d'absinthe, le carissa xylopicron, DUP. TH., de l'île de la Réunion. Bois amer de Surinam, le quassia amara. Bois d'anis, les illicium qui fournissent l'anis étoilé. Bois d'anisette, le piper umbellatum, L. Bois bénit, le buxus sempervirens. Bois à boutons, les cephalanthus, notamment le cephalanthus occidentalis, L. Bois bracelet, le jacquinia armillaris. L., des Antilles. Bois de Chine, l'arbre aux sébestes, cordia sebastena ou cordia myxa. Bois à la gale, en Champagne le rhamnus frangula, L. Bois de lessive, dans les Alpes, le cytisus laburnum. Bois manche-houe, le xanthoxylum clava Herculis. Bois d'oreille, le bois gentil et le garou, parce qu'ils s'appliquaient en vésicatoires derrière les oreilles, dans les affections des yeux. 16Bois gris, nom donné, dans l'exploitation du bois de flottage, aux bûches de chêne, Mém. de la Société centrale d'agricult. 1873, p. 260. 17Bois gras, bois imprégné de résine.
On ne résine pas le pin sylvestre, mais les délinquants extraient quelquefois, de la tige d'arbres encore sur pied, du bois exceptionnellement imprégné de résine, connu sous le nom de bois gras et servant à allumer le feu , H. FLICHE , Man. de botan. forest. p. 298, Nancy, 1873
18Sous bois, loc. adv. Sous le couvert des arbres, d'un bois.
C'est une fête que de marcher ainsi, sous bois, tout un matin , Mme DE GASPARIN , Voyage à Constantinople, 2e édit. Paris, 1867
19Dans la taille de la vigne, le long bois, la branche à fruit.
Au moment de tailler le long bois [de la vigne], vulgairement la branche à fruit , Journ. offic. 16 octobre 1874, p. 7051, 1re col.
20Synonyme de monture pour les armes à feu portatives. Bois de fusil, de pistolet. 21Bois, bons bois, fins bois, climats des Charentes produisant des eaux-de-vie qui portent les mêmes désignations. 22bois veiné, nom donné par Geoffroy et Engramelle au papillon plus connu sous le nom de zigzag, bombyx ziczac. 23Bois et petit bois, nom donné à une sorte de coiffure, à la fin du dix-septième siècle.
La souris est un petit noeud de nonpareille, qui se place dans le bois : on appelle petit bois un paquet de cheveux hérissés qui garnissent le pied de la futaie bouclée , REGNARD , Attendez-moi sous l'orme, sc. 6
Ajoutez : Quand il n'y a pas de bois mort, on en fait, proverbe répandu dans les campagnes et qui se dit à propos des arbres charmés, c'est-à-dire mutilés par les usagers. Bois d'oeuvre, nom donné aux bois propres à tous les emplois autres que le chauffage. Les bois d'oeuvre se divisent en bois de service et bois de travail. Les bois de service sont ceux qui servent aux constructions civiles et navales ; les bois de travail ou d'industrie comprennent les bois employés par les différents métiers, tels que la menuiserie, l'ébénisterie, le charronnage, la tonnellerie, etc. NANQUETTE, Exploitation, débit et estim. des bois, Nancy, 1868, p. 49.