BLASER

Prononciation : blâ-zé
Nature : v. a.

1Émousser les sens par des excès de jouissances.
Sans risquer de leur blaser le palais , J. J. ROUSS. , Ém. II
2Fig. Au moral, rendre à la longue le coeur insensible à ce qui devrait le toucher. Celui-ci est blasé par l'excès des plaisirs, celui-là par l'habitude de la honte. 3Se blaser, v. réfl.
Mme de Vendôme mourut le 11 avril, sans testament ni sacrements, de s'être blasée surtout de liqueurs fortes , SAINT-SIMON , 484, 1 Fig. Se blaser sur les vrais plaisirs. On dit se blaser de, et se blaser sur.
Origine douteuse. On trouve, dans Du Cange, blas, sot, dépourvu de sagesse ; mais le sens ne se prête pas à la dérivation ; il n'en est pas de même de l'anglo-saxon blase ou blaese, brandon, anglais, to blaze, brûler, bas-latin blaserius, incendiaire. Le sens propre de blaser paraît être brûler ; c'est celui que lui donne St-Simon dans l'exemple ci-dessus rapporté ; et dans plusieurs provinces blaser est un terme pour signifier brûler, dessécher, lorsque cet effet est produit par l'usage excessif des liqueurs fortes.
Faudrait-il rapporter à blaser cet exemple du XIVe siècle : Prince, après ce qu'on eust mangié Et bu tant qu'on estoit blecié, Vont estuver li pelerin , VIRIVILLE , Isabelle de Bavière, p. 9