BILLET

Prononciation : bi-llè, ll mouillées, et non bi-yè ; le t se lie : un billet amical, dites : un bi-llè-t amical ; au
Nature : s. m.

1Missive, petite lettre qui n'a pas les formules usitées dans les lettres ordinaires.
Madame, dois-je croire un billet de Maurice ? , CORN. , Héracl. II, 6
J'ai trouvé ce billet enfermé dans son sein.... , RAC. , Baj. IV, 5
Mais quels malheurs dans ce billet tracés.... , RAC. , Iphig. I, 1
Il m'écrivit l'autre jour un fort joli billet , SÉV. , 614
Te voilà ravi d'écrire des billets à ta maîtresse , HAMILT. , Gramm. 4
Il reçoit des billets d'invitation pour un dîner , J. J. ROUSS. , Ém. II Papier plié à la manière d'une lettre. On jeta sur la scène un billet qui contenait des vers. Billet doux, billet d'amour et de galanterie.
L'un dans la main vous glisse un billet doux, L'autre à Passy vous propose une fête , VOLT. , Épît. 80
Billets de change étaient mes billets doux , VOLT. , Pauvre diable.
On sait, pour lire un billet doux, Quel moyen prennent nos coquettes , BÉRANGER , B. Maman.
2Avis imprimé ou écrit. Billet de naissance. Billet de faire part ou billet de part, billet par lequel on fait part à ses parents et à ses amis d'une naissance, d'un mariage ou d'une mort. Faire courir le billet, s'est dit autrefois pour avertir les membres d'une corporation de se rassembler, ou pour informer les orfévres et les joailliers qu'un vol ayant été commis, ils eussent à arrêter ceux qui leur porteraient l'argenterie volée. 3Terme de commerce et de finance. Obligation souscrite par une personne au profit d'une autre personne ; écrit qui la constate. Divers papiers de crédit qui ont cours dans le public. Billet de banque, billet émis par une banque de circulation, et, plus spécialement, promesse de payer par une banque à vue et au porteur. Billet de change, promesse de fournir une lettre de change. Billet à ordre, billet payable à celui au profit de qui il est souscrit et de ceux à qui il aura été transmis successivement au moyen d'un simple endos. Billet au porteur, billet qu'on doit payer au porteur.
Cet enfant de famille à qui nous prêtâmes l'année passée trois mille livres, et à qui je fis faire un billet de neuf par votre ordre.... , LESAGE , Turcaret, III, 9
Billet de l'épargne s'est dit anciennement d'une rescription payable sur le trésor royal qu'on appelait alors l'Épargne.
4Carte qui donne le droit d'entrer dans un théâtre, dans un lieu public. Je ne puis disposer que de dix billets pour cette représentation. Petit morceau de papier ou de carton qu'on délivre à ceux qui prennent une place dans un chemin de fer. 5Bulletin qui, portant un numéro, est délivré à toute personne qui met à une loterie. Bulletin, petit rouleau de papier qui sert à tirer au sort. Tirer au billet, choisir par le sort entre les noms de plusieurs personnes inscrits sur des billets.
Que l'on tire au billet ceux que l'on doit élire , BOILEAU , Lutrin, I
Tirer au billet s'est dit autrefois quand, sévissant sur des militaires, on mettait leurs noms sur des billets et tirait au sort qui serait passé par les armes.
Rosen fut pris avec d'autres en maraude et tira au billet , SAINT-SIMON , 116, 3
6Bulletin, petit papier sur lequel est écrit le suffrage dans une élection, le vote dans une assemblée délibérante. Billet blanc, billet sans nom mis dans l'urne d'un scrutin. 7Billet de logement, écrit portant injonction à un habitant de loger un ou plusieurs soldats. Billet de garde, billet portant ordre d'un service militaire. Billet de confession, attestation par laquelle un prêtre certifie qu'il a entendu quelqu'un en confession. Billet de santé, certificat constatant que, dans le pays d'où vient un voyageur, il ne règne aucune épidémie. Dans la marine, écrit délivré aux marins, pour la solde ou la ration. Dans les eaux et forêts, billet d'afforestement, permis d'exploiter. Billet de contentement, déclaration de caution suffisante délivrée par le receveur des domaines. Ah ! le bon billet qu'a la Châtre ! Se dit pour exprimer qu'une promesse est sans valeur Ce mot est fondé sur ce que le marquis de la Châtre, amant de Ninon de Lenclos, obligé de partir pour l'armée, avait exigé d'elle un billet où elle s'engageait à lui être fidèle. Ce fut elle-même qui, à la première infidélité qu'elle lui fit, prononça ces mots, qui depuis passèrent en proverbe. Angl. billet. Bien que le mot billet n'ait pas été rencontré dans des textes français anciens, cependant on doit penser qu'il existait en français dès le XVe siècle au moins ; car le prédicateur Menot, qui remplissait son latin de locutions françaises, dit : Et cum essem sic in pede crucis et sic desolatus, quod ego eram in fine billeti mei, DU CANGE, billetus ; à la fin de mon billet, ce que nous dirions : au bout de mon rouleau. Billet et billette (voy. ce mot) sont des diminutifs du bas-latin billa, rescrit, cédule (voy. BILL).