BIGRE

Prononciation : bi-gr'
Nature : interj.

1Jurement adouci. Très familier (voy. BOUGRE). 2
Bigre à l'huile, expression grossière par laquelle on désignait les minimes, parce que saint François de Paule, fondateur de l'ordre, leur avait prescrit de ne manger que de l'huile, c'est-à-dire de faire toute leur cuisine à l'huile, et cela, parce que les pauvres, en Calabre, faisaient de même , CH. NISARD , Parisianismes, p. 144
Tu te rengorges bien, reprit le moine altier, Et tu fais bien le bigre à l'huile, Apprends, mon grand ami, qu'ignorant cordelier Vaut un minime habile , Recueil de nouvelles poésies galantes, 2e part. p. 131, 1726
Terme d'ancienne coutume. Garde forestier spécial pour la conservation des abeilles. Chasseur d'essaims dans les forêts. XVe s.
Avons droit d'avoir et tenir en la dite forest [de Conches] ung bigre, lequel peut prendre mousches, miel et cire pour le luminaire de notre dite eglise, mercher [marquer], couper et abattre les arbres, où elles seront, sans aucun dangier ne reprinse , DU CANGE , bigrus.
Ai droit de trois ans en trois ans, quand on met les mouches en ladite forest [de Breteuil], d'envoyer mon bigre avec les bigres du roi, lequel doit estre juré devant le chastelain de Breteuil, de bien et fidelement querre les abeiles et le miel, pour en faire mon besoing , DU CANGE , ib.
Et dudit fief d'Auvergny depend ung hostel appellé la Bigrerie, ou l'hostel aux mouches , DU CANGE , ib.
Bas-lat. bigrus, bigarus. Étymologie inconnue. On l'a tiré du lat. apiger, celui qui gouverne les abeilles, par le retranchement de l'a (voy. LEBER, Collect. des meilleures dissert. t. XX, p. 307). Il vient plutôt du germanique : anglo-sax. beo ; dan. bie ; angl. bee, abeille, d'où le bas-lat. bigarus, bigre, gardien d'abeilles.