BALAI

Prononciation : ba-lè
Nature : s. m.

1Ustensile de ménage, fait de menues tiges ou de crins et servant à nettoyer. Balai de bouleau, de crin. Donnez un coup de balai dans cette pièce. Faire balai neuf, montrer beaucoup de zèle, en parlant des nouveaux domestiques, et, par extension, de tous ceux qui entrent en de nouvelles fonctions. Rôtir le balai, littéralement en être réduit à brûler, faute de bois, le balai, et, figurément, ne point profiter en quelque métier, en quelque profession, passer sa vie dans un emploi de peu d'importance, dans une condition subalterne.
Mme de Maintenon fut revêtue, trente-deux ans durant, du personnage de confidente, de maîtresse, d'épouse, de ministre, après avoir été si longtemps néant, et comme on dit, avoir si longtemps et si publiquement rôti le balai , SAINT-SIMON , 414, 210
La duchesse de la Ferté avait une fille qui avait un peu rôti le balai, et qui commençait à monter en graine , SAINT-SIMON , 59, 234
Par une autre extension du sens de brûler littéralement le balai, faire de grandes dépenses, des folies, des débauches. Ils ont longtemps rôti le balai ensemble. Enfin, par une troisième dérivation, rôtir le balai, s'est dit des sorcières qui mènent une vie désordonnée.
2En termes de vénerie, la queue des chiens, et, en termes de fauconnerie, celle des oiseaux de poing se nomment balai. 3En langage de marin, balai du ciel, le vent du nord-est. Béranger a dit : Sachez que la nuit dernière, Sur un vieux balai rôti, Avec certaine sorcière Pour l'enfer je suis parti, Enfers. Les sorcières à la vérité étaient dites aller au sabat sur un manche à balai ; mais elles ne rôtissaient le balai que figurément. Balai rôti est donc une méprise. Avant de toucher aux locutions proverbiales, il faut en connaître à fond l'origine. XIIe s.
E se nuls bat sun maistre, il se maine à beslei [il se conduit mal] ; Par kei est cil qui tient e carcan e balei , Th. le mart. 73
Li evesques de Lundres tint el puing le balai, Reguarda le cors saint e reguarda le rei , ib. 162
Mis peres vus bati de verges deliées, mais je vus baterai de grandimes balains, ki serunt dur e espinus , Rois, 282
En cest païs n'ai ami si courtois, Que vers ces deux me valsist un balois , R. de Camb. 29
XIIIe s.
Tu iez saluz de nostre essence, Balais de nostre vanitei, Cribles de nostre conscience , RUTEB. , II, 14
La charretée de ballès doit un denier de tonlieu , Livr. des métiers, 323
Or y faut fourche et fleau, Balay de bou [bouleau] et grant et biau , Choses qui faillent en menage
XIVe s.
Elle, toute courroucée, avoit mis le balay derriere l'uis , Ménagier, I, 6
Et le [l'épervier] doit l'en [on] tenir si court que, au reget de son debat, il ne mefface à son balay [queue] , ib. III, 2
XVe s.
Sorcier et chevaucheur de balai , DU CANGE , caballarii.
XVIe s.
Prend le ballay et tout à l'environ Va nettoyant la meule et le gyron , DU BELLAY , VII, 3, verso.
Doux esventaux de l'air, frais balais de la terre , DU BARTAS , dans FURETIÈRE
Berry, balai, genêt ; provenç. balay ; du celtique : bas-breton, balan, genêt (sens conservé dans le Berry), balaen, balai ; kymri, bala, au pluriel balaon, brout des arbres. La filiation est probablement celle-ci : balaen, d'où balain dans l'ancien français, d'où, par atténuation, balai. BALAI. Ajoutez : 4Balai de sorcier, branche déformée par maladie en un sapin.
Il [le chaudron, maladie du sapin] résulte d'un arrêt de séve qui se manifeste à l'origine par un rameau déformé qu'on appelle, dans les Vosges, balai de sorcier , H. FLICHE , Man. de Botan. forest. p. 281, Nancy, 1873
5Portion de la queue, chez les poissons.
Les trieurs couperont aussi, deux fois par jour, la moitié du balai de la queue à cette qualité de poissons [morues plates] avant de la remettre dans la cale... , Art. 10 de la direct. du Corps consulaire de Dieppe du 25 juill. 1776, dans Notice sur l'écorage, par J. Delahais, p. 31
6Il se dit, en général, d'une pousse désordonnée de brindilles autour de la cicatrice d'une grosse branche coupée. Ajoutez : Contre la dérivation qui tire balai de l'armoricain balan, genêt, M. d'Arbois de Jubainville (Revue celtique, t. II, p. 128) remarque que balan est une forme moderne employée pour banazl, en moyen gallois banadil ; il ajoute qu'il faudrait s'assurer si le mot français n'est pas antérieur à l'introduction de la forme balan dans le breton armoricain.