BACHELIER

Prononciation : ba-che-lié ; l'r ne se lie jamais ; au pluriel, l's se lie : les bacheliers et.... dites : les bache
Nature : s. m.

1En termes de féodalité, jeune gentilhomme qui, n'ayant pas moyen de lever la bannière, était contraint de marcher sous celle d'autrui, qui aspirait à être chevalier et tenait rang entre le chevalier et l'écuyer.
Les jeunes gens étaient bacheliers, ce qui voulait dire chevaliers, ou varlets et écuyers , VOLT. , Moeurs, 97
Pour un signe de deux beaux yeux, On sait qu'il n'est rien que ne fassent Les seigneurs et les bacheliers , V. HUGO , Ball. 13
2Garçon.
Dans la Touraine, un jeune bachelier , LA FONT. , Cloch. Vieux en ce sens.
3Celui qui dans la faculté de droit canon, après trois ans d'étude, soutenait un acte dans les formes prescrites par la faculté.
Le bachelier, plongé dans les quatre premiers siècles, traite toute autre doctrine de science triste, vaine et inutile, pendant qu'il est peut-être méprisé du géomètre , LA BRUY. , 12
J'ai des forces, du feu, de l'esprit, de l'étude ; Et jamais sur les bancs on ne vit bachelier Qui sût plus à propos interrompre et crier , L'ABBÉ DE VILLIERS , Art de prêcher
Il vous faudra un jour réprimer les bacheliers en fourrure, ainsi que les gens en bonnet à trois cornes , VOLT. , Lettr. la Chalotais, 9 juin 1763 Dans l'ancienne faculté de médecine, celui qui avait étudié deux ans et qui, ayant subi l'examen général, était revêtu de la fourrure pour entrer ensuite en licence.
4Aujourd'hui, dans l'Université, celui qui est promu au baccalauréat dans une faculté. Bachelier ès lettres, ès sciences, en droit. XIe s.
Et escremissent [font des armes] cil baceler leger , Ch. de Rol. VIII
XIIe s.
Tuit baceler et noble conquerant , Ronc. p. 131
Breton, flaman, baceler parisant , ib. p. 156
Blont [il] ot le poil, menu recercelé [à boucles menues], En nule terre n'ot si beau bacheler , Romancero, p. 51
Sire, fait-il, laenz sunt quatre bacheler, Des chevaliers le rei , Th. le mart. 139
XIIIe s.
Quant iere bachelers legiers, Volentiers gelines menjoie, En ces haies où ges [je les] trovoie , Ren. 13100
Entre vous et ce bacheler Robichonet au vert chapel, Qui si tost vient à vostre apel, Avés-vous terres à partir ? , la Rose, 8566
Un bacheler françois qui cuidoit que la coustume de France fust de sustance de mariage, une feme qu'il avoit prise segont la costume où il estoit, lessa et prist une autre , Liv. de Just. 178
Quant je reving à ma nef, je mis en ma petite barge [barque] un escuier que je fiz chevalier, et deux moult vaillans bachelers , JOINV. , 214
XVe s.
Car c'est le metal [l'or et l'argent] par quoi on acquiert l'amour des gentils hommes et des povres bacheliers , FROISS. , I, I, 8
Sur ce la bonne dame [Isabelle d'Angleterre] avoit jà prié moult de chevaliers, bacheliers et aventuriers qui lui promettoient que très volontiers ils iroient , FROISS. , I, I, 19
Berry, bachelière, la jeune personne qui accompagne la mariée en qualité de fille d'honneur ; bas-lat. bacalarius, baquelarius (baccalaria, sorte de domaine, se trouve dans des textes du IXe siècle) ; provenç. bacalar, bachalier ; anc. catal. batxeller ; espagn. bachiller ; portug. bacharel ; angl. bachelor, homme célibataire. Mot très ancien dans les langues romanes, qui manque pourtant à la région italienne, et dont l'origine est inconnue. L'antiquité du mot suffit pour montrer que l'étymologie bas chevalier, qu'on a donnée, est sans la moindre apparence. Il va sans dire qu'il n'y a non plus à faire aucun compte de baccalaureus ; bachelier a eu, entre autres acceptions, celle de gradué dans une faculté, et, cherchant une étymologie au mot pris ainsi, on l'a décomposé, contre toutes les lois de l'analogie, en baccalaureus, comme s'il venait de bacca lauri, baie de laurier. Le sens primitif du bas-latin baccalarius était celui qui tient une baccalaria ; baccalaria voulait dire une espèce de bien rural que le bachelier avait à cens, et qui paraît avoir été formé d'une dizaine de manses. Il était donc compté parmi les gens de la campagne, quoique d'un rang plus élevé que ceux qui, tenant un manse, étaient assujettis aux oeuvres serviles, et on peut le définir un vassal d'un ordre inférieur. A côté de cette signification, il a encore celle de jeune guerrier qui n'est pas encore chevalier. Puis il y eut des bacheliers d'église, qui étaient des ecclésiastiques d'un degré inférieur. Il y eut, dans les corporations de métiers, des bacheliers qu'on nommait aussi juniores, et qui géraient les petites affaires de la corporation. Enfin, et par le même mouvement d'idées, naquirent les bacheliers, des facultés. De là aussi, par une autre extension, bachelier prit le sens d'homme jeune, non marié, et, en général, de célibataire, sens qui est resté celui du mot anglais bachelor. Dans l'ancien français, vassal a une double signification : d'une part, il signifie celui qui est subordonné féodalement ; et, d'autre part, il veut dire courageux guerrier ; vasselage est constamment us té pour valeur et prouesse : les chansons de gestes sont pleines de l'emploi de ce mot. Bachelier a exactement le même sens ; il signifie, comme l'autre, subordonné féodalement, et guerrier, jeune guerrier, vaillant guerrier. Le sens tendrait donc à rapprocher ces deux mots ; mais les lettres y opposent une difficulté que les exemples connus ne permettent pas de surmonter : on ne peut expliquer comment les deux ss de vassal se seraient changées en c dur, à une époque aussi reculée que le IXe siècle. Cela conduit à reconnaître un radical bacal, bacel, bachel, qui a la double signification indiquée plus haut, et qui paraît collatéral de vassal. Le celtique a : gaélique, bachall, irlandais, bacal, bâton, qui conviendraient très bien pour la forme du mot, et qui d'ailleurs ont pénétré dans les langues romanes : en termes de marine, ancien italien, baccalaro, pièce de bois de pin ou d'orme ; ancien français, baccalat, même sens ; espagnol, vacalas, baccalas, bâtons fichés sur la couverture des galères. Dès lors ce n'est pas une conjecture dénuée de toute vraisemblance, de penser que le mot de bâton, de pièce de bois, ait passé à une bachelerie, sorte de domaine rural.