belitre

Prononciation : bé-lî-tr'
Nature : s. m.

Homme de rien, homme sans valeur. C'est un franc bélître.
[Sezanne] C'était un grand bélître, fort prévenu de son mérite et de sa capacité , SAINT-SIMON , 368, 117
XVe s.
Ces belleudres veulent ils faire les maistres ? , DU CANGE , balens.
XVIe s.
Maint sorti d'un tige hautain De quelque maison non commune, Belistre mendie son pain , Dial. de TAHUREAU, p. 192
Pompeius suppliant des belitres officiers d'un roy d'Aegypte , MONT. , I, 65
Un belitre de soldat son hoste , MONT. , II, 5
Ô le lasche belitre ! , MONT. , II, 22
Les belistres [les gueux] sont de besoing au monde ; car si tous estoient riches, l'on ne trouveroit point à qui donner , DES PÉRIERS , Cymbal. 110
Ou plusieurs belittres et cocquins s'employerent avec le bourreau et son valet, pour en avoir la despouille , CARLOIX , VII, 3
Par l'artifice des meschans belistres de l'ostiere [mendiants] , PARÉ , XIX, 1
L'imposture d'une belistresse , PARÉ , XIX, 22
Je ne sçay quelles sottes ou folles opinions enracinées dès longtemps au cerveau, mesmes de plusieurs qui cuident bien en cela n'estre belistres d'esprit , FROUMENTEAU , Finances, IIIe livre, p. 393
Espagn. belitre ; portug. biltre ; ital. belitrone. Origine incertaine. On a indiqué le latin balatro, vaurien, ballistarius, soldat qui servait les balistes ; blitum, bette, plante qui, à cause de son peu de saveur, était employée métaphoriquement pour désigner un homme de peu ; l'allemand Bettler, mendiant (par métathèse Bleter) ; car bélître a aussi signifié mendiant (voy. l'historique). Diez penche pour cette dernière opinion.
Il y avait au XVIe siècle un verbe belistrer, mendier : Il vaut trop mieux donner à maint pauvre indigent.... Tu en auras au monde ou au ciel recompense, Non de vouloir chez toi les flateurs rencontrer, Qui te feront un jour ainsi qu'eux belistrer , RONS. , 909
BÉLÎTRE. Ajoutez : - REM. On trouve dans des textes officiels du commencement du XVIe siècle, le féminin blitresse, le substantif bliterie, et le diminutif blitreau. Ordonnons que nulz taverniers, cabaretiers, hospitaliers, quelz qu'ilz soyent, ne reçoivent ou logent lesdicts truans, truandes, blitres, blitresses ou autres vivants de bliterie, ou allans vagabonds par le pays non affolez ni impotens de leurs membres.... Item que nulz ousiers, laboureurs, n'autres ne donnent ausdictz truands, blitres ou blitreauls non affolés de membres, aulcuns vivres ni aultres choses, Ordonnance de Philippe le Bel (père de Charles-Quint), du 22 sept. 1506, dans Placcarts de Flandre, t. I, p. 2. La forme blitre, blitresse, etc. semble montrer qu'autrefois l'e de belitre était muet, et que c'est par corruption qu'il a été accentué.