APPROPRIER

Prononciation : a-pro-pri-é
Nature : v. a.

1Rendre propre à, convenable à.
Il sera difficile d'approprier ce que j'ai à dire au tribunal où je comparais , J. J. ROUSS. , Sciences.
2Mettre en état de propreté, disposer convenablement. Approprier une maison, une chambre, un cabinet.
Mettez ordre à tout [Nausicaa], dépêchez-vous de les laver [vos vêtements], de les approprier , FÉN. , XXI, 348
L'instinct d'approprier son domicile et d'y faire un plancher, pour n'être pas incommodée de l'humidité , BUFF. , Loutre
3Fig. Faire qu'une chose devienne comme la propriété d'un autre.
Et son intérêt lui doit conseiller de faire cesser les misères que sa compassion lui appropria , BALZ. , Disc. à la Régente
4S'approprier, approprier à soi, usurper la propriété.
Ils se sont approprié un dépôt.... Vous êtes fort plaisante De vouloir m'enlever un coeur comme le sien, Et vous approprier si hardiment mon bien , REGNARD , Ménech. V, 2 Fig.
Il y a apparence que Dieu s'est approprié cette affaire , PASC. , dans COUS
Il s'approprie une nature étrangère , BOSSUET , Hist. II, 11
S'appropriant toujours le sort des malheureux, De ses concitoyens mon époux fut le père , ROYOU , Phocion, II, 2
Je m'approprie de telle sorte vos joies et vos déplaisirs, que ce sont les bonnes et les mauvaises nouvelles que je reçois de vous, qui font mes bons et mes mauvais jours , BALZ. , Lett. à Conrard, I, 1, dans RICHELET
5S'approprier, v. réfl. Se conformer à, se mettre à la portée de. Cet auteur songe peu à s'approprier à ses lecteurs. Les maîtres se sont appropriés à leurs élèves. S'APPROPRIER, S'ARROGER, S'ATTRIBUER. Se donner une chose de son chef. S'approprier indique la prise de propriété ; la chose ne nous appartient pas ; nous la prenons, et nous la faisons nôtre. S'arroger n'implique aucune idée de propriété ; aussi s'applique-t-il à toutes choses : priviléges, autorité, droits, etc. seulement il emporte arrogance, hauteur, prétention à la supériorité. S'attribuer exprime que celui qui s'attribue s'adjuge une chose qui est contestée et à laquelle d'autres prétendent : Les deux partis s'attribuèrent la victoire. XIIIe s.
Quant Renart ot en sa reson Bien definée s'oroison Et aproprié son chapitre , Ren. 29617
Que ce qui commun ert devant, Comme le soleil et le vent, Par convoitise approprierent, Quant as richeces se lierent , la Rose, 9693
Ainsinc Barat a tout honni, Par qui li biens jadis ouni [unis, communs] Furent as gens approprié , ib. 5173
Coses sacrées, si sont celes qui sont benoites et apropriées à fere le service nostre Segneur , BEAUMANOIR , XI, 15
Et tel damace doit il bien recevoir, parce qu'il voloit le gaige malvesement aproprier à soi , BEAUMANOIR , LXVIII, 10
Et c'est grant faute de language, quant l'en approprie au dyable l'omme ou la femme qui est donné à Dieu dès que il fu baptiziés , JOINV. , 293
XIVe s.
Nom approprié , ORESME , Eth. 48
Chescune delettacion est appropriée à l'operacion que elle parfait, et a à elle une affinité , ORESME , ib. 306
XVIe s.
Les apostres approprient à Jesus Christ ce qui est dit au psaume huitieme , CALV. , Instit. 363
Il n'est point licite de transferer à l'homme mortel ce que Dieu s'approprie à soy , CALV. , ib. 949
Il ne faut point attendre aage d'homme pour sanctifier les enfans à Dieu ; mais ils lui doivent estre reservez et appropriez des leur naissance , CALV. , ib. 1091
Qu'il oublie, s'il veult, d'où il tient ces preceptes ; mais qu'il se les sache approprier , MONT. , I, 162
Comme un soulier ne convient pas à tous pieds, aussi un fait ne se peut aproprier à tous païs , LANOUE , 90
Plusieurs d'eux s'aproprieront des choses dont ils n'estoient auparavant qu'usufructiers , LANOUE , 102
Si on regarde l'infinité de belles maisons qu'elle possede, si bien apropriées et pourveuës de tout ce qui fait besoing , LANOUE , 148
Beaucoup de gentilshommes furent contraints de vendre leurs fiefs aux ignobles, qui eurent permission du Roy de les pouvoir acheter ; car auparavant ils ne pouvoyent s'en approprier , LANOUE , 229
Comme celuy qui se vouloit approprier la gloire d'Achilles, plus par imitation de sa vertu que pour estre issu de son sang.... , AMYOT , Pyrrh. 14
Affin d'en approprier [rendre propriétaire] un de ses neveux , CARL. , II, 10
Il me rendra bon compte de toutes les richesses qui sont là dedans, et ne se appropriera de pas une , CARL. , IV, 29
Des remedes appropriés aux qualités des corps , PARÉ , Au lect.
Tenir les lins arrousés, aiant la commodité de l'eau, à ce appropriant le plan pour la donner à propos à la ligneraie , O. DE SERRES , 733
Berry, appropzir ; provenç. apropriar ; espagn. apropiar ; ital. appropriare ; du latin appropriare, de ad, à, et proprius (voy. PROPRE). Approprier veut dire faire sien, de là ensuite, rendre propre à soi, puis rendre propre, convenable en général, disposer, arranger, de là enfin, dans un sens plus étroit, nettoyer.