AMADOUER

Prononciation : a-ma-dou-é
Nature : v. a.

Flatter quelqu'un, le caresser de manière à le rendre favorable et facile.
Voilà les discours qu'elle tenait à son mari ; et l'ayant su amadouer , Francion, II, p. 60
Il l'amadoue, elle le flatte , LA FONT. , Fab. II, 18
Quant à Vulcain, elle le flatte, le supplie, l'implore, l'amadoue , BERN. DE S. P. , Arcad.
Mme de Soubise amadoua et intimida si bien Châteauneuf, qu'elle lui fit écrire sur ses registres que ces messieurs [de Soubise et comte d'Auvergne] n'avaient pas pris l'ordre pour n'avoir pas voulu céder à des cadets de la maison de Lorraine , SAINT-SIMON , 58, 222
Demeure, toi, je veux te parler sans témoins (Il faut l'amadouer, j'ai besoin de ses soins) , REGNARD , Folies am. I, 3
XVIe s.
Puisque desja nous ne sommes que trop enclins à hypocrisie, il n'estoit ja mestier d'attiser le feu, ou bien nous faire crouppir en nos ordures en amadouant nostre paresse , CALV. , Inst. 317
Il ne nous faut imaginer une fiance, laquelle amadoue l'ame et lui donne un repos souef pour l'endormir , CALV. , ib. 683
Ores le guerroiant comme il pouvoit, ores l'amadouant par trefve , BRANT. , Ferdinand I
Picard, amidouler, ramiouler ; wallon, madoûler, amadoûler, amidoûler, et aussi adawî, adoûler, amadouler, amidouler, amilourder ; et encore, agnoûler, andoûler ; rouchi, amadouler, amitouler ; madoule, enjôleuse. Ménage tire ce mot de amatus, aimé, sans aucun fondement. Diez fait venir non pas amadouer d'amadou, mais amadou d'amadouer : l'ancien scandinave mata, danois made, veut dire donner de la nourriture, par exemple aux petits oiseaux ; gothique, matjan, manger ; amadouer en aurait été formé avec l'introduction de la voyelle de dérivation ou (comp. ÉVANOUIR) : a-mad-ouer, attirer avec des aliments ; ital. ad-escare ; à la vérité, on devrait attendre amatouer ; mais que le t gothique se change en d, c'est ce que prouve guider de vitan ; la forme picarde est amidouler. Cette étymologie est savante et probablement bonne. On remarquera qu'amadouer est récent dans la langue française (je n'ai pas d'exemple plus ancien que le XVIe siècle ; et même amadou n'est pas dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie). On remarquera aussi que amadouer, dans ses diverses formes, appartient aux pays du Nord (Picardie, pays wallon, Namur, Rouchi). Cette circonstance favorise l'opinion de M. Diez, en même temps qu'elle fait croire que c'est du patois de ces pays que le mot a passé dans le français. M. Grandgaguage, vu les formes adawî, adouler, préfère une étymologie latine, adulari, flatter, avec une m épenthétique par raison d'euphonie. Toutefois, de mon côté, prenant en considération les formes agnouler, andouler, je suis porté à croire que les formes ont subi cette dégradation-ci : amadouler, andoûler, agnoûler, adoûler ; par conséquent j'incline du côté de l'opinion de M. Diez.