ACHETER

Prononciation : a-che-té ; ne prononcez pas a-je-té, ni, comme Vaugelas le défend aussi, a-jé-ter. La syllabe che es
Nature : v. a.

1Acquérir une chose à prix d'argent. Acheter une maison. Les gens qui font la traite achètent des noirs sur la côte d'Afrique.
Des étrangers achetèrent de quelques pêcheurs ce qu'ils allaient tirer du coup de filet qu'ils venaient de jeter dans la mer , FÉN. , Philosophes, Thalès.
Comme une pierre précieuse qu'on n'achète qu'en se défaisant de tout le reste et le vendant , BOURD. , Pensées, t. I, p. 90
Une femme de qui il achetait des herbes au marché , LA BRUY. , Disc. sur Théoph.
M'habiller de bonnes étoffes et me nourrir de viandes saines, et les acheter peu , LA BRUY. , 10
Les huit ou dix mille hommes sont au souverain comme une monnaie dont il achète une place ou une victoire ; s'il fait qu'il lui en coûte moins.... , LA BRUY. , 10 Absolument. La manie d'acheter.
2Acheter un homme, lui donner une somme pour qu'il serve en place d'un autre à l'armée. 3Acheter des soldats, donner à un gouvernement étranger de l'argent pour qu'il fournisse des soldats. Dans la guerre d'Amérique, l'Angleterre acheta plusieurs régiments dans les petits États de l'Allemagne, 4Procurer à prix d'argent une chose qui n'est pas vénale, corrompre à prix d'argent. Acheter ses juges. Il acheta par des largesses l'attachement des soldats.
Et des mêmes présents qu'il verse dans mes mains, J'achète contre lui les esprits des Romains , CORN. , Cinna, I, 2
Je gage, s'il naît un Voltaire, Qu'on emprunte pour l'acheter , BÉR. , Poëte de Cour.
5Fig. Obtenir avec peine et difficulté. Acheter la bienveillance par des flatteries. Il acheta la victoire au prix du sang de ses meilleurs soldats.
.... Ceux qui de leur sang m'ont acheté l'empire , CORN. , Cinna, V, 1
Ce que de tout mon sang je voudrais acheter , CORN. , Pol. IV, 3
N'achetez point si cher une gloire inutile , RAC. , Alex. V, 3
J'entrevois vos mépris, et juge, à vos discours, Combien j'achèterais vos superbes secours , RAC. , Iph. IV, 6
Nul ne leur a plus fait acheter la victoire , RAC. , Mithr. V, 5
Il a par trop de sang acheté leur colère , RAC. , Andr. I, 1
Vous achetiez sa mort avec mon hyménée , VOLT. , Mér. IV, 2
Que les jours de mon fils n'achètent point ses jours , VOLT. , Orphel. II, 3
Il achetait par ses propres périls sa réputation , FLÉCH. , Mar. Th.
Les plaisirs qui se font acheter par des remords , MASS. , Prod.
Chactas avait acheté la vertu par l'infortune , CHATEAUB. , Atala, 207
Si les hommes ne sont point capables d'une joie plus sensible que de connaître qu'ils sont aimés, et si les rois sont hommes, peuvent-ils jamais trop acheter le coeur de leurs peuples ? , LA BRUY. , 10
Fallût-il donc l'acheter [le salut] par les mêmes supplices, par les mêmes sacrifices [que les martyrs], nous y devons être disposés , BOURD. , Pensées, t. I, p. 98
Qu'est-ce après tout que ce retour ? et, si j'ose le dire, doit-il être d'un grand mérite devant Dieu, lorsqu'on le lui a fait acheter si cher ? , BOURD. , ib. p. 283
6S'acheter, v. réfl. Être vénal. C'est un bien qui ne s'achète pas. 7Proverbe. Qui bon l'achète, bon le boit, se dit du vin et en général de toute marchandise. ACHETER à, ACHETER DE. À quel marchand avez-vous acheté cela, ou de quel marchand ? Le premier est plus usité dans le langage ordinaire ; mais voici toute la différence. D'après Lafaye, on dira le premier quand on voudra aller trouver le marchand pour acheter un objet semblable, et le second quand on aura seulement l'intention d'indiquer la provenance : à désignant vers qui l'on est allé, à qui l'on s'est adressé, et de désignant de qui on tient la chose achetée. Mais l'usage confond tout à fait ces deux emplois. Et en effet, soit qu'on achète à, soit qu'on achète de, il faut toujours aller à celui qui vend. Je me suis acheté un manchon, c'est-à-dire j'ai acheté un manchon pour moi, est une locution qui peut se dire, puisqu'il n'y a aucune amphibologie. Mais déjà l'amphibologie commence si l'on met : On m'a acheté un manchon, qui peut signifier : on a acheté pour moi, ou de moi, un manchon. On peut voir au n° 5 que Corneille s'en est servi ; mais elle mérite beaucoup d'attention, pour qu'il n'y ait pas d'équivoque. Le danger de l'amphibologie augmente dans une phrase comme celle-ci qu'on entend tous les jours et qui est en effet dans le dictionnaire de l'Académie : J'ai acheté une montre à mon fils, avec le sens de pour mon fils ; mais qui peut aussi signifier : J'ai acheté de mon fils une montre, il m'a vendu une montre. On prendra donc bien garde, en s'en servant, à l'amphibologie ; et, en tout cas, on remarquera qu'ici l'emploi de à au lieu de pour est du parler vulgaire et négligé. XIe s.
E il ait testimoines que il l'achatad al marchied le rei , L. de Guill. 25
XIIe s.
Respundi li reis : n'iert pas issi [ce ne sera pas ainsi] ; mais jo l'achaterai à tei , Rois, 219
Qui l' pourra prendre moult m'aura achaté [m'aura rendu un grand service] , Roncisv. p. 183
Si en [par largesse] puet l'on acheter L'amour au roi de Paradis [de Dieu] , LE COMTE DE BRET. , Romanc. p. 162
XIIIe s.
Jà n'i verrez joiel, tant soit de chere vente, Que je ne vous achate , Berte, 111
La paour que [elle] a eüe, [vous] eüssiez achetée [payée cher] , ib. 115
Voirs est se je demande aucun heritage, por ce que je di que je l'acetai, et li defenderes met resons encontre.... , BEAUMANOIR , VII, 7
Ençois [plutôt] voulons soffrir martire Et travail por nos amender Et por Dame Deu achater , Ren. 13246
XVe s.
Si achapterent le chasteau des Anglois ceux de Bayonne quatre mille francs , FROISS. , II, II, 39
XVIe s.
Il en achapte force mestayryes, force granges.... , RAB. , Pant. IV, Nouv. Prol.
Les Acheens les retirerent et achepterent tous à cinquante escus par teste , AMYOT , Flam. 28
Picard et norm. acater ; bourguig. echetai ; provenç. acaptar, prendre à redevance ; anc. espagn. acaptar ; anc. portug. achatar ; bas-lat. accapitare. Diez le tire de ad-captare ; mais la forme accapitare ne le permet pas. Le mot vient de ad, à, et caput, tête (voy. CAPITAL), et signifie prendre pour chef, prendre à bail, à redevance, acheter. C'est ainsi que capital est devenu cheptel, qui signifie toute espèce d'avoir, en ancien français, chetel ou catel.