ACCORT, ORTE

Prononciation : a-kor, kor-t'
Nature : adj.

1Qui est de gentil esprit, qui est à la fois avisé et gracieux.
Il poursuivait Pompée et chérit sa mémoire ; Il veut tirer à soi, par un courroux accort, L'honneur de sa vengeance et le fruit de sa mort , CORN. , M. de Pomp. IV, 4
Son éloquence accorte, enchaînant avec grâce L'excuse du silence à celle de l'audace , CORN. , Oth. II, 1
Voyant une beauté folâtrement accorte , RÉGNIER , Sat. VII
Je ne sais comment Il faut se taire accort ou parler faussement , RÉGNIER , Sat. III
2Insinuant et quelquefois flatteur.
Je vis de jeunes Grecques, vives, jolies, accortes , CHATEAUB. , Itin. II, 45
D'humeur accorte , PERRAULT , Chaper. rouge, 20
Aussi ce prince [Germanicus] était-il d'un esprit doux et accort , PERROT D'ABL. , Tacite, 29
XVIe s.
C'est bien le plus grand mal qu'un homme puisse avoir, Que servir une femme accorte à decevoir , RONS. , 125
Le libertin courtisan est si accort, qu'il n'oublie aucun artifice pour couvrir ce qu'il sçait bien que plusieurs reprouvent , LANOUE , 510
Lyon, regnard ; car vous tenez de la hardiesse et valeur de l'un, et estes accort, prevoyant et advisé comme l'autre , CARLOIX , V, 25
Tant estoit accort et ruzé en ses responses , CARLOIX , VIII, 14
Voltaire, tout en remarquant que ce mot n'est plus en usage dans le style noble (ce qui est vrai ; pourtant on pourrait l'y faire rentrer dans quelques cas bien choisis), le tire de accord. C'est une erreur ; accort vient de l'italien accorto, avisé, de accorgere (accorgersi, s'apercevoir) pour accoreggere, de a et correggere (voy. CORRIGER) : accorto, mot à mot, qui s'aperçoit, avisé, habile.