ABOMINABLE

Prononciation : a-bo-mina-bl'
Nature : adj.

1Qui mérite répulsion, aversion. Ils ont tenu des propos abominables. Jours abominables. C'est une femme abominable. Projets abominables.
Tout ce qui est dans les hommes, est abominable , PASC. , Édit. Cousin.
Des plaisirs abominables , PASC. , ib.
De l'offrir [le saint sacrifice de l'Eucharistie] pour avoir de quoi contenter nos passions, de quoi nourrir nos cupidités... ne serait-ce pas l'usage le plus abominable ? , BOURD. , Pens. t. III, p. 291
Ah ! quel abominable maître me vois-je obligé de servir , MOL. , Festin de Pierre, I, 14
Voilà, je vous l'avoue, un homme abominable , MOL. , Tart. IV, 6
Qui ? ce chef d'une race abominable, impie , RAC. , Est. II, 1
Fourbe abominable , VOLT. , Zaïre, IV, 5
L'abominable arrêt de ce conseil farouche , VOLT. , Alz. v, 4
2Par exagération, se dit de tout ce qui est très mauvais. Une odeur abominable. Il fait un temps abominable. Se dit des personnes et des choses, et se met avant ou après le substantif, suivant l'oreille, surtout dans le style poétique et passionné ; car dans le style ordinaire il se met presque toujours après. XIIIe s.
Ces malades estoient si despis que les privés sergeants du benoit roi en estoient abominables [en avaient de l'abomination, du dégoût] , JOINV. , 352
XIVe s.
Chose naturelment abhominable , ORESME , Thèse de Meunier.
XVe s.
Finalement ils regarderont et considereront entre eux que cette mesaise ils ne pouvoient longuement souffrir ni porter, tant leur estoit la punaisie abominable , FROISS. , I, I, 115
XVIe s.
C'estes vous qui vous justifiez devant les hommes ; mais ce qui est haut est abominable à Dieu , CALV. , Inst. 593
Icelle ostée, toutes les choses qu'on lui presente non-seulement sont fatras, mais ordures puantes et abominables , CALV. , ib. 609
Provenç. abhomenable ; espagn. abominable ; ital. abbominabile ; de abominabilis, de abominor, détester, de ab, indiquant l'éloignement, et omen, présage : abominable, ce qui doit être écarté comme un mauvais présage. Omen, d'après les Latins, signifie proprement un augure qui se fait par la bouche des hommes, comme l'explique Cicéron, De div. I, 45, et par extension toute espèce de présage bon ou mauvais. Ainsi, pendant que les Romains délibéraient après la destruction de Rome par les Gaulois, s'ils iraient s'établir à Veies, un centurion qui faisait ranger sa troupe, cria : Porte-drapeau, arrête le drapeau, nous serons très bien ici. Le sénat, entendant cette parole, s'écria qu'il acceptait l'augure (omen). En conséquence, les Latins ont fait venir omen, archaïque osmen, de os, bouche (voy. ORAL).