SAINTE-BEUVE

Citations

Le plus irritant ennemi de tout grand poëte dramatique au début, le bégueulisme bel-esprit, Portraits littér. t. II (art. Molière) dans BÉGUEULISME
Du Guet écrivait à Mme des Rieux : Ni le caphé ni le chocolate ne sont propres à votre estomac, t. V, livre VI, 8 dans CAFÉ
Est-il besoin de dire que dans son cénacle Joseph [Delorme] n'a introduit que quelques poëtes.... unis entre eux par des rapports intimes d'amitié et de voisinage ?, note à la fin de la 1re éd. des Poésies et pensées de Joseph Delorme dans CÉNACLE
On l'a accusé [Benjamin Constant] d'avoir rédigé la proclamation du duc de Brunswick ; ce sont là de ces inventions de parti comme celle de l'assassinat d'André Chénier contre Marie-Joseph ; c'est ce qu'on appelle jeter à son adversaire un chat-en-jambes, Portraits littéraires, 1864, t. III, p. 267 dans CHAT-EN-JAMBES
L'expression est de Michaud l'académicien, très bon journaliste, mais qui aussi, comme tel, savait employer au besoin contre l'adversaire l'arme de la calomnie ; il appliqua un jour ce mot de chat-en-jambes, précisément à propos de l'accusation forgée par lui et par les autres écrivains royalistes sous le Directoire contre Marie-Joseph : Ah ! disait-il en souriant et s'applaudissant, nous lui avions lâché là un fameux chat-en-jambes, ib. en note. dans CHAT-EN-JAMBES
Oh ! le XIXe siècle ! plus il avance en âge, plus il se cotonise et s'affadit, Nouv. Lundis, XI, Orthographe française dans COTONISER (SE)
Il [Pavillon] succédait aussi coulamment à Benserade dans l'Académie française qu'à Racine dans l'Académie des inscriptions, Une ruelle poétique sous Louis XI dans COULAMMENT
Il faisait le procès à cet esprit de goguette et de malice, à ce bon sens grivois qui profane tout, qui réduit tout à sa moindre valeur, et qui ne se sauve de tous les fanatismes, de tous les doctrinarismes comme de toutes les préciosités, qu'aux dépens du respect et de l'idéal, Sur Renan, Constitutionnel, 9 juin 1862 dans DOCTRINARISME
L'épigramme, pour les anciens, était une petite pièce qui ne passait guère huit ou dix vers, d'ordinaire en vers hexamètres et pentamètres ; c'était une inscription soit tumulaire, soit triomphale, soit votive ou descriptive ; une peinture pastorale trop courte pour faire une idylle, une déclaration ou une plainte amoureuse trop peu développée pour faire une élégie ; la raillerie y a aussi sa part, mais une part restreinte, tandis que, dans les épigrammes modernes, elle est presque tout, et que c'est toujours le trait et la pointe finale à quoi l'on vise, Constitutionnel, 4 janv. 1864 dans ÉPIGRAMME
Son âme toute royale garde l'équilibre, même dans ses plus grands essors ; ses élévations mêmes ont quelque chose de modéré dans le principe, Causeries, 19 janvier 1852 dans ESSOR
Admirable explicateur et ordonnateur du passé et de ces choses accomplies qui ne tirent plus à conséquence, Montesquieu...., dans le Dict. de DOCHEZ, à mot. dans EXPLICATEUR
Filet d'eau du désert que boit le sable aride, Épît. à Lamartine dans FILET
Jamais ruban soyeux fut-il plus flexueusement dévidé ?, Portraits litt. t. II (art. Ch. Nodier). dans FLEXUEUSEMENT
Fraternité des arts ! union fortunée ! Soirs dont le souvenir, même après mainte année, Charmera le vieillard !, Poésies, le Cénacle. dans FRATERNITÉ
Tout continua d'abord comme par le passé [dans un couvent assez mal réglé], très futilement et assez innocemment, Port-Royal, t. I, p. 84, 3e éd. dans FUTILEMENT
Pascal.... refait Euclide avec des barres et des ronds, se géométrisant, et géométrisant toutes les murailles et les planchers de la maison, Port-Royal, t. II, p. 457, 3e éd. dans GÉOMÉTRISER
On assiste chez Jansenius au commencement de cette longue et irrassasiable étude qui lui fit, comme il l'assurait, lire dix fois tout Saint-Augustin, Port-Royal, t. I, p. 293, 3e éd. dans IRRASSASIABLE
Ce serait une assez neuve et utile manière de caractériser Lamartine, et de renouveler l'étude tant de fois faite de sa poésie, que de la comparer d'un peu près avec ces deux grands lakistes (Wordsworth et Coleridge), Critiques, t. IV, éd. 1841, p. 34 dans LAKISTE
Je l'ensevelirai ; je clouerai sous la lame Ce corps flétri, mais cher, ce reste de mon âme, Poésies, les Rayons jaunes. dans LAME
Mme d'Épinay, les boucles de cheveux pendantes, un cordon bleu au front, langoureuse en face de Grimm, Critiques, art. Diderot. dans LANGOUREUX, EUSE
Les amis de Galiani et l'abbé lui-même avaient coutume de dire de son livre sur les blés : C'est moins un livre sur le commerce des blés qu'un ouvrage sur la science du gouvernement ; il faut savoir y lire le blanc et l'entre-deux des lignes, Art. sur Galiani. dans LIGNE
Le temps s'est réveillé ; ma tâche recommence ; Adieu, besoins du coeur, solitude, silence, Adieu loisir, adieu loisir !, Poésies, au loisir. dans LOISIR
Ici je sens que j'ai affaire à une pure luxuriance de pinceau qui se joue et qui exagère, qui caresse toutes choses et qui les prolonge dans tous les sens, dans le Dict. de DOCHEZ. dans LUXURIANCE
L'Illustration de la langue française par Joachim du Bellay est comme le manifeste de cette insurrection soudaine, Poésie au XVIe siècle, éd. CHARPENTIER, p. 45 dans MANIFESTE
Je n'ai jamais fait dans ma vie qu'une méchanceté, disait un jour Rulhière à Chamfort. - Quand finira-t-elle, lui répliqua Chamfort ?, Art. sur Chamfort. dans MÉCHANCETÉ
Et mord à belles dents à même du prochain, Nouveaux lundis, t. I, p. 65, L. Veuillot dans MÊME
Ici [sur la grâce], Nicole est tout dans les intervalles, dans les nuances, aux confins des opinions ménageables, Port-Royal, t. IV, p. 506, 3e éd. dans MÉNAGEABLE
Les hommes, à un certain jour, font leur métier d'hommes ; ils sortent du nid paternel, ils se prennent à tous les chemins, la poussière du chemin les ternit, Chateaubr. et son groupe, t. I, p. 95 dans NID
J'ai le malheur de croire que la pruderie est une chose funeste en littérature, et que, jusqu'à l'obscénité exclusivement, l'art consacre et purifie tout ce qu'il touche, Poésie française au 16e siècle, préface dans OBSCÉNITÉ
Il [Pascal] inventait ainsi le haquet, la brouette du vinaigrier ; il paraît même, gloire populaire, qu'il entrevit l'omnibus, Port-Royal, III, 5 dans OMNIBUS
Les défauts par saillie et comme qui dirait les outrances de Corneille, Port-Royal, t. I, p. 241, 3e éd. dans OUTRANCE
Ces airs, ces tours de tête, ô femmes, votre charme, Doux charme par où j'ai péri, Poésies diverses (à la suite de J. Delorme) dans PAR
Le caractère incomplet de ce jeune homme, qui ne régna que onze mois et qui avait quelques parties royales, est fort bien rendu ou du moins très vraisemblablement par l'historien, Causeries, 7 févr. 1853 dans PARTIE
Un babil innocent, varié, railleur ou tendre, traversé d'éclairs passionnés, Portraits de femmes, t. I, p. 24, édit. de 1844 dans PASSIONNÉ, ÉE
Hardy, dans une de ses préfaces, se fâche contre les courtisans qui disaient pastorelle ou pastourelle ; car pastorelle, dit-il, est le féminin du bon vieux mot français pastoureau ; et il adopte la dénomination de pastorale, que réprouve, au contraire, avec beaucoup d'aigreur P. de Landunenson, Art poétique, Tableau de la poésie française au XVIe siècle, Paris, 1869, in-12, p. 238 dans PASTORAL, ALE
Le premier consul dit à Roederer [qu'il venait de nommer sénateur] : Eh bien ! citoyen Roederer, nous vous avons placé entre les pères conscrits. - Oui, général, répliqua-t-il, vous m'avez envoyé ad patres, Causeries du lundi, t. VIII, art. Roederer. dans PATRES (AD)
Pourquoi ce besoin d'analyser, de regarder dedans et derrière les coeurs, que j'ai appliqué, pour mon malheur et pour mes péchés, à l'intime perscrutation des talents ?, Revue des Deux-Mondes, 15 avril 1864, p. 782 dans PERSCRUTATION
Cette doctrine chrétienne étroite, selon saint Paul, est très portative, expéditive, Port-Royal, t. I, p. 295, 3e éd. dans PORTATIF, IVE
Nicole n'était plus et n'avait jamais été de la race des Port-Royalistes purs, Port-Royal, 3e éd. t. IV, p. 502 dans PORT-ROYALISTE
Ces termes que je prends au hasard, le déterminisme, l'hypothèse d'une chute préexistentielle..., Causeries du lundi, t. V dans PRÉEXISTENTIEL, ELLE
Un jour que je le rencontrais ainsi dans une de ces cours de l'Institut que les profanes traversent irrévérencieusement pour raccourcir leur chemin, Portraits, Charles Nodier. dans PROFANE
Les Méditations chrétiennes et métaphysiques [de Malebranche] ne sont rien moins.... qu'un cours de haute philosophie dans la bouche de Jésus se professant lui-même à un disciple fidèle, Port-Royal, t. V, p. 362, 3e éd. dans PROFESSER
Au lieu de ces expressions amples et véritablement augustes [de Pascal], Fontenelle, en parlant de l'ordonnance céleste, n'emploie volontiers que des images et des comparaisons rapetissantes, dans le Dict. de DOCHEZ. dans RAPETISSANT, ANTE
Serait-ce que ceux à qui la vraie jeunesse a manqué en sa saison sont plus sujets que d'autres à ces raprès-coup et à ces revenez-y de jeunesse ?, Nouveaux Lundis, t. II, Art. sur Louis XIV et le duc de Bourgogne dans RAPRÈS-COUP
Une paix recommençante, Port-Royal, t. I, p. 495, 3e éd. dans RECOMMENÇANT, ANTE
Quand je considère l'histoire du monde, la vanité de notre expérience, la variété et le recommencement perpétuel de nos sottises, Sur Renan, Constitutionnel, 2 juin 1862 dans RECOMMENCEMENT
La vitesse des chevaux ou l'air du matin m'arrivant par une glace ouverte redécidaient le train de mes pensées..., Volupté, ch. XI dans REDÉCIDER
Ne voit-on pas.... Fénelon se tant ennuyer de la cour absente, et la redésirer de l'exil ?, Port-Royal, t. I, p. 364, 3e éd. dans REDÉSIRER
Ce livre semble fait pour présager la solitude refleurissante et glorieuse de Port-Royal et l'époque de 1669, Port-Royal, t. IV, p. 320, 3e éd. dans REFLEURISSANT, ANTE
Dans la description du coucher du soleil [Voyage à l'île de France, de Bernardin de Saint-Pierre], il est question des vents alizés qui le soir calmissent un peu, et des vapeurs légères propres à réfranger les rayons ; deux mots que le dictionnaire de l'Académie n'a pas adoptés encore, Portraits litt. t. II (art. B. de St-Pierre). dans RÉFRANGER
Cet espiègle de Camille Desmoulins qui aurait pris plaisir à signer un autre feuilleton des plus régalants..., Nouveaux lundis, t. I, p. 71, art. Veuillot. dans RÉGALANT, ANTE
Ce christianisme général.... qui, malgré saint Augustin et les conciles répresseurs des semi-pélagiens, avait transpiré dans toute la chrétienté, Port-Royal, I, 9 dans RÉPRESSEUR
M. d'Andilly.... devint ainsi par sa vieillesse prolongée et sereine.... le vrai patriarche.... de Port-Royal ; on resonge à je ne sais quoi de Booz et de Noémi, Port-Royal, t. II, p. 250, 3e éd. dans RESONGER
Il y avait dans le jansénisme un principe concentré, énergique, mais qui devint vite stérile et qui tendait au resserrement ; il n'avait rien d'expansif, Port-Royal, 3e édit. t. I, p. 294 dans RESSERREMENT
La rimaillerie mnémonique [les vers des Racines grecques de Lancelot], Port-Royal, t. II, p. 333, 3e éd. dans RIMAILLERIE
Le rossolis du roi [Louis XIV], breuvage composé d'eau-de-vie faite avec du vin d'Espagne, dans laquelle on faisait infuser des semences d'anis, de fenouil, d'anet, de chervis, de carotte et de coriandre, à quoi l'on ajoutait du sucre candi, dissous dans l'eau de camomille et cuit en consistance de sirop, Nouveaux lundis, t. II, Journal de la santé de Louis XIV. dans ROSSOLIS
Des passions en vous les rumeurs ont cessé, Ép. à Lamartine. dans RUMEUR
Je rougis pour nos respectables amis de cette réponse et de tant d'autres sur le même ton.... jusqu'au Philotanus et aux sarcellades dans le XVIIIe siècle, Port-Royal, t. II, p. 336, 3e éd. (note de M. F. Bovet). dans SARCELLADES ou SARCELLOISES
On entrevoit en quoi Diderot tenait d'elle [sa soeur] et en quoi il en différait : elle était la branche restée rude et sauvageonne, lui le rameau greffé, cultivé et adouci, épanoui, dans le Dict. de DOCHEZ. dans SAUVAGEON
L'attirail de la savanterie, comme elle [Mme de Verdelin] la nommait, l'effrayait autant que celui de la galanterie, Nouv. lundis, t. IX (Mme de Verdelin). dans SAVANTERIE
La lie un peu scarronesque où Molière trempa au début, Portraits littér. t. II (art. Molière). dans SCARRONESQUE
Ce théisme, doucement rationalisé et sensibilisé à ravir un Bernardin de Saint-Pierre, Causeries du lundi, t. XV (l'abbé de Saint-Pierre) dans SENSIBILISER
Nous savons à fond tous les défauts de celles qui ont signé [le formulaire], des signeuses, comme on les appelait avec mépris, ou encore des noires, Port-Royal, 3e éd. t. IV, p. 217 dans SIGNEUR
Lui [Gavarni] et Balzac, ils se mirent à peindre et silhouetter dans tous les sens la société à tous ses étages, le monde, le demi-monde et toutes les espèces de mondes, Nouveaux lundis, t. VI (Gavarni, I). dans SILHOUETTER
Le fond occupant toute la toile était un pan de mur rosâtre, sur lequel se silhouettaient les instruments et ustensiles de la ferme, des coqs et des canards..., ib. p. 247 dans SILHOUETTER
Réellement il [Béranger le chansonnier] a le goût très prononcé de l'amitié buvante et chantante et de la sodalité, Nouv. lundis, t. I (Correspondance de Béranger). dans SODALITÉ
Notre ami Jules Lacroix, ce mouleur habile et consciencieux du groupe sophocléen, l'Oedipe roi, Nouv. lundis, t. IV (Ducis épistolaire, I). dans SOPHOCLÉEN, ENNE
Daunou disait du marquis de Fortia d'Urban, qu'il était atteint de stampomanie, Nouv. lundis, t. V (Oeuvres inédites de la Rochefoucauld). dans STAMPOMANIE
Je n'y tiens plus.... c'est étouffant à la longue, c'est suffocant, Nouv. Lundis, I, p. 407 dans SUFFOCANT, ANTE
Ce besoin de transfigurer.... est le même que celui qui tend, dans l'ordre poétique, je ne dis pas à surfaire, mais à surnaturaliser les génies, Nouv. Lundis, t. VIII (Don Quichotte, II). dans SURNATURALISER
Il passait de longs temps à considérer l'horizon, à se tenir sous les arbres, Causeries, 9 février 1856 dans TEMPS
Cette image est brillante, mais jure au milieu de son entourage terne, comme de l'argent plaqué sur de l'étain, Critiques, I, p. 200, J. B. Rousseau, édit. de 1841 dans TERNE
J'ai fait le tour des choses de la vie, Poésies, Sonnets, Épilogue. dans TOUR
On s'expose à s'entendre dire, tout gentilhomme qu'on est, que l'on est atteint et convaincu de trissotinisme, Nouv. lundis, t. III (M. de Pontmartin). dans TRISSOTINISME
Ce qui est ubéreux, surtout la gaieté, répugne singulièrement aux natures délicates et rêveuses, Portraits litt. t. II (art. Molière) dans UBÉREUX, EUSE
M. Leroux..., une des natures de penseur les plus puissantes et les plus ubéreuses d'aujourd'hui, ib. (art. Jouffroy). dans UBÉREUX, EUSE
À la fin du Congrès de Vérone, de cette publication indiscrète où l'auteur [Chateaubriand] mêle ensemble dans le plus étrange amalgame ultracisme et républicanisme, Chateaubriand et son groupe littéraire, t. II, 21e et dernière leçon, en note dans ULTRACISME
Diderot le fougueux, le verveux, qui a eu l'honneur de comprendre et de sentir dans Térence celui qui lui ressemblait le moins, Nouveaux lundis, t. V (Térence traduit en vers par M. de Belloy, II) dans VERVEUX, EUSE
Mlle Gaussin y avait souvent triomphé [dans Bérénice] à l'aide d'une mélodie perpétuelle et de cette musique, de ces larmes dans la voix, dont l'expression a d'abord été trouvée pour elle par La Harpe lui-même, Rev. des Deux-Mondes, 15 janv. 1844, p. 362 dans VOIX
Apôtre de la raison jusqu'au bout, on peut dire que Voltaire est mort en combattant ; la fin de sa vie n'a pas ressemblé à une partie de whist où l'on gagne en calculant, Nouv. lundis, XII, Talleyrand. dans WHIST